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Défenses légitimes

Ce roman tente de donner la parole à des témoins de la fusillade de février 1963, à Reesor Siding, par l’entremise de la fiction. C’est notamment à l’aide d’un personnage, Pierre, que le narrateur nous raconte la vie et la position difficile des bûcherons cultivateurs non syndiqués lors de la grève de la papetière Spruce Falls Power and Paper Company. Cet acte de défense légitime des travailleurs autonomes face à un conflit de travail qui, en fin de compte, ne les concernait pas, s’inscrit sur un canevas fait de descriptions réalistes de la vie rude des derniers colons du Nord de l’Ontario, de leur espoir de fonder et de faire vivre une famille, de leurs inquiétudes face à un monde où la technologie révolutionnera, dans les années soixante, le travail des bûcherons des camps. C’est aussi la vie des petites communautés francophones du Nord de l’Ontario que Doric Germain rappelle et décrit dans ce roman quasi historique.

(Inspiré de la quatrième de couverture du livre.)

À propos du livre

Contenu

  • Personnage principal, Pierre Ménard, jeune bûcheron à l’avenir prometteur qui se trouve partagé entre son métier, qui lui permet de subvenir aux besoins de sa famille, et les ouvriers en grève, dont Hermas Latulipe, le père de Madeleine, qu’il fréquente, particulièrement lorsque la situation se détériore et que des coups de feu éclatent.

« Pierre avait donc fait comme tant d’autres Franco-Ontariens et s’en était allé travailler à 14 ans avec beaucoup de courage mais peu d’instruction. » (p. 22)

« Au mot grève, Pierre avait levé la tête. Les Latulipe, Madeleine, son samedi soir manqué, tout ce qu’il avait réussi à tenir à l’écart lui revenait maintenant… […]
– « Y’en aura pas de grève. Y vont régler ça avant Noël, en janvier au plus tard.
– Ça me surprendrait qu’y règlent. […]
– C’est les gars qui en demandent trop. Y’en a d’eux autres qui font le double de ce qu’on fait, nous autres. Pis c’est pas encore assez. Y veulent toutes avoir le char de l’année pis la télévision. » » (p. 36)

« Pierre entendit le déclic d’un fusil qu’on armait. […] Il entendit encore un coup de revolver et la voix de Bouillon qui criait :
« Tirez! Tirez donc! »
Cette fois, on lui obéit et Pierre entendit au moins une dizaine de détonations de gros calibres. » (p. 109)

  • Personnages secondaires, dont Jean-François Bernard, bûcheron et ami de Pierre, Yves Labrecque, le président du syndicat des bûcherons, qui participe aux sessions de négociation, Clifford Thompson, le gérant, qui tente d’arriver à une entente avec les grévistes, Roland Ladouceur, le président d’un Chantier, qui soutient la position des grévistes tout en incitant les bûcherons à poursuivre leur travail, Madeleine Latulipe, la petite amie de Pierre, dont la relation prendra fin en raison des tensions entre les deux groupes, ainsi que Paul-Eugène Bouillon, un bûcheron extrémiste.

« Heureusement pour lui, Jean-François, arrivé depuis peu du Lac-Saint-Jean pour s’établir sur une terre à Mattice, était d’un naturel posé, un peu lent même au goût de Pierre, mais constant, le genre de gars qui adopte un rythme de travail l’automne et le garde jusqu’au printemps sans jamais prononcer un mot plus haut que l’autre. » (p. 38-39)

« Yves Labrecque, président du local 2995 du Syndicat des bûcherons et employés de scieries, affilié à la Fraternité des menuisiers-charpentiers d’Amérique, dirigeait les réunions autrement : il aimait les consensus. » (p. 50)

« Thompson n’était-il pas en train de dire pour la trentième fois :
« C’est une question de principe. La compagnie a pas avantage à faire travailler personne le dimanche. Avec le temps et demi, ça coûte plus cher. Mais y’a des fois où c’est nécessaire quand les chemins risquent de fondre au printemps pis qu’y’a encore ben du bois à sortir. » » (p. 52-53)

