Contenu
- Personnage principal, Angèle Plamondon, alias Rebecca Lopez, une artiste-peintre tourmentée, dont les toiles cherchent à exorciser les ombres d’un passé douloureux et criminel qu’elle croyait enfoui à jamais, jusqu’au jour où celui-ci ressurgit brusquement.
« Depuis qu’elle est jeune fille, Angèle a toujours fui les questions des gens qui cherchent à saisir une partie de ce qu’elle est ou qui tentent de trouver un ²autre² sens à ce qu’elle fait.
[…]
Seule parmi les odeurs de peinture, elle a réussi au fil des ans à ouvrir un monde de couleurs et de formes qui se marient à ses états d’âme. Ceux du passé qu’elle a refoulés ou qu’elle tente d’évacuer. Ceux du moment qu’elle vit. » (p. 35)
« – Du calme, Rebecca. Dès qu’on a fini ici, on retourne à l’hôtel. Il ne faut surtout pas qu’il nous sente affolés. Après, tu pourras te reposer, tu pourras dormir à ton aise. Tu pourras recommencer à zéro. Un jour, tout ça sera loin derrière nous, tu verras.
On cogne à la porte.
Les deux hésitent.
On cogne une deuxième fois.
Antonio se tourne vers Rebecca, la prend par les épaules, l’embrasse sur la joue et se dirige vers la porte.
Le petit homme chauve et rondelet rencontré deux jours auparavant à l’aéroport de Mérida se trouve dans l’embrassure de la porte.[…]
– Alors, lance-t-elle en éteignant sa cigarette, tout est prêt?
– Tel que prévu, répond-il. J’ai parlé à mes contacts et ils m’assurent que tout se passera sans anicroche.
[…]
Rebecca ouvre un tiroir près du lit, retire les trois piles de billets qui s’y trouvent et les lui tend.
– Voilà! dit-elle. Tout est là. Vous pouvez les compter si vous voulez. Vous y trouverez 7 500$! L’autre moitié sera déposée dans votre compte en banque à Cancun lorsque tout sera terminé.
[…]
– J’ai l’impression que ma tête va éclater d’un moment à l’autre. Qu’est-ce qu’on vient de faire?
– Mais on a fait ce que tu voulais! Maintenant il ne reste plus qu’à attendre. » (p. 138-140)
- Plusieurs personnages entourant Angèle, dont Dominique, son époux, qui lui offre un soutien fidèle, Mathieu, son fils, qui tente de comprendre les zones d’ombre de sa mère, Antonio, le complice de sa vie au Mexique, désormais revenu à Sudbury, à qui elle se confie, Steinmetz, l’enquêteur qui ravive les traces de son passé criminel, Yvon Plamondon, son père, rongé par le remords, qui maintient un lien avec elle par lettres depuis son exil au Mexique, et la fillette, écho de son enfance brisée, qui surgit comme un rappel de ses blessures profondes et l’accompagne dans sa quête de guérison.
« Dominique ferme les yeux, l’imagine souriante, à une époque où l’amour était plus jeune, où elle tentait de lui décrire cette passion qui donnait un sens aux ²jours ordinaires², où elle tentait d’expliquer que chaque ligne devenait une nouvelle recherche ²d’exclusion².
[…]
– Angèle, tu es certaine que je ne peux pas faire quelque chose pour toi? insiste-t-il.
Cette fois, son pinceau s’immobilise.
Elle retourne la tête.
– Je prendrais un bon scotch si ce n’est pas trop demander.
Il voit qu’elle a pleuré, veut s’approcher d’elle, la consoler. Mais voilà qu’elle se retourne, se remet déjà au travail.
– D’accord, dit-il. Un bon scotch et j’apporte la bouteille. » (p. 34)
« Mathieu consulte encore sa montre. Depuis plus de vingt minutes, il hésite devant la porte qui mène à l’atelier de sa mère.
Dès son arrivée, Angèle s’est enfermée.
Ce soir, elle n’a pas voulu lui parler. » (p. 81)
« – Tu sais, Antonio, tantôt j’ai décidé de venir au café parce que j’avais besoin d’entendre ta voix, de te sentir près de moi. Pour des raisons qui m’échappent, c’est vers toi que je me tourne, plutôt que vers Dominique. Confuse, tu me diras? Sans doute. Encore une fois. La pauvre petite Angèle qui ne sait pas se sortir du pétrin. Mais comment veux-tu que je me sente? Les questions de Steinmetz, tout ce tralala… » (p. 114)
« Steinmetz s’éloigne de la table, fouille dans ses poches, trouve un paquet de Matinée et lui offre une cigarette.
[…]
– Écoutez. Je sens que je vous ai fait languir assez longtemps, alors je vais vous expliquer.
– Enfin, lance-t-elle d’un ton exaspéré.
