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Havre

Elsie vient de perdre sa mère. Matt cherche des traces de son passé. Quel lien avec l'énorme trou dans la chaussée et avec ce qui traînait dans la voiture abîmée tout au fond?

Après Cinéma, pièce lauréate du prix Québec-Ontario 2017, Mishka Lavigne signe Havre, un texte sur le manque, sur l'absence, sur le vide, mais aussi sur ces rencontres qu'on fait quand on en a le plus besoin, ces gens à qui on s'attache quand tout s'écroule : des havres dans la tempête.

(Tiré du site de l'éditeur.)

 

À propos du livre

Contenu

  • Personnages principaux, Elsie Sauriol, professeure de littérature, qui vit le deuil de sa mère, et Matej Hamidovic, surnommé Matt, ingénieur pour la ville, qui revient d’un voyage à Sarajevo à la recherche de ses parents biologiques, et souffre d’une rupture amoureuse ainsi que de stress post-traumatique; personnages prenant la parole en parallèle, jusqu’à ce que leurs destinées se croisent lorsque Matt est appelé à réparer l’énorme trou dans la chaussée devant l’immeuble où habite Elsie.

« MATT
Je suis allé à Sarajevo, Bosnie-Herzégovine
la ville où on me dit que je suis né.
Je voulais que tout soit familier
je voulais un déclic
je voulais que tous mes souvenirs d’enfance me reviennent d’un coup
mais j’ai rien reconnu.
Je me souviens de rien. » (p. 19)

« ELSIE
Je suis en deuil.
Je porte du noir.
Je serre la main.
Je dis merci
parce que je suis polie.
Je suis une fille bien élevée.
La fille bien élevée de Gabrielle Sauriol. » (p. 21)

« MATT, montrant une carte d’identité.
Matt Hamidovic, ingénieur de la Ville. On a dû couper votre eau pour la journée. Pour les travaux. » (p. 50)

« ELSIE
[…]
Mais des fois que je crois que je suis devenue professeure de littérature pour pouvoir enseigner les romans de ma mère et sentir qu’elle était tout le temps là. » (p. 69)

« MATT
Je pense que j’ai des visions.
[…]
Depuis que je suis revenu de Sarajevo. Des visions de la guerre. Ou des visions d’avant. Pas juste des images. Il y a des odeurs, des sons, des voix. […] Je dors vraiment mal ces temps-ci, je fais des cauchemars, je suis fatigué, je… » (p. 118-119)

  • Personnages secondaires, Geneviève, amie d’Elsie, qui tente de la soutenir après le décès de sa mère, Sylvain, patron de Matt, Sanel Catic, interprète à Sarajevo, qui aide Matt dans sa recherche de ses parents biologiques, et ancienne partenaire de Matt, les actions et les propos de tous étant uniquement relatés dans les répliques des personnages principaux.

« ELSIE
[…]
Geneviève se détache du groupe et s’avance vers moi.
Elle vacille sur avec ses talons hauts sur le tapis très épais et très mou.
Arrivée près de moi, elle se penche vers mon oreille : "Elsie… qu’est-ce que je peux faire? Dis-moi ce que je peux faire." » (p. 33-34)

« MATT
[…]
Elle est partie fin mars, le jour de la dernière tempête de neige.
Une semaine après son départ
un vendredi où la neige fondait et où la ville sentait l’eau
mon boss Sylvain est entré dans mon bureau et a déposé une clef sur ma paperasse.
"Ton ex vient de passer, Matt, elle m’a donné ça pour toi." » (p. 36-37)

« MATT
[…]
Je prends mon téléphone et je lis mes courriels.
Tout en haut un courriel de Sanel Catic
mon interprète de Sarajevo :
"Toujours rien, Matej", qu’il m’écrit.
"Je continue à chercher.
On va finir par trouver quelque chose sur eux." » (p. 63-65)

  • Pièce de théâtre mettant en scène deux personnages dont les réalités progressent en parallèle, puis se rejoignent et s’entremêlent lorsqu’ils font connaissance et réussissent à se soutenir mutuellement dans leur souffrance respective; retours en arrière sous la forme de souvenirs que se remémorent les personnages; thématiques sérieuses (p. ex., mort, adoption, quête d’identité, souffrance) contribuant à la profondeur de l’œuvre.
  • Mise en page aérée; œuvre répartie en un prologue, 14 chapitres numérotés et un épilogue; répliques de longueurs variées prenant le plus souvent la forme de vers; utilisation des guillemets à l’intérieur des répliques pour présenter, sous la forme de discours direct, les propos d’autres personnages avec lesquels interagissent ou ont interagi les personnages principaux; mots en majuscules accentuant  certaines idées et émotions des personnages; notice bibliographique de la pièce Cinéma de la même auteure et liste des personnages au début du livre; table des matières à la fin.

