Contenu
- Personnages principaux variés selon la pièce, tels que Roger, un jeune homme qui déambule dans la vie sans but précis (Moé j’viens du Nord, ‘stie), Speed-freak/André, qui vit avec une maladie mentale et dont les jours sont comptés (Et le septième jour…), Fernand, l’aîné d’une fratrie, qui tente de respecter les dernières volontés de son père (À mes fils bien-aimés), ainsi que Médéric, un homme ayant dévoué sa vie au travail dans le bois et qui se retrouve vieilli par le temps (La Vie et les Temps de Médéric Boileau).
« En tout cas, j’m’appelle Roger. Mes chums, y m’appellent Rog. J’ai 18 ans et pis j’suis né icitte à Sudbury, en plein Nord-Ontario… Ha, ha! It’s great to be a Northerner. (Il rit jaune.) J’sais pas parler l’français ben comme y faut. Au moins pas comme en France. J’suis allé à l’école Nolin quand j’ai eu 5 ans. J’ai commencé à 5 ans, c’est parce que j’étais pour avoir 6 ans avant le 1er janvier. Vous savez comment ça s’passe. J’ai commencé mon école secondaire au Collège du Sacré-Cœur, que j’ai laissé après avoir failli ma 10e année. J’suis allé au Collège Notre-Dame, les bonnes sœurs m’ont fourré dehors… J’suis allé au Sudbury High School pour un boute de temps pis comme c’est là, j’suis à Mac-Jack en 13e année.
Qu’est-ce que j’fais? Ben, j’vis, pareil comme vous autres, peut-être un p’tit peu plus, peut-être un p’tit peu moins! » (p. 32)
« SPEED-FREAK/ANDRÉ
Je suis le speed-freak par excellence, un modèle vivant de ce qu’il y a partout en Amérique.
J’ai aussi d’excellents amis qui me sont très chers.
Je ne vivrai qu’une autre semaine afin de vous rendre compte de ce qui se passe dans notre monde.
Les tendres amitiés qui ne demandent qu’une présence, qu’une pensée, qu’un regard souriant…
Je vous remets alors la clef du dortoir de mes rêves, de mes ambitions, du monde entier qui s’est ouvert pour moi…
Je puis voir ces jours sans anxiété car jamais racontar ne sera plus honnête. » (p. 82-83)
« FERNAND
(L’interrompant.) Attends une minute (D’un ton très sérieux.) Joffre, j’te connais, mon étoile. T’es pas venu la moitié’ chemin autour d’la terre pour nous demander si on a des idées. T’es même pas venu voir le père. Ça fait qu’tu dois être en train de patenter quequ’chose. Nous autres, on peut pas faire de plans sans s’arranger avec toé…
TOM
(L’interrompant.) Joffre, j’m’en vas toute simplifier. Fernand et moé, on est intéressés à travailler icitte. Fernand veut donner ses cours de karaté, pis moé, j’veux faire mes films. O.K. là? Mais dans le testament de p’pa, ça dit que t’es le meneur du jeu. Tout c’qu’on veut savoir, c’est si nos plans marchent avec toé. » (p. 135)
« MÉDÉRIC
La vie là, c’est pas un bouquet de roses! Non monsieur! Croyez-moé, j’suis un expert dans les matières de la vie. J’dis ça d’expérience, vous savez. J’m’appelle Médéric Boileau. Médé qu’y m’appellent ceux qui m’connaissent. J’ai soixante-neuf ans. J’en ai peut-être pas l’air mais c’est ben que trop vrai! J’vous dis tout ça pour pas que vous vous fassiez d’idées que la vie, c’est facile. Ce qu’y a de mal, c’est qu’on vieillit pis à tou’es jours à part de ça. » (p. 205-206)
- Nombreux personnages secondaires selon la pièce, tels que ceux qui interagissent avec Roger dans Moé j’viens du Nord, ‘stie, soit Marc et Raymond, ses amis de longue date, son père, qui tente de redresser son fils fainéant, et Nicole sa copine, serveuse au restaurant et chagrinée par la grande nouvelle qu’elle va lui annoncer.
