Contenu
- Personnage principal et narrateur, Hannibal Ben Omer, un homme en quête d’identité et de vérité sur son père, dont le parcours errant à travers le monde en transformation devient un chant humaniste en faveur de la liberté, de l’ouverture et du dépassement des frontières culturelles.
« Lorsque je me mets en face du miroir de mes écrits en italique et en privé, je ne me demande pas ²Qui suis-je?² La réponse, je la connais depuis longtemps! ²Un Kerkennien Africain perdu dans la jungle du chômage.² Cependant je me dis souvent : ²Que dois-je faire pour sortir de l’ornière de mon trou sous-développé qui n’a pour privilège qu’une gueule bien muselée?² Oh ma parole n’est ni rare, ni chiche de belles pensées! Elle est plutôt rentrée. Enterrée dans ma terre natale. Et pourtant, n’est-elle pas assez vocifératrice dans le village global des exclus du marché du travail? Ceux-là mêmes qui réclament un brin de dignité dans leur tentative de briser la glace des anciens colons. » (p. 94-95)
« – Hannibal, je te promets de rechercher les lettres de ton père à mon défunt mari. Dès que j’aurai trouvé quelque chose, je te ferai signe. » (p. 110)
- Quelques personnages secondaires qui accompagnent Hannibal dans sa quête de vérité et d’identité, dont sa tante Souad, qui l’élève avec dévouement, Saadia, l’épouse du cousin de son père, qui lui dévoile des aspects méconnus de la vie d’Omer Ben Omer, et Marie-Noëlle Angeli, l’une des épouses de son père, qui lui révèle des éléments jusque-là inconnus de son histoire familiale.
« Je n’irai pas cracher sur la tombe de mon père, plutôt l’asperger d’eau douce pour la dépoussiérer, lui rendre son brillant. […] On a dit que sa vie ²était un roman à divulguer². Mais pour quelle cause? […] Comment puis-je en raccorder les bouts? Je ne l’ai connu que si peu de temps. Surtout à travers quelques photos jaunies léguées par ma mère qui m’a confié à tante Souad quelques années après le départ de mon père en Europe. Je n’avais alors que sept ans. » (p.7)
« – Saadia, dis-moi, tu as connu mon père, toi, n’est-ce pas?
– Oui!… Que veux-tu que je te dise? Ton père était un visionnaire et un pédagogue. Il a fait son chemin par la force de son esprit, et il était brillant. Il est passé par pas mal d’embûches, de tracas, d’angoisses, de frustrations… Bref, il n’a pas eu la vie facile, mais il a toujours gardé sa dignité intacte. Travaillant d’une manière acharnée, je dirais même passionnée, il économisait son argent pour l’envoyer à son père. C’était sa force et son péché mignon. Et même quand il ne pouvait pas se permettre d’épargner la somme nécessaire, il l’empruntait, tout en clamant avec fierté qu’il ne laisserait jamais ses parents dans le besoin. » (p. 49)
« – Je suis Marie-Noëlle Angeli, l’épouse de votre père. Vous ignorez qui je suis, mais moi j’ai tellement entendu parler de vous que j’ai l’impression de vous avoir connu toute ma vie. » (p. 144)
- Roman captivant dont l’intrigue suit le parcours d’un jeune homme en quête d’identité, partagé entre le Sud et le Nord; riche en réflexion, l’intrigue met en lumière les questions de migration, de culture et d’ouverture à l’autre; nombreux retours en arrière sous forme de souvenirs et d’extraits de journal personnel, offrant un éclairage sur les événements vécus par le personnage principal; thèmes (p. ex., exil, quête d’identité, racines culturelles) aptes à susciter des réflexions profondes sur l’appartenance, la mémoire et l’acceptation de l’autre.
- Mise en page aérée; texte réparti en huit chapitres titrés et numérotés; éléments graphiques (p. ex., points de suspension, guillemets, italiques, notes de bas de page, majuscules) qui facilitent l’interprétation du roman; glossaire fournissant les définitions des mots et expressions arabes, liste des œuvres de l’auteur et table des matières à la fin; courtes notes biographiques sur l’auteur à la quatrième de couverture du livre.
Langue
- Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., resquilleur, ébréchées, maghrébin, abnégation, scourtins) compréhensibles à l’aide du contexte; termes arabes (p. ex., henchir, batams, rbats, nif) et quelques mots anglais (p. ex., blue jeans, made in, Railway club) ajoutant au réalisme du récit.
- Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; très nombreuses phrases déclaratives dans la narration; phrases généralement longues.
« Nerta m’amène avec d’autres participants au restaurant avant de nous installer à l’hôtel. Elle se met à lire le menu, égrainant des noms de plats familiers : brodo, baccalà, polenta, orato… Mots proches de mon dialectal tunisien, accentués à l’italienne. Chez nous, nous aurions dit : broudou, baccalaou, boulinta, ourata. Le o s’ouvre en ou au Sud. Je méditais ce rapprochement loin du français : bouillon, morue, polenta, dorade. Puis elle nous apprend que les gnocchetti, plat national, font le délice de tous les Sardes.
- Nombreuses figures de style (p. ex., antithèse, parallélisme, métaphore, gradation, comparaison, hyperbole, personnification) qui permettent d’apprécier le style imagé de l’auteur; présence d’un proverbe incitant le lectorat à la réflexion.
