Anatomie de la fiche
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Heyderabad

Kali s'insurge contre la guerre. Son frère Alex, caporal de l'armée canadienne en mission en Afghanistan, aurait voulu être Casque bleu. Ses proches l'attendent pour les Fêtes, mais les nouvelles du front sont de plus en plus troublantes. Alex est traumatisé par les combats et commet des erreurs aux conséquences graves. Tandis que la famille se prépare à donner son concert annuel dans un centre hospitalier, un des patients, vétéran du Vietnam, demande à Kali de l'aider à mettre fin à ses jours. Puis la famille apprend qu'Alex est porté disparu. Va-t-il revenir et dans quel état ? Sa famille entonne les cantiques tant aimés tout en ayant conscience que Noël ne sera plus jamais pareil.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

À propos du livre

Contenu

  • Pièce de théâtre en deux actes mettant en scène les membres d'une famille et des proches qui attendent, avec inquiétude, le retour d'Alex, un jeune homme de 24 ans, parti combattre en Afghanistan.

    « ALEX – Ma chère Kali, j'arrive pas à croire que je vais partir. C'est comme si la seule chose qui existe, c'est la guerre. Puis là je pense à vous autres : Marion, Tayeb et toi. Je sais que vous êtes là et que vous m'attendez. Juste à y penser, ça me fait brailler. Je compte les jours… » (p. 12)

    « NAT – Rien. Je sens qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Ça fait des mois qu'ils parlent d'un retour au pays aux environs du 21 décembre. Mais c'est aujourd'hui! Et on n'a pas de nouvelles d'Alex ni du quartier général. Ça se prépare, ces choses-là! » (p. 30)

    « MIKE – Allô. Natalie a eu un malaise. (…) Qu'est-ce que vous lui avez dit? Alex est vraiment disparu? (…) Oui, je suis Mike, je suis son père. (…) Vous dites qu'il est reparti avec l'interprète mais il est pas revenu… À quelle heure? (…) Ça fait 24 heures […] Oui, très difficile. (Il regarde Natalie.) Il reste seulement quelques jours… On attend votre appel. » (p. 63)

    « MARION – Et on sera pas dans le même monde que lui. Parce que ce qu'il a vécu, ça va pas le lâcher. Il pourra même pas nous dire ce qu'il voit. Et nous, on pourra pas lui dire ce qu'on voit non plus, on va vouloir le protéger. Ça sera pas facile. » (p. 93)
     

  • Intrigue dramatique témoignant des horreurs de la guerre et de ses effets brutaux sur les soldats qui en reviennent, ainsi que des répercussions sur la famille et les proches de ces derniers.

    « ALEX – On a été frappé par une grenade. […] Quelqu'un est retourné au char, mais on pouvait rien pour le chauffeur et le lieutenant Carver : ils étaient coincés et sans connaissance. Jeff, on l'a ramené, il était inconscient, sa jambe avait revolé en morceaux. » (p. 44-45)

    « ALEX – […] J'ai craqué. J'ai tout cassé. J'ai renversé les lits et les commodes, j'ai arraché des poteaux de tente, j'ai jeté au bout de mes bras tout ce qui était à ma portée. Ils m'ont sauté dessus. La dernière chose que j'ai vue, c'est l'infirmier qui me plantait une aiguille dans l'épaule. » (p. 46)

    « VIEUX – On m'a donné une job de commissaire de parking en ville. J'ai donné des tickets et je me suis fait engueuler tous les jours de la semaine pendant 30 ans. C'est comme ça qu'on m'a remercié pour mes services.
    KALI – T'as été blessé à la guerre?
    VIEUX – Si tu savais ce que j'ai vu, ce que j'ai fait. La blessure que j'ai, elle peut pas guérir. Il y a pas de pardon pour ça.
    KALI – Comment tu sais?
    VIEUX – T'as vu les soldats qui reviennent? Ils sont complètement perdus. On a aucune idée de ce qu'ils ont vécu et on veut pas le savoir. On sait pas quoi faire avec eux autres. » (p. 53-54)

    « KALI – […] J'ai un frère en Afghanistan. Il est disparu. On va le retrouver. Je connais pas la gravité de ses blessures. Mais va falloir en prendre soin. Je vais essayer de faire ça. Mais je sais pas comment. Je vais avoir besoin d'aide. Ma famille aussi. Parce qu'en ce moment, on est en morceaux. » (p. 74)

    « MARION – Natalie, on dirait que tu te rends pas compte… Penses-tu vraiment que tu vas retrouver le fils que tu connaissais et que tout va être comme avant? » (p. 95)
     

  • Deux personnages principaux : Kali, étudiante et militante antiguerre depuis que son frère Alex s'est enrôlé; Alex, absent de la scène mais omniprésent et source de tous les soucis de sa famille en ce temps des Fêtes.

