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John et le Règlement 17

En 1912, le gouvernement de l’Ontario adopte le Règlement 17, qui proscrit l’enseignement en français dans les écoles de la province. Cent ans plus tard, grâce à un mystérieux coffret que lui lègue son grand-père, un adolescent exhume bien malgré lui cet épisode déterminant dans l’histoire récente des Franco-Ontariens.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

À propos du livre

Contenu

  • Trois personnages principaux, soit Pépère Ménard, décédé, dont l’esprit revient hanter son petit-fils John pour lui faire revivre les événements marquants de son passé; John, un jeune homme de 18 ans confronté aux inquiétudes quotidiennes de son époque, telles que les tensions amoureuses, les conflits familiaux et le cancer de sa mère, et visité par les fantômes de son grand-père et de Florence; ainsi que Florence Quesnel, une ancienne enseignante engagée dans la lutte pour la conservation du français à Green Valley durant l’imposition du Règlement 17 en Ontario.

« Devant la centaine de personnes réunies, le curé rend hommage à Pépère qui, comme les autres membres de sa famille, a beaucoup fait pour les francophones et les catholiques de Green Valley. Avant lui, son grand-père Ménard et son ami Médéric Poirier ont mené un combat épique pour obtenir une école de langue française et catholique dans le village. Je suis fier de Pépère et de son ancêtre. » (p. 31)

« – John, je vais mourir.
Un long silence. J’essaie de comprendre l’information avant que l’émotion ne prenne le dessus. […] Je ne sais plus quoi dire. J’ai les émotions tout à l’envers. L’estomac me fait mal. Une nausée me monte à la gorge. […] J’essaie de me refaire une contenance. Je respire tellement que j’hyperventile. Je dois sortir. Ma mère a besoin de moi. Ma sœur n’est pas en mesure de comprendre. Je ne veux pas perdre ma mère. Au décès de mon père, ce fut terrible pour moi. Puis, celui de Pépère! Je ne veux pas… ″Ressaisis-toi!″ me dis-je. Ta mère s’en sortira. » (p. 175-176)

« Une école, c’est pas juste quatre murs et des meubles! Ça prend quelqu’un pour s’occuper d’instruire toute cette marmaille. La maîtresse, c’est l’âme de l’école. Alors, nous on est bénis du Bon Dieu. On a la meilleure maîtresse de toute la région : Mademoiselle Florence Quesnel.
[…]
Cette nuit là, je comprends que je peux me transporter dans le temps à ma guise, sans l’aide de personne. Sans raison apparente, je me réveille. […]
– Là, Pépère, je sais que tu es là! Et toi aussi, Florence.
– C’est vrai, John. Je suis là. Je tenais à partager avec toi ce moment important de ma vie, répond Florence.
– Et moi, je suis fier du voyage que tu as accompli, mon grand.
Heureux de sentir leur présence et fier de moi-même, je me rendors tout de suite, comme un bébé. » (p. 194-195)

  • Nombreux personnages secondaires qui gravitent autour de John, dont Lois McDonald, sa petite amie au tempérament irascible, Mariette, sa mère, atteinte d’un cancer du sein, Jessica Poirier, sa confidente et amie fidèle, ainsi que Jean-Baptiste Ménard et Médéric Poirier, deux figures historiques et pionnières ayant mené la lutte contre le Règlement 17 dans la petite communauté francophone de Green Valley.

« Je prends mon téléphone intelligent sur ma table de chevet, l’allume et constate que c’est ma copine Lois. Depuis que j’ai raté son fameux party, elle a adopté une attitude agressive envers moi. Elle me tient des propos vindicatifs, ce qui commence à m’indisposer. » (p. 35)

« Il y a deux semaines, Mariette, ma mère, a reçu un diagnostic de cancer du sein. La bataille ne fait que commencer et je ressens beaucoup d’empathie pour elle. Je l’aime et je ne veux pas la perdre, surtout que Papa est parti si jeune, et maintenant Pépère. Au seuil de la ménopause, elle acceptait déjà assez mal de vieillir. Ma mère vit durement la situation. Je la trouve particulièrement acerbe depuis la fatidique nouvelle. » (p. 43)

