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La fluidité des heures

Si notre ultime liberté sur terre est celle d'aimer malgré tout et malgré soi, il nous reste peut-être un peu d'espoir, un brin de cosmos à découvrir, quelques particules d'une île déserte où féconder nos rêves les plus intimes…

Tout cela nous semble si fragile : le jour au bord de la fenêtre, le vide au bout du sens et de l'éblouissement.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

À propos du livre

Contenu

  • Poèmes en prose, sans titre, divisés en 7 parties : FLUIDITÉ DES HEURES, HEURES IMMOBILES, VACARME DES HEURES, MUTATION DES HEURES, HEURES ABRÉGÉES, L'INCONSCIENCE DES HEURES, MÉTAMORPHOSE.
  • Thèmes de l'amour, de la solitude, du besoin d'aimer, du temps et des heures qui passent ou qui s'éternisent.

    « Tu dis que tu aimes dans toute la déraison du verbe. Que c'est l'amour qui te conjugue. Qu'il n'est rien et qu'il est tout ce qui s'éloigne de toi. Tu as toutes ses pulsions, ses tombées de ciel, sa fougue soudaine et ses chutes. » (p. 40)

    « Tu reviens sur des sentiers solitaires avec lui, gitan qui ne rêvait plus d'avenir dans le futile de ses heures restantes. Tu revois la chaumière et le verrou. L'armoire et la table. Le lit. Tu te souviens de tout, ses gestes, son rire éclaté. Et maintenant tu te retrouves seule avec son chien, son bâton de marche et ce coin de pays dévasté, accablé par son départ et par ce poème qu'il avait écrit sur son ardoise […]
    Et tu as su que l'amour, comme la mort, tue. » (p. 53)

    « Tu voudrais disparaître peu à peu dans le chaud de son souffle sur toi et de la nudité toujours vulnérable de sa parole qui te traverse, te brise et te dissout. » (p. 62)

    « Tu dis qu'il ne faut pas essayer de déchiffrer et que le temps fera son œuvre. Que nul n'est tenu de répondre à la chute affolée des heures qui vous unissent et vous séparent à la fois. » (p. 65)

    « Parfois tu apportais des poèmes et les déposais au hasard de son regard. Il se laissait prendre par leur rythme et leur beauté qui rendaient plus supportables ses excès de lassitude devant la fatigue des heures et l'indomptable trahison de tout ce qu'elles touchent. » (p. 68)
     

  • Narrateur omniscient analysant et interprétant les gestes, les états d'âme et les désirs d'une femme qui souffre de l'absence de son amoureux.  

    « Je sais déjà le feu craché de tes yeux. Je sais l'éclair qui a fauché le poète, ta fougue et ta crainte de l'indicible. » (p. 18)

    « Tu revois le miroir de tes souvenirs qui un à un te dessinent et tu regrettes les jours trop courts. Dans tes longues marches, seule, tu repenses au souple mouvement de l'inconscience qui obéissait à la forme du corps… » (p. 23)

    « Tu voyages seule avec tes musiques. Tu n'aimes pas les trains et les gares, leurs odeurs et leurs graffitis. Tu détestes les horaires et les quais chargés de solitudes en transit. Tu es réfractaire à tout ce qui t'éloigne de lui. » (p. 52)

    « Tu souris comme au premier jour de votre rencontre. Tes lèvres se tendent encore vers l'impossible. Et tu souhaites que cette mort-vivante te tue enfin. » (p. 76)

Langue

  • Registre de langue courant, mais texte parfois difficile à saisir en raison des idées complexes et abstraites.

    « Et puis il y a ce sentiment que tu dégages et diffuses dans l'inconscience des heures passées dans les dunes des plages sauvages. Toutes tes naïvetés s'enchevêtrent à la beauté des foins qui bercent la nonchalance des vents salins. Tu repenses à la droiture des cathédrales, à la sagesse des forêts boréales où tu aurais voulu planter ta vie qui aujourd'hui t'échappe et se dissipe entre tous vos instants dévorés, arrachés aux couchers de soleil venus se perdre dans le creux de ton dos parmi des brins d'éternités si périssables. » (p. 75)
     

  • Poèmes de forme libre, sans structure apparente, sans vers ni rimes, dégageant tout de même une certaine musicalité.

    « Tu es comme l'eau qui se déverse quelque part entre la désolation de l'inconnu et dans l'espoir de rien. Mais toujours l'eau coule, perce ou contourne, suit les méandres des vallées qui longent tes côtes. Lentement tu t'éloignes du rivage. Tu penses à l'odeur du bois vieilli, effrangé. Épave dans la rupture des seuils. » (p. 21)

    « Tes mains nègres de toutes nos origines. Tes mains abondantes dans la générosité des millénaires. Tes mains d'encre et d'éraflures, blanches et noires de mots et de recommencements, tes mains d'Afriques et d'Amériques dans le métissage des chairs et de leurs mémoires écorchées de tout ce que nous sommes devenus. » (p. 79)
     

  • Jeux de mots et figures de style nombreux (p. ex., répétition, métaphore, paradoxe, comparaison) créant des images évocatrices.

    « À la lisière de la nuit, j'arrive de fièvre et de misère à désamorcer l'obus sous tes pieds. » (p. 20)

    « Tu ne parles plus seulement pour parler, n'écris plus que pour écrire, ne respires plus que pour vivre, ne jouis plus que pour jouir. » (p. 31)

    « Tes mots sont des lianes autour de tes poignets. » (p. 42)

    « Tu parles souvent de l'absence. Parfois, tu fais l'éloge de ses espaces dénudés entre la discrétion et le désinvolte, l'essentiel et le superflu. » (p. 64)

    « Ces heures acérées qui nous reviennent comme des couteaux sur des cicatrices qui n'ont pas vieilli. » (p. 66)

Pistes d'exploitation

  • Inviter les élèves à choisir un des poèmes en prose et à le transformer en poème à forme fixe.
  • Proposer aux élèves de choisir des extraits qui évoquent des images (p. ex., des heures engourdies, des parcelles de bonheur apprivoisé, des édifices tatoués de ta souffrance) et de les utiliser, à leur tour, dans un poème de style libre ou à forme fixe.
  • Demander aux élèves de donner un titre à chacun des poèmes.
  • Proposer aux élèves de produire, sur toile, une œuvre abstraite inspirée d'un thème exploité dans l'un des poèmes.

Conseils d'utilisation

  • Lire les poèmes à voix haute afin de mieux en dégager le sens.
  • Réserver cette œuvre à des élèves de la filière préuniversitaire en raison de la complexité des textes et de l'écriture souvent abstraite.