    « KALI – Blogue contre la guerre numéro 56. Merci pour l'idée du héros et de l'héroïne. J'en ai fait une pancarte. Mais je vais pas aller à la manif. » (p. 9)

    « TAYEB – J'aimerais passer les prochains jours avec vous autres.
    NAT – T'es tout seul? (Elle le regarde attentivement.) T'es inquiet pour Alex, toi aussi? » (p. 26)

    « KALI – Il va avoir besoin de chacun de nous.
    Tayeb s'approche de Marion et elle se colle contre lui. Il la prend dans ses bras.
    NAT, se tournant vers Mike, dans la douleur et le désespoir – Qu'est-ce qu'on va faire?! » (p. 51)
     

  • Cinq personnages secondaires : Natalie, mère d'Alex, en proie à de vives réactions au sujet de l'absence de son fils; Tayeb, meilleur ami d'Alex, qui ne partage toutefois pas les mêmes ambitions; Mike, beau-père d'Alex, radical quelque peu machiste; Marion, blonde d'Alex, qui, en tant qu'infirmière, se veut plus lucide à propos de son retour; le Vieux, grand-père de Tayeb, qui dit avoir connu ses meilleurs jours en tant que soldat.

    « MIKE – Toi, tes affaires ?
    NAT – C'est pire cette année.
    MIKE – Tu t'inquiètes pour rien, minou.
    NAT – Puis on n'a pas de nouvelles d'Alex. » (p. 29)

    « MIKE, à Tayeb – Ça t'a jamais intéressé, toi, l'armée?
    TAYEB – Est-ce que j'ai l'air d'un pauvre con qui sort d'un trou, moi? Puis je veux pas être un héros. » (p. 36)

    « KALI – Comment et quand on devient agressif, papa, ça dépend plus de la culture que des gênes. Tu devrais savoir ça.
    MIKE – Il y a rien dans l'expérience humaine qui se compare en intensité au combat armé. Même pas l'orgasme le plus fracassant. » (p. 37)

    « MARION – […] Quand les vétérans reviennent chez eux, ils boivent et cassent tout. Ils battent leur femme et leurs enfants.
    MIKE – Toi aussi, tu lis.
    MARION – C'est pas de la lecture, c'est ce que je vois à l'hôpital. » (p. 40-41)

    « VIEUX – Je suis parti de Sudbury à 26 ans. J'ai traversé la frontière à Détroit pour m'enrôler comme GI au Vietnam. C'était la belle vie, j'avais des camarades, je comptais pour eux autres. » (p. 53)
     

  • Multiples dialogues révélant des relations chaotiques entre les personnages qui soutiennent des opinions totalement divergentes.

    « KALI – Mon cher Alex, je les déteste – si tu savais! Maman passe ses soirées dans ses revues de business; papa fume son pot et parle de politique même si personne l'écoute. Tayeb est arrivé tout à l'heure, il veut avoir ta chambre jusqu'à Noël et il veut coucher avec moi. Moi, je suis au bout de ma corde. » (p. 15)

    « NAT – Je vois pas comment tu peux trouver ça drôle, toi, la guerre. Surtout quand Alex est en danger tous les jours.
    MIKE – C'est pour pas pleurer, minou. Le rire, des fois, c'est la seule façon saine de réagir.
    TAYEB – Il y a le cynisme aussi.
    KALI – Il y a d'autres réactions possibles. Je me souviens pas de vous avoir vus participer aux manifestations. Papa, t'es contre la guerre mais tu dis que c'est le plus beau sport! Maman, t'es pour la participation du Canada mais contre celle d'Alex. » (p. 41)

    « TAYEB – Qu'est-ce tu fais ici?
    VIEUX – Mon destin…
    TAYEB – Encore tes petits jeux.
    VIEUX – Ça te regarde pas.
    TAYEB – Au contraire.
    VIEUX – Tu peux rien faire pour Alex, ni pour Kali.
    TAYEB – Et pour toi : je peux faire quelque chose?
    VIEUX, riant – T'es juste une poule mouillée.
    TAYEB – Ils sont ma seule famille, mais tu peux pas comprendre ça. » (p. 59)

Langue

  • Registre de langue familier, représentatif du milieu de vie franco-manitobain du dramaturge Jean-Pierre Dubé, dans l'ensemble de l'œuvre; registre populaire en de rares occasions, traduisant le trop-plein émotif des personnages.