– Il y a environ deux mois, les autorités mexicaines émettaient un document et des coupures de presse décrivant le meurtre d’un Canadien au Mexique, il y a 17 ans. Lorsqu’on m’a remis le dossier, j’ai pris le temps de le lire attentivement et certains détails ont piqué ma curiosité. Alors j’ai commencé à enquêter, à vérifier certaines informations. Ça vous dit quelque chose? » (p. 162-165)
« Akumal, le 6 décembre 1998
Chère Angèle,
J’ai obtenu l’adresse d’Antonio d’un ami de Mérida avec qui il a travaillé dans un restaurant, il y a plusieurs années.
[…]
À ce jour, j’ai de la difficulté à vivre ce décalage qu’il y a entre nous. C’est comme si, le jour où je t’ai quittée, le temps s’était arrêté.
[…]
Intérieurement, je revis un passé que l’oubli ne réussit pas à anéantir. Lorsque je m’allonge dans mon hamac, l’arthrite me ronge (eh oui! que veux-tu!), le doute me tourmente. Pour le meilleur et pour le pire, je ressasse les mêmes souvenirs, les mêmes regrets. J’observe les geckos en train de se disputer l’ombre de l’après-midi et je perds la notion du temps qui s’étire entre nous. » (p. 177-178)
« Il est mort, dit la fillette. Il ne la touchera plus! Jamais!
Rebecca sent battre son cœur avec violence.
[…]
– Tu vois cet homme qui nous regarde? reprend la fillette. Ce soir, le sol boit le sang de son frère. Du frère qu’il a abattu pour venger sa fille. Maintenant elle peut se reposer. Maintenant elle peut dormir. » (p. 212)
- Roman émouvant qui explore la reconstruction d’Angèle, marquée par des traumatismes d’enfance et une profonde détresse psychologique; nombreux sauts dans le temps et dans l’espace qui rythment le récit, l’histoire se déroulant à Sudbury de nos jours et au Mexique dans les années 1980, le tout sur un fond d’enquête policière; thèmes (p. ex., quête de soi, mémoire, passé, épreuve traumatique) permettant au lectorat de réfléchir sur la complexité du traumatisme, la force de la résilience et le lent processus de reconstruction de soi.
- Mise en page aérée; texte réparti en 33 chapitres numérotés; éléments graphiques (p. ex., italiques, symboles indiquant un changement de scène ou un laps de temps, points de suspension, guillemets) facilitant l’interprétation du texte; liste des œuvres du même auteur, reconnaissance d’André Breton, mot de l’auteur et dédicace au début; courtes notes biographiques sur l’auteur à la quatrième de couverture du livre.
Langue
- Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex, mécène, foutaise, vaque) compréhensibles grâce au contexte; mots du registre familier (p. ex., t’as, môman, ben, p’pa, girls, man, chums) et mots espagnols (p. ex., riviera, gringo, pueblos, mariscos, preciosa, amigo) créant une atmosphère authentique.
- Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; divers types et formes de phrases (p. ex., déclarative, exclamative, interrogative, négative); phrases généralement courtes, reflétant l’intensité émotionnelle des personnages.
« La salle se met à tourner. Tout devient flou.
Derrière le miroir qui se trouve au fond de la salle, elle devine les visages de l’enquêteur et de ses collègues en train de l’espionner.
Elle se sent désemparée. Souillée. » (p. 67)
« – Tu y iras sans moi. Je ne remettrai pas les pieds à Mérida. Pas maintenant. Ce serait sans doute beaucoup trop difficile.
– Alors j’irai seul. Une semaine tout au plus. C’est promis!
– À moins qu’il y ait des complications?
– Quel genre de complications pourrait-il y avoir?
– On ne sait jamais ce qui peut arriver. » (p. 105)
- Nombreuses figures de style (p. ex., anaphore, énumération, personnification, gradation, comparaison, répétition, expression imagée, métaphore) qui ajoutent de la richesse au texte.
« Ici, la ville lui semblait bien loin. Ici, la nourriture avait meilleur goût. Ici, l’eau et la forêt semblaient s’étendre à l’infini. » (p. 18)
« Elle revoit son visage émacié, ses mains à la peau sèche, ses yeux enfoncés qui la clouent sur place. » (p. 71)
« Demain, dans quelques heures, il reprendra son interrogatoire du début, se fera sans doute plus menaçant, question de l’intimider. L’affaiblir. L’ébranler. » (p. 71-72)
« Rebecca se met à courir comme une bête traquée, s’approchant de la colline et de la fillette qui hurle maintenant à pleins poumons, semblant la supplier d’aller plus vite. » (p. 98)
« « Tout ira bien! Tout ira bien! » » (p. 134)
« De prendre le taureau par les cornes, de vous libérer du passé? » (p. 163)
« Les morceaux de la toile disloquée papillonnant sur les murs de l’atelier. » (p. 195)
- Séquences narratives entrecoupées de séquences dialoguées qui aident à comprendre l’état d’esprit des personnages, leurs émotions, leur imaginaire, leurs désirs, le lieu où ils se trouvent et l’ambiance qui y règne.