Langue

  • Registre de langue courant dans l'ensemble de l'œuvre; quelques expressions familières (p. ex., on s'en fout, C'est fou) et mots inventés (p. ex., Ci-ne-gît-pas, Rivière-Je-Me-Souviens-Plus, Matt-c'est-plus-facile-Hamidovic); mots et phrases en anglais (p. ex., pickup, gate forty-two, boss, She's my mother.) traduisant un contexte linguistique anglo-dominant; quelques mots en serbo-croate ou bosnien (p. ex., nestali, tata i mama) reflétant l'origine de Matt; lexique se rattachant au temps (p. ex., heures, tard, souvenirs, oublis) et à la mort (p. ex., deuil, mémoire, posthume, funérailles, condoléances) accentuant le tragique de la réalité des personnages.
  • Répliques peu ponctuées, souvent présentées sous la forme de courts vers, dont le rythme est tantôt rapide, tantôt saccadé; texte riche en phrases nominales; phrases interrogatives reflétant les réflexions parfois existentielles des personnages.

« ELSIE
Le voisin, à son cellulaire, gesticule toujours.
Une voiture de police arrive en trombe
puis une autre.
Les policiers éloignent les curieux du trou
les gens parlent
les gyrophares tournent
bleu-rouge-bleu. » (p. 16)

« ELSIE
Le trou dans la rue.

Le premier jour
les policiers
ruban jaune DANGER
le deuxième jour
rien
le troisième jour
la Ville
des cônes orangés
un panneau
DANGER
un dépliant pour les résidents de la rue. » (p. 41)

« MATT                                                             
[…]
Mon appartement vide
mon lit vide
moi
juste un peu plus vide
depuis mon retour de Sarajevo. » (p. 87)

« ELSIE
Penses-tu que tout le monde a un moment dans sa vie où c'est comme si un trou venait de s'ouvrir? Un moment avant et un moment après? Penses-tu que tout le monde a une cicatrice dans sa ligne de temps? Comme moi : avant et après la mort de ma mère… » (p. 99)

  • Nombreux procédés stylistiques (p. ex., antithèse, répétition, énumération, comparaison, métaphore, personnification, onomatopée) faisant ressortir les tonalités ironique, tragique et pathétique de l'œuvre; mise en abyme par de nombreuses références au roman Havre rédigé par la mère d'Elsie, traitant aussi de la mort d'un être cher.

« MATT
[…]
J'ai cherché des réponses
et j'ai même pas trouvé de questions. » (p. 22)

« ELSIE
[…]
Il faut lire Havre pour comprendre le deuil.
Dans Havre
une mère perd sa fille
et moi…
C'est la même chose
c'est presque la même chose. » (p. 30-31)

« MATT
[…]
Je prends le livre, je le sors, je le regarde.
L'image de la couverture sous un cerne de café :
des silhouettes d'édifices bleues sur fond blanc
comme des veines.
Le titre en bleu plus foncé
Havre
et le nom de l'auteure
Gabrielle Sauriol. » (p. 45)

« ELSIE
[…]
Il donne un signal aux autres et au son des moteurs
la voiture rouge est soulevée comme une épave.
De la voiture
il pleut des morceaux de ville effondrée. » (p. 46)

« ELSIE
[…]
Le robinet proteste et claque
puis crache l'eau revenue. » (p. 62)

« ELSIE
[…]
Schlick, schlick de carte de crédit. » (p. 74)

  • Monologues dialogiques dans lesquels les personnages principaux décrivent leur réalité respective sans réagir aux propos de l'autre, à l'exception des chapitres où ils se trouvent face à face; répliques qu'ils prononcent en même temps et répliques parfois inachevées par un personnage et complétées par l'autre, contribuant à l'ambiguïté des échanges; didascalies précisant certains arrêts et silences ainsi que les actions des personnages.