    « TAYEB – J'espérais te surprendre…
    KALI – Tu m'as surprise.
    TAYEB – La porte était pas barrée.
    KALI – Tu te prends pour quelqu'un de la famille?
    TAYEB – Ça dépend juste de toi.
    KALI – Compte pas là-dessus. » (p. 11)

    « ALEX – Je veux pas voir la parenté ni le reste du monde à Noël. Ils veulent juste que je leur raconte des belles histoires. Mais on est pas des fucking de sauveurs. Si tu peux imaginer ça, on tue du monde tout le temps. » (p. 13)
     

  • Figures de style peu nombreuses (p. ex., métonymie, comparaison, hyperbole, métaphore), presque toutes liées à la guerre, intensifiant le dégoût qu'éprouvent les personnages pour cet enfer.

    « NAT – Le christianisme, c'est une religion de paix. Puis Noël, c'est l'amour, pas la guerre. » (p. 38)

    « MIKE – Après la bataille, les images repassent en couleur et au ralenti, brûlées dans ton cerveau. La terreur, la rage et l'ivresse d'avoir foncé vers la mort comme un bœuf et d'avoir survécu… » (p. 39)

    « ALEX – […] Il perdait une tonne de sang.
    […] il y avait des insurgés partout comme des coquerelles. » (p. 44-45)

    « ALEX – […] J'ai manqué à mon devoir, j'ai pas accompagné mon ami, mon ange, qui m'a souvent sauvé la vie. » (p. 47)
     

  • Didascalies, souvent assez détaillées, contribuant à la clarté de l'œuvre ainsi qu'à la compréhension des gestes et des sentiments des personnages.

    « Kali est en train de terminer une pancarte pour la manifestation en chantant le refrain du cantique Les Anges dans nos campagnes (Gloria in Excelcis Deo). Elle recule, l'examine et arpente la pièce… Elle prend la pancarte dans ses mains et la brise contre le plancher, laisse tomber le manche. Puis elle se tourne vers l'auditoire, ouvre le portable et se met à écrire… » (p. 9)

    « Ils se regardent les uns les autres comme s'ils cherchent à se consoler, mais ils sont tous mal à l'aise, personne n'ose faire le premier pas. » (p. 64)

    « NAT – Allo… C'est Natalie. Bonsoir lieutenant… (Elle sourit, elle pleure, elle est tout excitée.) Oh finalement! (Se tournant vers les autres.) ILS L'ONT TROUVÉ! (Tout le monde jubile et pour la première fois ils se serrent dans les bras.) » (p. 80)

Référent(s) culturel(s)

  • Citation totale ou partielle des paroles de quelques cantiques de Noël interprétés en français (p. ex., Les anges dans nos campagnes, Sainte Nuit, Mon beau sapin, La Vierge à la crèche).

 

Pistes d'exploitation

  • Dans le cadre d'un débat, demander aux élèves de prendre parti sur l'intervention du Canada en Afghanistan ou sur l'intervention plus récente du Canada en Syrie dans le conflit généré par les extrémistes islamistes.
  • Inviter les élèves à commenter, par écrit, le procédé par lequel l'auteur fait revivre le Vieux dans la pièce et à noter leur appréciation de l'effet obtenu.
  • Demander aux élèves de remplacer la scène 7 de l'Acte 2 par une ou plusieurs scènes inspirées par les mots « Police de Winnipeg ».
  • Dans le cadre d'une table ronde ou d'un débat, inciter les élèves à comparer la pièce Green Mustang de Laurier Gareau, aussi originaire de l'Ouest canadien et dont la fiche descriptive est disponible dans FousDeLire, à la pièce Heyderabad, en examinant certains éléments tels que les thèmes, le style et le registre de la langue dans les dialogues.

Conseils d'utilisation

  • Avant la lecture, inciter les élèves à se renseigner sur le syndrome de stress post-traumatique (SSTP),  p. ex., en consultant le site Web des Anciens Combattants Canada.
  • Avant la lecture, discuter avec les élèves d'autres sujets délicats abordés dans le roman (p.ex., suicide, guerre, violence familiale).
  • Avant la lecture, présenter aux élèves le contexte de la guerre en Afghanistan et le rôle que le Canada y joue.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 11e et 12e année, Série : Parcours réussi, Nelofer Pazira.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : Ecce Homo, La Guerre.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : Coup de théâtre, Se dépasser dans l'ombre.