« Depuis quelques jours, Mathieu semble devenir de plus en plus distant. Malgré plusieurs tentatives, Angèle n’a pas réussi à le faire parler de ce qui, de toute évidence, le préoccupe.
Encore hier, il est rentré tard et s’est tout de suite enfermé dans sa chambre.
Ce matin, il vaque à ses affaires, évasif.
– Tu peux me dire pourquoi tu es si distrait? lui demande enfin sa mère. Tu viens de mettre du lait dans ton café, quelque chose que je ne t’ai jamais vu faire.
– Un peu de changement, réplique-t-il du tac au tac.
– Ça ne va pas, à l’école? C’est ça?
– Non, non. Ça va comme sur des roulettes! Si tu veux tout savoir, j’ai rencontré quelqu’un hier, à l’Ahora. Je pensais à quelque chose qu’elle a dit, c’est tout.
– Ah, une fille! Maintenant je commence à comprendre.
– Une femme… assez intéressante en plus. Mais c’est pas ce que tu penses.
– Alors qu’est-ce qui peut bien la rendre si intéressante?
– Je sais pas. On a parlé, c’est tout. De la vie, du paradis, de l’enfer… Tu connais ça, toi! » (p. 169-170)
« Quelques jours plus tard, en rentrant à la maison, elle a aperçu la lumière clignotante du répondeur.
– Angèle, c’est moi. Il faut qu’on se parle. Es muy importante. Rencontre-moi à minuit, à l’entrée de l’église…
Elle a tout de suite remis son manteau, consulté sa montre.
23 h 47. La neige tombe, fine. La rue Sainte-Anne est déserte. Soudain, un vrombissement la surprend. Elle avance, entrevoit les phares d’une auto s’éloigner dans une ruelle, relève son col, se dirige vers la cloche de l’ancienne église.
Au loin, sous un lampadaire, elle aperçoit une forme traversant la rue, les cheveux en bataille.
– Antonio! Pourquoi tout ce mystère? lance-t-elle en le reconnaissant.
– Excuse-moi. Je ne voulais pas t’inquiéter, mais il faut se parler et je ne voulais pas qu’on se rencontre chez toi. Encore moins au café.
– Qu’est-ce qui se passe?
– Steinmetz est passé me voir. Encore une fois. Depuis quelques jours, il pose des tas de questions, les unes plus délicates que les autres. Tu sais ce que je veux dire? Trop de questions à mon goût. Ça m’énerve.
– Moi aussi je me sens visée, mais…
– Je pense qu’il nous soupçonne… » (p. 187-188)
Référent(s) culturel(s)
- Mention de la ville de Montréal.
- Référence à Eugène Fromentin, un écrivain, peintre et critique d’art français.
- Référence à des chanteurs français (p. ex., Édith Piaf, Charles Aznavour.)
Pistes d'exploitation
- Dans l’œuvre, Angèle utilise la peinture pour exprimer ses émotions. Demander aux élèves de choisir un souvenir marquant de leur enfance, puis de le représenter par une œuvre visuelle (p. ex., dessin, collage, peinture) accompagnée d’un court texte descriptif. Organiser une exposition au centre de ressources de l’école pour mettre en valeur les créations des élèves.
- Proposer aux élèves, regroupés en dyades, de rédiger un texte d’opinion en réponse à la question suivante : Le passé influence-t-il toujours notre présent? Les inviter ensuite à présenter leur texte oralement devant un petit groupe de leurs pairs, afin de favoriser l’échange d’idées et la discussion.
- Animer une discussion sur la révélation d’Angèle, selon laquelle Mathieu est le fils d’Antonio. Proposer aux élèves de rédiger une lettre qu’Angèle aurait pu adresser à Dominique, son époux, dans laquelle elle explique les raisons pour lesquelles elle a gardé ce secret pendant 17 ans, en exprimant les émotions et les dilemmes qu’elle a vécus. Permettre ensuite aux élèves de lire leur lettre au groupe-classe, puis animer une discussion autour des questions suivantes : Angèle a-t-elle eu raison de garder le secret sur la paternité de Mathieu? Comment Dominique pourrait-il réagir en recevant cette lettre? Le silence d’Angèle est-il une forme de trahison ou une protection? Comment le secret a-t-il affecté la relation entre Angèle et Mathieu?
Conseils d'utilisation
- Accorder une attention particulière aux sujets délicats dont il est question dans l’œuvre (p. ex., abus sexuel, secret, meurtre).
- Inciter les élèves à lire d’autres œuvres du même auteur, telles que L’anarchie des innocences et Famien (sa voix dans le brouillard), dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire
Ressource(s) additionnelle(s)
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 11e et 12e année, Série : Balade, James Gaston.