« Jessica et moi, on se rencontre régulièrement depuis une semaine, surtout pendant notre période libre. […]  On s’amuse entre amis, pas plus. On discute, on rit, on a du plaisir. Vraiment, cela me fait du bien. […] Je ne m’en fais pas puisque derrière l’apparence de Jessica, je découvre une personne généreuse, agréable et attachante. Je peux discuter de choses que je ne réussis pas à aborder avec Lois. » (p. 64)

« En avant, droits comme des chênes, j’ai reconnu les commissaires Poirier et Ménard, qui accueillaient les gens et s’apprêtaient à faire un discours. Le tumulte cesse et Médéric Poirier prit la parole. […]
De chauds applaudissements retentirent.
– Bravo Baptiste et Médéric! C’est grâce à vous si on a enfin notre propre école. On est ben fiers de vous autres. On est enfin chez nous! » (p. 192-193)

  • Roman jeunesse à la fois sociohistorique et fantastique, dont l’intrigue présentée en alternance par John, qui livre ses états d’âme au sujet des événements étranges qui bouleversent sa vie, et Florence Quesnel, qui raconte certains épisodes de la lutte des francophones en Ontario, au début du XXsiècle; nombreux retours en arrière intégrant des faits historiques survenus à Green Valley lors de la mise en œuvre du Règlement 17 en Ontario; thèmes (p. ex., combats linguistiques, minorités, conflits d’adolescents, problèmes familiaux, expériences paranormales) aptes à intéresser le lectorat visé.
  • Mise en page simple; œuvre répartie en 33 chapitres numérotés et titrés; éléments graphiques (p. ex., guillemets, italiques, majuscules, acronymes, points de suspension, notes de bas de page, répétition de lettres et de syllabes pour mettre en évidence le bégaiement d’un personnage, symboles qui indiquent un changement de scène ou un laps de temps) facilitant la compréhension de l’œuvre et permettant au lectorat de ressentir les émotions vécues par les personnages; liste des livres des mêmes auteurs, dédicace, citation de Maupassant et prologue en début de livre; glossaire de textos, généalogie des familles de Green Valley, grandes lignes du Règlement 17, remerciements, renseignements sur le Règlement 17 et la crise scolaire en Ontario, description des auteurs et liste d’autres livres de la collection en fin de roman; synopsis à la quatrième de couverture.

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., entérine, lapsus, mandragores, mastectomie) compréhensibles grâce au contexte; mots anglais et anglicismes (p. ex., dude, piercings, shift, ma ride, runné off) et expressions du registre familier, voire populaire (p. ex., torieux, chiquer, tarla, baragouina, coudon) propres au milieu où évoluent les personnages; utilisation, dans les dialogues, de mots déformés ou inventés (p. ex., ciarge, enwèye, batèche, l’yable, Canayens), injectant un brin d’humour dans le texte.
  • Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; variété de types et de formes de phrases, souvent courtes dans les dialogues, illustrant la vivacité d’esprit des personnages; emploi du passé simple dans les séquences narratives et dialoguées.

« Je me promène dans un autre monde. Je vis ce que ces gens vivent. Cela dépasse tout entendement, c’est incroyable, voire impossible. Pourtant, j’ai la certitude de voyager dans le temps. Je suis donc transporté dans le passé! Je recule de cent ans sans que ces personnes me voient, sauf le spectre de Pépère que m’accompagne toujours. » (p. 76)

« Tous éclatèrent de rire et y allèrent de leurs commentaires :
– Jusqu’au chien qui est jaloux!
– Ben non, y’é content!
– Tu penses?
– J’pense pas, chus sûr!
– Ah ben! Si tu l’dis! » (p. 96)

« L’inspecteur arriva. Les enfants se présentèrent un à un, dans toute leur splendeur. Après avoir questionné les élèves pendant une heure, il les envoya à la récréation. Nous restâmes seuls dans l’école pendant que les cris des enfants nous parvenaient par la porte grande ouverte. » (p. 130)

  • Figures de style variées (p. ex., expression imagée, personnification, comparaison, métaphore, énumération) qui enrichissent le texte.

