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Demain j’’aurai vingt ans

Pointe-Noire, capitale économique du Congo, dans les années 1970. Le narrateur, Michel, est un garçon d'une dizaine d'années qui fait l'apprentissage de la vie, de l'amitié et de l'amour, tandis que le Congo vit sa première décennie d'indépendance sous la houlette de « l'immortel Marien Ngouabi », chef charismatique marxiste. Les épisodes d'une chronique familiale truculente et joyeuse se succèdent, avec ses situations burlesques, ses personnages hauts en couleur : le père adoptif de Michel, réceptionniste à l'hôtel Victory Palace; maman Pauline, qui a parfois du mal à éduquer son turbulent fils unique; l'oncle René, fort en gueule, riche et néanmoins opportunément communiste; l'ami Lounès, dont la soeur Caroline provoque chez Michel un furieux remue-ménage d'hormones; bien d'autres encore. Mais voilà que Michel est soupçonné, peut-être à raison, de détenir certains sortilèges... 

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

À propos du livre

Contenu

  • Roman dévoilant, sous forme d’anecdotes, la perception d’un jeune Congolais sur son vécu dans les années 1970, perception à la fois caricaturale et spontanée s’étendant souvent bien au-delà de sa ville natale.

    « Je pense souvent à ce jour où Caroline avait décidé qu’elle et moi on était maintenant mariés. […] on a monté une petite tente […] C’était notre maison à nous deux. » (p. 30)

    « Or si Dieu voulait envoyer quelqu’un pour être président chez nous Il aurait envoyé son fils Jésus puisqu’Il l’a déjà fait pour sauver les hommes sur Terre. » (p. 72)

    « Alors je me demande comment ces étudiants iraniens peuvent avoir le courage d’aller provoquer un pays comme l’Amérique et enfermer cinquante ou soixante Américains dans la cave d’une ambassade? Est-ce que l’ayatollah Khomeyni est plus fort que le président des Américains? » (p. 174)

    « Le président de la France s’appelle Valéry Giscard d’Estaing. […] C’est presque fini pour lui, il est cuit. Moi je me dis : Il est sans doute malade, il a eu un accident, le pauvre. » (p. 262) 
     

  • Un personnage principal, Michel, dans toute la candeur de ses dix ans; nombreux personnages secondaires, tous importants aux yeux de Michel : sa mère biologique (Pauline), son père adoptif (Roger), ses frères et sœurs, ses amis proches.

    « Moi je me sens enfant de Pointe-Noire. C’est ici que j’ai appris à marcher, à parler. C’est ici que j’ai vu pour la première fois la pluie tomber, et on est originaire de l’endroit où on a reçu les premières gouttes de pluie. » (p. 93)

    « …Pourquoi elle n’accepterait pas de prendre une graine dans le ventre de ma mère et de la garder dans son ventre à elle pour que les enfants de maman Pauline n’aillent plus au Ciel sans passer par la Terre? » (p. 228)

    « C’est là que j’apprends qu’à vingt ans papa Roger était le plus grand danseur de la région de la Bouenza. […] il était capable de quitter le sol, de danser en suspension… » (p. 231)
     

  • Narrateur participant, Michel, décrivant son milieu socioculturel à l’aide de commentaires et d’anecdotes souvent désordonnés (p. ex., famille, moustiques, politique, école, croyances), mais révélateurs de son jeune âge et de sa naïveté. 

    « Mon oncle prétend qu’il est communiste. Normalement les communistes sont des gens simples, ils n’ont pas la télévision, le téléphone, l’électricité, l’eau chaude, la clim et ils ne changent pas de voiture tous les six mois comme tonton René. » (p. 14)

    « Les moustiques de notre quartier sont bizarres, ils aiment trop la transpiration, comme ça ils se collent à ta peau et ont tout le temps de bien sucer ton sang jusqu’à cinq heures du matin. » (p. 19)

    « C’est comme ça qu’ils gagnent souvent. Ils vont consulter le féticheur et celui-ci leur dit qu’il va attirer la pluie pour éliminer les fétiches de l’autre équipe. » (p. 150) 
     

  • Séquences dialoguées moins fréquentes que les séquences narrées, permettant tout de même de mieux connaître les personnages.