« Marc… Ah, par exemple, lui, y est l’fun. Y s’arrange tout l’temps pour trouver quequ’chose d’original à faire… Pis, à part de ça, y est fou comme un balai. Y a rien qu’y fait pas. […] Y est maniaque! Y est l’fun.
Ensuite y a Raymond. C’est lui le gros sérieux. Tout l’temps après essayer de me réformer. […] Au moins y a lui pour nous retenir de faire des affaires qu’on… » (p. 34)
« PÈRE
Roger, j’t’ai dit que j’étais ton père, pis tu vas écouter, là. Es-tu trop dumb pour comprendre ce que j’essaie de te dire? T’as failli ta 10e année pis t’as quasiment failli ta 12e. Pis à c’t’heure tu vas faillir ta 13e ? » (p. 48)
« NICOLE
Je m’excuse, Rog. J’suis toute bouleversée. J’sais pus c’qui m’arrive. Si tu te fâches après moé, j’sais pas ce que j’vas faire.
Nicole est au bord des larmes.
ROGER
Moé-tout, j’suis pas dans mon assiette à soir. Je m’excuse si j’t’ai fait de la peine, O.K.? J’suis un peu rough avec toé, hein?
Ils s’entrelacent. Temps. Roger reprend sur un ton paternel.
Qu’est-ce que c’est, ton gros secret?
Temps.
NICOLE
On va avoir un enfant, Rog. » (p. 68)
- Recueil de quatre pièces de théâtre qui plonge le lectorat dans l’univers de divers personnages du nord de l’Ontario dans les années soixante-dix, confrontés aux hauts et aux bas, aux espoirs et aux tracas du quotidien; thèmes variés (p. ex., conflit intergénérationnel, espoir, avenir, famille, santé mentale, mort) pouvant mener à des conversations intéressantes.
- Insertion d’une douzaine de photos en noir et blanc capturant des scènes de la pièce, offrant un aperçu visuel saisissant de l’interprétation sur scène.
- Mise en page simple; œuvre structurée en quatre pièces titrées, chacune divisée selon une organisation propre : en six scènes (Moé j’viens du Nord, ‘stie), en prologue et jours (Et le septième jour), ou en actes (À mes fils bien-aimés et La Vie et les Temps de Médéric Boileau); chaque pièce précédée d’un titre, suivi d’une citation, d’une précision ou de remerciements, ainsi que de la distribution; éléments graphiques (p. ex., majuscules, italiques pour indiquer les didascalies, les mots en anglais, le titre d’une émission télévisée et des mots en latin, points de suspension reflétant des idées incomplètes, des paroles interrompues) facilitant l’interprétation du texte; ajout d’une recette, de chansons et de partitions musicales ajoutant de la profondeur et de la dynamique à la pièce de théâtre; œuvres du même auteur, remerciements, deux essais et note de l’éditeur au début; essais, partitions musicales et table des matières à la fin; citation et courtes notes biographiques à la quatrième de couverture du livre.
Langue
- Registres de langue familier et populaire dans l’ensemble de l’œuvre, reflétant le langage des personnages, ainsi que les lieux et l’époque où se déroule l’intrigue; mots moins connus (p. ex., répudiés, fastidieuse, oscillation, sillage) généralement compréhensibles à l’aide du contexte.
- Prédominance de phrases transformées et de phrases à construction particulière; nombreuses phrases exclamatives et interrogatives traduisant les émotions des personnages; abondance de phrases courtes contribuant à la vraisemblance des personnages et de leurs réflexions.
« PÈRE
T’as d’l’air d’un maudit bum! En tout cas, t’a compris c’que j’t’ai dit. Si tu t’grouilles pas ben vite pis travailler, tu restes pas dans c’te maison-icitte. Ou ben t’iras t’engager à l’INCO, pis tu m’payeras d’la pension. Moé, j’te garderai pas icitte, pis te nourrir pour rien! J’ai assez d’misère à arriver sans ça.