« Quand elle se noue en nœud de vipères, je verse dans le tragique. Lorsqu’elle se dénoue, je verse dans la comédie. » (p. 57)
« Tu es à moitié blanc, mais pas tout à fait; à moitié noir, mais pas tout à fait; à moitié rouquin mais pas tout à fait; à moitié jaune mais pas tout à fait. » (p. 89)
« Est-ce parce qu’il a glissé sur une peau de banane culturelle, et qu’en se relevant il n’a rien ramassé? » (p. 109)
« Plus d’affrontements ni de guerres, de suprématie et de croisades, d’antagonismes et d’expansions. » (p. 127)
« Il se dandine en marchant comme s’il dansait sur deux douzaines d’œufs, effleurant à peine le sol. » (p. 138-139)
« D’une force inexplicable, il fonçait tel un taureau piqué au vif, déployant d’innombrables ruses pour vaincre à tout prix. » (p. 165)
« Ce proverbe de ma grand-mère m’est venu à l’esprit pour me tranquilliser : ²Tu as beau enfermer la queue d’un chien dans un roseau pendant des siècles pour qu’elle devienne droite, eh bien non, une fois libérée, elle ressortira toujours tordue.² » (p. 138)
- Prédominance de séquences descriptives et narratives, entrecoupées de séquences dialoguées, qui situent le temps et les lieux, permettant de s’immiscer dans l’intimité et l’esprit des personnages; intégration de formes textuelles variées (p. ex., poème, article, contes, légende, lettre) enrichissant la structure du récit et offrant une multiplicité de voix et de perspectives.
« Elle se retire dans son antre pour pleurer de plus belle toute la nuit. Jamais je ne pourrai décrire la souffrance de cette mère adoptive à l’approche du départ de son fils. Indescriptible douleur que nul ne peut mesurer! De mon côté, je me noie dans un sentiment de culpabilité qui me suffoque! De quel côté que je me tourne… j’ai tort! Je suis comme pas mal de jeunes : chômeur, et pourtant d’autres de mon âge ont plus de chance que moi. Dur d’être de son époque et de ne l’être pas!
Trois jours plus tard, tante Souad me réveille de bon matin. En me secouant, elle me supplie presque :
– Lève-toi, Hannibalou, allons consulter Sidi Saïd.
N’ayant jamais mis les pieds dans le mausolée de ce marabout vénéré de toute l’île, quand j’ai vu les dimensions de sa demeure, je me suis écrié, ronchon et de mauvaise humeur :
– Tante, pourquoi le consulter? » (p. 121)
« À la lecture de ces trois vers traduits du latin, résumant la pensée du poète, je me suis mis sur la même longueur d’onde que lui :
J’ai érigé un monument plus durable que le bronze
Plus haut que la cime royale des pyramides
Je ne mourrai jamais complètement. » (p. 131)
« Le coiffeur sort d’un tiroir une feuille jaunie et pliée en quatre du journal Le Monde. Après l’avoir lue, je lui ai demandé de me faire une copie pour toi.
Le touche-à-tout et l’écrivain imaginaire Omer Ben Omer a été retrouvé mort dans son domicile, rue des Poissonniers, Paris, vendredi décembre 1988, atteint d’une balle dans la tête. […] Mais son intégrité n’a jamais été mise en doute. » (p. 174-175)
Référent(s) culturel(s)
- Référence à Jean de La Valette, un noble français.
- Référence au Maroc, à la France et à l’Afrique du Nord.
Pistes d'exploitation
- Proposer aux élèves, regroupés en dyades, d’effectuer une recherche sur la figure historique d’Hannibal Barca et d’établir les similitudes et les différences entre la quête de cet idéaliste et celle d’Hannibal ben Omer, en élaborant un tableau comparatif. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe-classe.
- Animer une discussion autour des structures sociales inéquitables mises en lumière dans l’œuvre, en portant une attention particulière aux différentes formes de préjugés qu’elles engendrent ou renforcent (p. ex., les structures familiales – les Kerkenniens envers les Djerbiens (p. 16); la race – les Européens envers les musulmans (p. 138); le statut socio-économique – la dominance américaine (p. 138)). Proposer aux élèves, regroupés en dyades, de choisir l’une de ces structures sociales et de rédiger un article de journal qui en présente et en analyse les enjeux. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe-classe.
- Animer une discussion sur les causes du départ du personnage principal et de son père de leur Tunisie natale. Demander aux élèves, réunis en équipes, d’analyser les liens entre ces causes et celles de la révolution du Jasmin en Tunisie en 2010, qui a mené à la destitution de Ben Ali. Les inviter à présenter leurs conclusions au groupe-classe sous forme de schéma, de présentations ou de discussions en classe.
Conseils d'utilisation
- Avant la lecture, présenter l’œuvre en la situant dans son contexte géographique et socioculturel, en abordant des thèmes tels que l’identité tunisienne et l’immigration en France.
- Consulter le glossaire à la fin de l’œuvre pour définir les termes arabes.
- Inciter les élèves à lire d’autres œuvres qui abordent le thème de la quête d’identité, telles que 178 secondes, L’Écureuil noir et L’apprentissage, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.
Ressource(s) additionnelle(s)
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 11e et 12e, Série : Y’AFRICA, Tunisie, Burkina Faso, Sénégal.