« ELSIE
Mes sincères condoléances.
Merci.
Mes plus sincères condoléances.
Merci.
Mes sympathies.
Merci.
Condoléééééances.
Merciiiii.
Sincères…
M…

MATT
Si je me souviens plus de mes souvenirs,
est-ce que ce sont encore des souvenirs?
Est-ce qu'on devrait plutôt dire
des oublis? » (p. 19-20)

« ELSIE
J'ouvre la porte

MATT
ELSIE
face-à-face

ELSIE
le cowboy arpenteur-géomètre

MATT
la fille du balcon d'hier
en serviette » (p. 49-50)

« ELSIE
Qu'est-ce que tu fais accoté sur ton camion toute la journée à regarder dans le trou? Il y a personne, pas de grue, pas d'autre camion, juste toi. Qu'est-ce que tu fais toute la journée, Matej Hamidovic, ingénieur pour la Ville? Qu'est-ce que tu regardes là, dans le trou?

MATT
Toi, qu'est-ce que tu fais toute la journée, Elsie Sauriol? » (p. 79)

« ELSIE
Couchée sur le plancher
je regarde tous les exemplaires de Havre alignés contre le mur du salon.

MATT
J'allume mon ordinateur
je tape
Gabrielle Sauriol
et je lis
en anglais, en français, en allemand que je baragouine à cause de mon ex. » (p. 89)

« Il boit une autre gorgée. Un long silence. Matt va s'asseoir sur le sol, devant les piles de livres de Gabrielle Sauriol. Elsie s'assoit avec lui. » (p. 130)

« (Un long temps. Matt donne son verre vide à Elsie.) » (p. 132)

 

Référent(s) culturel(s)

  • Références au monde littéraire francophone : Prix littéraire du Gouverneur général, Prix Femina.
  • Allusions à la dualité linguistique (anglais-français).

« ELSIE
La femme s’approche du trou pour voir la voiture rouge.
Le voisin au téléphone la retient par le bras.
"Watch it!" qu’il lui dit en anglais. "It’s not safe."
Elle s’excuse, en français
mais il l’écoute pas
il hoche la tête, l’oreille vissée sur son téléphone. » (p. 15)

Pistes d'exploitation

 

  • Faire lire aux élèves quelques courtes scènes de pièces de théâtre absurdes (p. ex., La Cantatrice chauve d'Eugene Ionesco et En attendant Godot de Samuel Beckett). Leur demander de rédiger une dissertation qui démontre en quoi l'auteure de la pièce Havre emploie des procédés semblables à ceux du théâtre absurde.
  • Proposer aux élèves, réunis en équipes, d'effectuer une recherche sur les causes, les effets, les symptômes et les traitements de divers troubles de santé mentale pouvant découler d'expériences éprouvantes comme la guerre ou la mort d'un être cher (p. ex., syndrome du stress post-traumatique, dépression, anxiété). Leur demander de présenter le fruit de leur recherche au groupe-classe à l'aide de sources fiables et en établissant quelques liens avec les personnages de la pièce.
  • Animer une discussion portant sur l'origine et l'identité en s'inspirant de certains extraits de la pièce. Inviter les élèves à faire part des caractéristiques de leur identité culturelle et des connaissances sur leur identité qu'ils souhaiteraient approfondir. Par la suite, leur proposer de créer une œuvre d'art de leur choix (p. ex., sculpture, peinture, dessin), qui reflète leur cheminement identitaire et culturel.

 

Conseils d'utilisation

 

  • Avant la lecture, mettre les élèves en garde face aux thèmes délicats abordés dans l'œuvre, notamment la mort, la guerre et l'adoption.
  • Avant la lecture, faire un bref survol de l'histoire de la Yougoslavie au XXe siècle afin de faciliter la compréhension de certains extraits portant sur le passé et les origines du personnage de Matt.
  • Préparer les élèves à l'apparition de quelques références à des idées délicates (p. ex., Chapitre 11 : le désir de mourir ou de se faire du mal).
  • Proposer aux élèves de lire d'autres œuvres qui traitent de la mort et de l'adoption, telles que L'énigme du retour et Platebandes, dont les fiches descriptives se trouvent dans FousDeLire.