Contenu
- Deux personnages principaux, dont Amédé, un musicien, homme fort apprécié de ses proches, et Lejeune, également musicien, dont les liens d’amitié les mèneront au Grand Texas afin de trouver leur destin.
« Amédé était trop beau pour rester Étranger / son grand corps musclé était trop calme et souriant pour rester seul / il y avait trop de-quoi de vieux dans ses muscles jeunes / pour faire craindre mères et parenté / trop d’étoiles dans ses yeux / trop d’ombres fraiches à ses côtés / pour rester apeuré de la poussière sous ses pieds / et petit à petit Amédé marchait accompagné / les enfants braquirent à le suivre / à lui demander de raconter des histoires et des contes / de sa voix ronde / c’était ça la plus grande force d’Amédé / il avait appris à écouter, il écoutait calme / il rentrait dans chaque son / dans chaque épaisseur autour de lui / et chaque fois il en sortait une histoire racommodée / Amédé faisait de chaque personne qui s’approchait parenté » (p. 26)
« Lejeune savait calmer la tempête des danseurs / avait appris à la manière des Vieux comment faire danser droite / comment faire danser sans grouiller hanches ou silhouette / comment rester doux, doux sur les cordes / comme sur l’échine d’une jeune bête / Lejeune avait le clôt dans le corps / comme si ses épaules larges, son torse / ses bras, ses cuisses épaisses de muscles / aviont été battus par les troupeaux / ses lèvres et ses yeux bruns plissés par les couchers de soleil / à force de faire le tour / de chaque anse, de chaque tune du Village / il jouait ça que les pères aviont mis tant d’années à planter / ça que les Vieux aviont de leurs propres mains tracé / hanches de pacaniers, canne, coton / ça que les Vieux aviont récolté / violons au cœur, tune après tune / de père en fils » (p. 31)
« pendant des semaines, des mois et peut-être même une année / ils le saviont pus / ils aviont perdu le sens de la semaine à jouer / chaque soir une danse, chaque soir un bal / chaque soir une neuve Hall, le violon et l’accordéon / Lejeune et Amédé faisiont le tour du triangle du Grand Texas / jouiont ça qui restait du carré de la tune » (p. 58)
- Quelques personnages secondaires dont la personnification du Village et de la Vigilance, Grosse Tête, le notaire lettré, Rose, une femme mariée dont Amédé s’éprend, et Jolie Brune, la fiancée de Lejeune.
« le Village avait trouvé de neuves façons de grouiller / le Village avait appris où ce qu’il pouvait et pouvait point marcher / les frontières de la Vigilance / qui voulait dominer danseurs et toupies / la Vigilance qui voulait empêcher les neufs mots de rentrer / et le Village avait appris / bien ancré dans le nouveau temps / le Village avait pus besoin de chanter pour faire danser / sans mots, il avait réussi à gagner plus de temps à la valse » (p. 22)
« Grosse Tête était grand et maigre / comme si on avait mis de la hauteur aux loups / et c’était vrai / il avait un gros clan, des enfants partout / mais on le croyait point à le regarder / il était fait grand et lisse comme le papier / grand et fier, des mains de contrats signés […] mais c’était point la Justice ni les Bibliothèques qui faisaient / que Grosse Tête marchait avec le clan dans le corps / c’était point la Justice ni les Bibliothèques ni Rose ni le Village / qui faisaient qu’ils l’écoutiont, qu’ils l’appeliont Notaire / qu’ils le laissiont faire / c’était qu’il connaissait un livre / comme les Vieux connaissiont les levées / ils connaissait les mots » (p. 33-34)
« mais Rose était en train de lui raconter, à lui / était en train de chuchoter les chemins secrets à son jardin / jusqu’à la clé de son cou / Rose savait jouer itou / mais comme une femme mariée » (p. 38)
« Lejeune fit la peau fine de Jolie Blonde craquer / fit toute la chaleur de son corps couler / montit toute la longueur de ses jambes / jusqu’à la porcelaine de Jolie Blonde » (p. 61)
- Œuvre oscillant entre poésie et récit, qui illustre le pouvoir de la musique comme un moyen puissant de transcender les frontières, facilitant des rencontres improbables entre deux hommes dans un contexte de métissage culturel; personnages principaux inspirés des musiciens créoles de la Louisiane, Amédé Ardoin et Angelas LeJeune; thèmes variés (p. ex., amour, sédentarisme, mort, vengeance) pouvant mener à des conversations intéressantes.
- Mise en page simple; œuvre répartie en trois parties titrées, divisées à leur tour en chapitres numérotés; éléments graphiques (p. ex., points d’exclamation, guillemets, points d’interrogation) rendant la poésie plus vivante et expressive; mention d’une œuvre de la même auteure, dédicace et expression au début; table des matières, collections et œuvres de l’éditeur à la fin; extrait du texte et courtes notes biographiques de l’auteure en quatrième de couverture.