« Ladouceur essayait de les calmer.
« Faut pas exagérer quand même. On a déjà à peu près 2 000 cordes de rendues au moulin. On a même déjà reçu un chèque pour les 68 chars qu’on avait envoyés au 10 janvier. Un peu plus que 35 000 piasses. Ça paierait quand même les dépenses. » (p. 61)

« Il commençait à voir en Madeleine un beau rêve, mais un rêve terminé, qui ne pouvait plus avoir de suite. Instinctivement, il savait que leur relation avait irrémédiablement changé.
« Même si ça se règle, ça sera pus jamais comme avant. Y va nous en rester trop su’l’cœur. » » (p. 78)

« Paul Eugène Bouillon parlait d’une voix forte, d’un ton exalté, comme s’il prêchait.
« Faut pas reculer. Faut pas se laisser faire. On est dans notre droit. C’est pas notre faute si on est rendus là. On a pas cherché la chicane. Défendons-nous. Tirons s’il le faut! » » (p. 106)

  • Roman rédigé à partir de faits réels; intrigue captivante qui se déroule dans un contexte de tensions et de confrontations entre les travaillants syndiqués et les travaillants indépendants lors de la grève à la papetière Spruce Falls Power and Paper Co.; thèmes (p. ex., conflit, grève, syndicalisme, justice) aptes à susciter des discussions sur la complexité des relations humaines dans un contexte de conflit social.
  • Mise en page aérée et dynamique; texte réparti en 15 chapitres numérotés et un épilogue; éléments graphiques (p. ex., majuscules, italiques, parenthèses, guillemets, points de suspension, symboles indiquant un laps de temps ou un changement de scène, abréviations) qui facilitent l’interprétation du texte; lettrines marquant le début de chaque chapitre; liste des publications de l’auteur et avant-propos au début; table des matières à la fin; notes biographiques sur l’auteur à la quatrième de couverture du livre.

Langue

  • Registre de langue courant dans la narration et familier, voire populaire, dans les dialogues; mots moins connus (p. ex., flegmatique, conciliabule, rétorquant) compréhensibles à l’aide du contexte; mots et expressions du registre populaire (p. ex., Qu’ossé qu’on fait, Moué, C’te, C’est pour ça qu’y me font toutes la baboune) et mots anglais (p. ex., settlers, strips, rough, highschool) qui ajoutent de la vraisemblance et de la couleur locale.
  • Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; variété de types et de formes de phrases (p. ex., déclarative, exclamative, interrogative) qui contribuent à l’atmosphère et à l’intensité du récit; phrases généralement longues dans la narration.

« Dans la petite salle de réunion des bureaux administratifs de la Spruce Falls situés juste en face du moulin, séparés de lui seulement par la route 11, trois négociateurs syndicaux faisaient face à trois négociateurs patronaux. Il était 23 heures 15. Ils étaient en réunion depuis plus de quinze heures d’affilée, ils étaient tous fatigués et une barbe naissante commençait à leur ombrager les joues. » (p. 52)

« Il leva les yeux et résuma en français :
« En gros, y veulent qu’on arrête le charroyage. Pour le bûchage, y’a pas de problème, c’est ben indiqué. Ça ressemble plus à un ordre qu’à une demande. »
Les protestations fusaient.
« Y’auraient pu le demander poliment au moins!
– Ça pas d’allure. Bûcher du bois pis le laisser dans le bois, ça donne rien, ça!
– C’est le seul temps de l’année où ce qu’on peut le rendre à’track. C’est aussi ben de toute arrêter ça là si on peut pas charrier.
– Y disent-tu ce qu’y vont faire si on arrête pas? » » (p. 60)

  • Nombreux procédés stylistiques (p. ex., personnification, énumération, comparaison, expression imagée, répétition, métaphore, gradation) qui permettent d’apprécier le style imagé de l’auteur.