« Mes vingt-huit élèves francophones se tournèrent vers lui qui souriait, défiant chacun d’eux. Il venait de jeter de l’huile sur le feu. Je me devais de calmer le tout. » (p. 73)

« La brunante marchait de son pas lent, tirant le rideau de la nuit qui s’annonçait. » (p. 83)

« Si Baptiste n’avait pas gardé son sang-froid, il lui aurait arrangé le portrait. Il a les mains larges comme des portes de grange, pis il a l’air fort comme un bœuf! » (p. 148)

« – C’est certain! Ça leur prend des preuves en cour. Les couleuvres, ils se servent de leurs enfants comme espions, constata Baptiste. » (p. 170)

« Les délégués se rendirent chez Baptiste Ménard, où un copieux repas canadien-français les attendait : pain frais, rôtis de lard, patates pilées, légumes frais du jardin et pour dessert, les célèbres tartes et gâteaux d’Antonia, la maîtresse de la maison » (p. 214)

  • Séquences narratives et descriptives, entrecoupées de séquences dialoguées, qui permettent de s’immiscer dans l’esprit des personnages et de mieux saisir les relations qui existent entre eux; ajout d’une variété de procédés littéraires (p. ex., lettres, extraits de chants populaires, titres d’articles de journaux, échanges de textos) qui enrichissent le récit et renforcent la crédibilité de l’histoire.

« Alicia a quatorze ans et en est à sa première année au secondaire. Comme plusieurs filles de son âge, elle veut paraître plus vieille. […] Elle est jolie avec ses longs cheveux blonds et ses yeux bleus. Elle ressemble beaucoup à ma mère. […] Dernièrement, la tension est palpable entre nous deux, parce que ma chère petite sœur, courtisée par le beau Matthieu Boudreau, répond favorablement à ses avances. […] J’essaie de faire entendre raison à ma petite sœur. Tâche des plus ardues!
– Non, Alicia, je ne commence pas avant une heure cet après-midi, et arrête de chiquer de la gomme comme les vaches de Pépère, c’est mauvais pour tes dents.
– Je mâcherai de la gomme quand ça me tentera! C’est quoi cette boîte-là?
– Rien. Des vieux papiers de Pépère! Je ne les ai pas encore regardés.
I want to see them.
– Premièrement, parle-moi pas en anglais…
[…]
So what! Tu parles toujours anglais avec tes amis à l’école.
– C’est pas vrai. Je parle souvent en français.
Je dois me justifier. Normalement, je n’en ferais pas un plat, mais que ma petite sœur ose parler anglais, chez moi, à portée de voix de ma mère… cela me dérange beaucoup. » (p. 38-39)

« Doucement, Pépère prend la boîte sur le lit et l’ouvre! Sur le coup, Jess retient un petit cri de frayeur et se colle à moi comme un aimant :
– John, la boîte bouge! Je la vois! Elle s’ouvre tout seule!
– C’est correct, Jess. C’est le fantôme de Pépère qui le fait! Il t’apprivoise lentement. Il est très généreux, n’aie pas peur.
Elle se blottit contre moi, toute craintive devant l’inconnu. C’est sa première expérience paranormale. » (p. 205)

« Allô John, où es-tu?

Chez moi. Pourquoi Jess?

Faut s’parler. On peut se voir?

Tout de suite? Y’a un problème?

Je ne sais pas. Peut-être.

                                                      Omg, tu me fais peur. Au Tim’s, dans 15 minutes.

OK, merci. Ttyl.