Langue
- Œuvre poétique rédigée entièrement en langue acadienne; mots, expressions et tournures de phrases qui reflètent la culture des personnages (p. ex., j’étions, j’avions, cte soir-là, cti-là, ils disiont, asteure, lui itou, rinque vena), mots moins connus (p. ex., gobiller, goémon, picogies, tchôme, contchinrent), mots anglais (p. ex., skirt, still, tune, gone) et nombreux verbes conjugués à des temps inexistants en français (p. ex., appelit, invitit, restit, lançit, quittit) parfois compréhensibles à l’aide du contexte.
- Vers et strophes de longueurs irrégulières et inégales dans les récits poétiques, témoignant d’un style libre; textes généralement dénués de ponctuation; majuscules utilisées uniquement au début des noms propres et pour mettre en valeur certains mots.
« la tempête avait duré / après les gros vents / après les grandes pluies / longtemps après la noyade de Jolie Brune / après la ruine de la ferme / après chaque goutte comme des marteaux / à défaire et refaire la chair, toute la douceur de la terre / les sacs de sable éparpillés étiont comme une neuve plage / et tout ça qui restait était exposé / bardeaux, murs défaits, fondations, bribes de la tune / toute la vase du logis / tout était à la lumière » (p. 51)
« Amédé demandit d’être seul pour recorder / il voulait être seul pour écrire / seul avec son âme / Savoie et les autres pouviont point le voir / mais Amédé se sentait déjà accompagné / dans chaque note, dans chaque temps / il y avait d’autres accordéons / les poumons des autres qui souffliont, qui poussiont, qui haliont / il entendait déjà de loin, comme d’un autre temps monter / une neuve ronde, des neuves danses braquer » (p. 67)
- Figures de style variées (p. ex., hyperbole, métaphore, allitération, personnification, comparaison, gradation) qui contribuent à évoquer l’atmosphère et les sentiments des personnages.
« les très longs voyages / voyages qu’aviont duré des années, des siècles » (p. 19)
« toute la misère de retrouver la terre, l’ancre du temps » (p. 21)
« jusqu’au fi fin fond de la mer » (p. 34)
« la grande et douce rivière qui s’avait éparé / de ses grandes jambes, de son ventre doux et chaud » (p. 47)
« […] l’archet pouvait sauter et voler comme un colibri » (p. 59)
« les poules attrapées et déplumées, bouillies et mangées » (p. 75)
Référent(s) culturel(s)
- Œuvre qui, dans son ensemble, fait référence à la culture acadienne, dans son parler, son histoire et sa musique.
- Référence à la déportation des Acadiens (Grand Dérangement).
Pistes d'exploitation
- Pendant la lecture, inviter les élèves à dresser une liste des mots nouveaux d’origine acadienne employés dans l’œuvre. Former des équipes, puis attribuer une part égale de mots à chaque groupe. Leur demander de déduire la provenance des mots en se basant sur le contexte du passage ou par association avec l’anglais, de les définir, d’identifier des équivalents en français et de se servir du modèle de Frayer pour consigner leurs réflexions. Au besoin, les encourager à effectuer une recherche dans un dictionnaire de la langue acadienne (p. ex., Le glossaire acadien de Pascal Poirier), disponible en ligne. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe-classe.
- Pendant la lecture, inviter les élèves à identifier et à analyser les récurrences stylistiques de l’auteure, notamment en ce qui concerne les choix grammaticaux (p. ex., régularités dans la conjugaison verbale), la phraséologie (complexité des structures), la ponctuation, les majuscules et le lexique (emploi de la langue acadienne). Animer une discussion portant sur ces éléments stylistiques pour en explorer l’impact sur le lecteur. Ensuite, inviter les élèves à choisir des extraits et à les transposer en français courant, en rétablissant la ponctuation, la grammaire et la syntaxe.
- Encourager les élèves, réunis en dyades, à choisir un passage de l’œuvre et à le transformer en bande dessinée. Animer une mise en commun afin de leur permettre de partager leurs créations au groupe-classe.
- Inviter les élèves à réfléchir aux leçons qu’Amédé et Lejeune ont tirées des « Vieux ». Leur demander de trouver des apprentissages qu’ils ont eux-mêmes reçus de leurs aînés, puis leur demander d’écrire une strophe de remerciements qu’ils aimeraient leur offrir.
Conseils d'utilisation
- Accorder une attention particulière aux sujets délicats (p. ex., adultère, noyade, violence conjugale) dont on traite dans l’œuvre.
- Établir le lien entre les lieux où se situent l’action et le Grand Dérangement dont ont été victimes les Acadiens à partir de 1755.
- Encourager les élèves à lire d’autres œuvres qui mettent en lumière l’Acadie et sa culture, telles que La première pluie, Aliénor et La Charlotte des battures, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.
Ressource(s) additionnelle(s)
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série: On démystifie le français… — d’un Acadien.
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Film: Zachary Richard, toujours batailleur.