    « – Sache que Mabélé, moi je l’aime pas, il me dit.
    – Tu le connais bien alors?
    – Non, je le vois souvent dans la rue avec les garçons du quartier Bloc 55.
    – Je veux le voir moi aussi, je veux savoir si je suis plus beau que lui et…
    – Tu es plus beau que lui, je te l’ai déjà dit.
    – C’est vrai? » (p. 146)

Langue

  • Registres de langue courant, mais aussi familier, comme si l’auteur voulait donner libre cours au jeune narrateur dans certaines séquences tant narrées que dialoguées.

    « Comme monsieur Mutombo fabrique toujours de belles poupées pour sa fille, Caroline en avait deux avec elle ce jour-là. D’après elle, ces poupées étaient nos enfants à nous… » (p. 30)

    « Yasser Arafat c’est lui le président de la Palestine, un pays que les gens ne veulent pas reconnaître que c’est un pays comme notre pays. » (p. 175)

    « – Je vais lui demander de te parler comme j’ai parlé à Caroline! Je vais lui écrire mon baratin sur un papier… » (p. 323)
     

  • Utilisation fréquente du « tu », interpellant le lectorat pour attester la vérité des faits. 

    « Comme mon oncle n’est pas chauve et n’a pas de gros ventre, quand tu le vois c’est pas tout de suite que tu peux savoir que lui c’est un vrai chef avec un grand bureau au centre-ville. » (p. 13)

    « …il a toujours répété qu’il l’avait achetée en pensant à moi. C’est pour ça que si tu lis ce qui est écrit sur les papiers de notre maison c’est mon nom qui est écrit dessus. » (p. 100)
     

  • Phrases parfois longues et complexes, toujours dans un but précis et sous-entendu dans le texte.

    « Alors je me disais : Je vais jouer avec ces adultes, je vais leur montrer que je connais leur langue […] Je m’amusais à couper un peu ma respiration, à fermer les yeux, à serrer mes lèvres et mes fesses, et parfois à devenir si pâle que je ressemblais à un cadavre de bébé blanc puisque les enfants noirs, quand ils viennent au monde, en général ils sont tout blancs, ce n’est qu’après qu’ils deviennent noirs sinon les parents vont se chamailler et croire que c’est un Blanc du centre-ville qui est le vrai père. » (p. 91)
     

  • Traces d’humour léger tout au long du texte; figures de style très imagées, notamment la comparaison, l’hyperbole et la personnification, reflétant le jeune âge du narrateur.

    « Ma chambre c’est comme un cercueil trop grand pour mon petit corps, je me dis. Or j’étouffe là-dedans. » (p. 253)

    « De Gaulle était grand comme deux hommes et demi de chez nous ou cinq Pygmées et demi du Gabon. » (p. 265)

    « Je repars en courant sans lui dire au revoir. J’ai peur que la nuit m’attrape ici au moment où chaque fantôme va revenir… » (p. 370)

Référent(s) culturel(s)

  • Nombreuses allusions à des écrivains, compositeurs et acteurs de la francophonie européenne (p. ex., Hugo, Pagnol, La Fontaine, Verlaine, Rimbaud, Saint-Exupéry, Brassens, de Funès, Belmondo), rappelant, au passage, la francisation de multiples régions de l’Afrique.

Pistes d'exploitation

  • Inviter les élèves à étudier, en groupe, la situation politique et économique du Congo depuis sa décolonisation.
  • Demander aux élèves de relever des indices touchant des événements africains (p. ex., sur les plans politique, culturel, social) des années 1976 à 1980.
  • Proposer aux élèves de rédiger un playdoyer sur les droits de la personne ou la justice sociale, p. ex., la place actuelle de la femme en Afrique.
  • Inviter les élèves à rédiger un extrait d’un journal personnel intitulé Demain j’aurai vingt ans.

Conseils d'utilisation

  • Fournir les explications nécessaires à la lecture de certains passages présentant de nombreuses références politiques.
  • Prendre le temps de parler de la culture, des mœurs et des réalités franco-africaines d’aujourd’hui dans les écoles où il y a peu d’élèves de diversité ethnoculturelle.
  • Situer sur une carte géographique le Congo ainsi que les villes et pays mentionnés dans le roman.