« Après une minute, la camionnette consentit enfin à démarrer en toussotant. » (p. 18)

« Il était bien vêtu : sous-vêtements de laine, culottes d’étoffe, bottes de caoutchouc rembourrées de feutre par-dessus des bas de laine, chemise à carreaux, chandail, parka, épaisses mitaines de cuir par-dessus des mitaines de laine plus légères – la mitaine de la main droite avait un doigt séparé pour l’index afin d’actionner librement l’accélérateur de la scie mécanique – et un chapeau de fourrure bon marché avec des oreillettes qu’il remplacerait par un casque de métal léger avant de commencer à bûcher. » (p. 23)

« Trois autres chemins semblables partaient du camp comme des rayons de roue autour d’un moyeu. » (p. 24)

« « Aux repas, il devait en plus subir les taquineries des hommes, surtout celles des jaloux qui se faisaient un malin plaisir de mettre de l’huile sur le feu. » (p. 33)

« Voyons don’! Voyons don’! Ça va s’arranger. Viens don’ prendre une tasse de thé, là, on va parler de toute ça. » » (p. 77)

« Quand, plus tard, on cherchera des coupables aux tragiques événements qui vont suivre, ne faudrait-il pas désigner en tout premier lieu tous ceux qui n’ont fait qu’alimenter la machine à rumeurs et semer la méfiance, puis la peur et enfin la panique qui, elle, a directement causé le drame? » (p. 81)

  • Séquences narratives et descriptives qui précisent les lieux et révèlent les points de vue ainsi que les états d’âme des personnages; séquences dialoguées qui permettent de comprendre les liens entre eux.

« Ladouceur ajusta ses lunettes sur son nez et reprit la lettre. D’un geste machinal, il déboutonna le col de sa chemise à carreaux et abaissa ses bretelles. Il avait chaud et ce n’était pas uniquement à cause de ses culottes d’étoffe et de ses combinaisons de laine. Il cita avec un accent français gros comme le bras :
« … No more pulpwood must get to the mill. Otherwise, we will have to take appropriate measures. »
Pierre, peut-être parce qu’il comprenait mieux l’anglais que la plupart, ne put résister :
« Tabarnak! Pour moi, c’est assez clair. Si on arrête pas de notre bon gré, y vont nous arrêter de force. »
Jean-François, qui n’avait rien compris à la lecture du texte anglais, demanda qu’on le traduise. On continuait à regimber, les plus jeunes surtout.
« Je voudrais ben les voir essayer de m’arrêter. » » (p. 60-61)

Référent(s) culturel(s)

  • L’histoire se passe à Hearst et à Kapuskasing, villages où l’on retrouve des regroupements de francophones.
  • Mention de communautés francophones en Ontario (p. ex., Moonbeam, Val Rita, Harty, Opasatika, Mattice, Lac-Saint-Jean, Iroquois Falls, Smooth Rock Falls, Dubreuilville, Fauquier, Hearst, Longlac, Haileybury).
  • Référence à la revue : Le Bulletin des agriculteurs, fondé au Québec en 1918.
  • Référence aux journaux Le Droit, publié à Gatineau au Québec et La Presse, publiée à Montréal.
  • Mention de l’Abitibi.

Pistes d'exploitation

  • Demander aux élèves, regroupés en équipes, de mener une recherche sur le métier de bûcheron, puis de rédiger une fiche descriptive en tenant compte de critères particuliers (p. ex., description, formation, salaire). Exposer le travail des élèves au centre de ressources de l’école.
  • Inviter les élèves à participer à un débat sur les avantages et les inconvénients de travailler dans un emploi syndicalisé.
  • Proposer aux élèves, regroupés en dyades, de mener une recherche sur l’histoire des syndicats ouvriers au Canada, puis de rédiger un exposé oral retraçant les principales étapes de ce mouvement. Les inviter à présenter leur travail devant le groupe-classe.
  • Suggérer aux élèves de mener une recherche sur l’industrie des pâtes et papiers, puis de préparer un dépliant informatif en tenant compte de critères (p. ex., histoire, facteurs de localisation, innovations technologiques). Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe-classe.

Conseils d'utilisation

  • Accorder une attention particulière aux sujets délicats dont on traite dans l’œuvre, notamment la violence et la mort.
  • Encourager les élèves à lire d’autres récits historiques tels que Les soleils incendiés et Petites chroniques de notre histoire, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : TFO 24. – LE STRESS, LA SCIENCE, LES ARTS ET PLUS ENCORE, Le plus vieil homme de Sultan en Ontario.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 3e à 12e année, Série : Villages et visages, Kapuskasing.