Référent(s) culturel(s)

  • Mention de localités ontariennes à forte présence francophone (p. ex., Green Valley, Alexandria, Ottawa, Cornwall).
  • Référence au roman Le Horla, de Guy de Maupassant.
  • Mention de regroupements et institutions influents (p. ex., Association canadienne-française d’éducation de l’Ontario, Action française, ministère de l’Instruction publique du gouvernement de l’Ontario, Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal).
  • Référence à des institutions emblématiques de la francophonie ontarienne (p. ex, université d’Ottawa, Cité Collégiale, École libre du Sacré-Cœur, journal Le Droit, hôpital Montfort).
  • Mention de nombreuses chansons folkloriques (p. ex. Vive la Canadienne, C’est dans l’temps du Jour de l’An, Il est né le divin Enfant).
  • Extrait des grandes lignes du Règlement 17.
  • Mention de personnages historiques, piliers de la lutte franco-ontarienne contre le Règlement 17 (p. ex., Jean-Baptiste Ménard, Médéric Poirier, Napoléon Belcourt, Florence Quesnel).
  • Référence à certains événements historiques (p. ex., la Première Guerre mondiale, la Conscription, la bataille d’Ypres).

Pistes d'exploitation

  • Proposer aux élèves, réunis en dyades, de créer une chronologie illustrée qui retrace les principaux événements historiques évoqués par Florence Quesnel dans le roman. Leur demander de repérer les dates marquantes, d’y associer les faits saillants et d’inclure des extraits significatifs du texte. Exposer le travail des élèves en classe et organiser une mise en commun permettant à chaque équipe de présenter son travail, de comparer les choix effectués et de discuter de l’importance de ces événements dans la construction de l’identité franco-ontarienne.
  • Suggérer aux élèves, réunis en équipes, d’effectuer une recherche sur les événements ayant mené à l’adoption du Règlement 17 en Ontario ainsi que sur les conséquences de ce règlement pour les communautés francophones. À partir des informations recueillies, leur demander de concevoir un questionnaire à l’aide d’une plateforme interactive (p. ex. Kahoot!, Quizizz, Blooket). Inviter chaque équipe à présenter son jeu au groupe-classe, permettant ainsi à ses pairs de tester leurs connaissances de façon ludique tout en consolidant leur compréhension de cet épisode marquant de l’histoire franco-ontarienne.
  • Suggérer aux élèves, réunis en dyades, de rédiger un 34ᵉ chapitre dans lequel ils inventent la suite des événements dans la vie de John, en tenant compte de son évolution à la fin du roman et en répondant aux questions : Qu’arrivera-t-il à sa mère atteinte d’un cancer? Comment évolueront ses relations avec Jess et Lois? Qu’adviendra-t-il de sa sœur Alicia? Est-elle réellement enceinte? Jumeler les équipes, puis leur demander de lire leur texte aux membres de leur groupe.
  • Proposer aux élèves, réunis en équipes, d’adapter un épisode du roman sous la forme d’une pièce de théâtre qui traite de la lutte des Franco-Ontariens pour obtenir leur école de langue française. Les inviter à présenter leur production devant un autre groupe-classe.
  • Inviter les élèves à prendre part à une table ronde sur la citation suivante : « Je dis donc à Pépère que la complexité de ma vie ne se compare pas à la leur. » (p. 167-168).
  • Proposer aux élèves un débat sur les propos de Jessica : « – […] Nous, on a nos écoles françaises et les élèves parlent toujours en anglais entre eux, et eux, se sont battus pour que nous puissions apprendre le français. C’est le monde à l’envers. » (p. 217)

Conseils d'utilisation

  • Accorder une attention particulière aux sujets délicats (p. ex., maladie, cancer, mort, fugue) dont on traite dans l’œuvre; prévoir un soutien si cela s’avère nécessaire.
  • Consulter la fiche pédagogique disponible sur le site du Regroupement des éditeurs franco-canadiens.
  • Encourager les élèves à lire d’autres œuvres des mêmes auteurs, telles que Étienne Brûlé, Le fils de Champlain, Étienne Brûlé, Le fils des Hurons et Étienne Brûlé, Le fils sacrifié, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Dossier thématique : Journée des Franco-Ontariennes et des Franco-Ontariens.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Série : TFO 24.7 – Capsules humour avec Improtéine, Pour ou contre l’assimilation des francos?
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 6e à 12e année, Série : Droit comme un F, Gain de cause; Nos droits, nos batailles.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : TFO 24.7 – Ouverture sur le monde francophone canadien, Être francophone, fierté ou honte?