[…]
Attends qu’y revienne, lui. Y a pas fini de m’entendre parler. […] Ça fait pas de bon sens! Y ont du front tout le tour d’la tête, ces jeunes-là. Y a pas moyen d’leur parler! » (p. 51-52)
« TOM
Fais à ta tête. […] À part de ça, Fernand et moé on paie pour les réparages d’la bâtisse. Qu’est-ce que tu veux de plus? Ça marche? Qu’est-ce t’en dis? » (p. 151)
- Figures de style variées (p. ex., énumération, comparaison, anaphore, allitération, personnification) qui caractérisent le style de l’auteur.
« ROGER
Ensuite, y arrive à l’université, pis parce que y a les cheveux longs, ben c’t’un poète, un intellectuel, un excentrique! » (p. 32)
« TRISTESSE
Plus seul que l’oiseau blanc en enfer
Ou bien l’oiseau noir au ciel
Seul comme une autruche dans un couvent
Comme un corbeau sur un poteau! » (p. 85)
« J’ai peur des couteaux.
J’ai peur de perdre.
J’ai peur que tu gagnes. » (p. 111)
« JOFFRE
[…] Frère pas frère, j’vas l’faire. » (p. 185)
« MÈRE BOILEAU
Les soirées d’hiver
C’était donc tranquille
Tout ce qu’y avait à faire
C’était de s’asseoir
Pour écouter la grosse truie
Qui ronflait
Qui nous réchauffait. » (p. 204)
- Nombreuses expressions propres aux Franco-Ontariens qui ajoutent une dimension réaliste et authentique à l’œuvre.
« RAYMOND
Rog, fourre pas le chien, O.K.? » (p. 71)
« TOM
Arrête-toé donc! » (p. 117)
« FERNAND
Entends-moé, pis entends-moé comme y faut. J’suis pas pour me fendre en quatre et pis travailler comme un chien juste pour te voir empocher mon argent. […] tu vas travailler pour gagner ton pain. » (p. 152)
« FERNAND
Tu veux dire que toute c’temps-là, on s’est fait du sang d’cochon pis on s’est crié par la tête… » (p. 154)
- Nombreuses didascalies permettant de comprendre la motivation et l’état d’âme des personnages, ainsi que de visualiser une mise en scène potentielle.
« Speed-freak/André et Michelle.
Au début de la scène, il y aura une grande tension entre Speed-freak/André et Michelle. Peu à peu, cette tension se dissipera dans une fantaisie qui fait de cette scène une sorte de voyage. La scène est très sérieuse au début, et deviendra comique grâce à son aspect fantaisiste. » (p. 93)
« Joffre tire, le fusil est chargé à blanc. Fernand s’avance et le lui arrache. Tom est figé de peur. » (p. 185)
Référent(s) culturel(s)
- Référence à des chansons classiques de la culture francophone (p. ex., J’ai du bon tabac, Sur le pont d’Avignon).
- Référence à Baudelaire, Verlaine, Rimbaud et Nelligan, des poètes célèbres, chacun ayant marqué la littérature française de manière significative.
- Référence à des villes ontariennes à forte concentration francophone (p. ex., Sudbury, Hawkesbury, Hearst).
- Référence à l’hymne national du Canada.
- Référence à des personnages historiques (p. ex., Pierre Radisson, Champlain, Dollard des Ormeaux, Madeleine de Verchères, Jacques Cartier) ayant tous joué un rôle-clé dans l’histoire de la colonisation de la Nouvelle-France.
- Référence à D’Artagnan et aux Trois Mousquetaires, des figures emblématiques de la littérature française.
Pistes d'exploitation
- Demander aux élèves, réunis en dyades, d’effectuer une recherche sur une personnalité franco-ontarienne du milieu de la chanson (p. ex., Mélissa Ouimet, Damien Robitaille, LGS) et d’identifier les similitudes entre les thèmes principaux de l’œuvre et ceux abordés dans les chansons de ces artistes. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe-classe.
- Diviser la classe en quatre groupes et demander aux élèves de créer, à l’instar d’André Paiement et de la Troupe universitaire de l’Université Laurentienne, une pièce de théâtre collective portant sur la construction actuelle de l’identité des Franco-Ontariennes et des Franco-Ontariens, en prenant en considération la diversité représentée en Ontario. Les inviter à jouer la pièce devant l’ensemble des élèves de l’école.
- Proposer aux élèves, regroupés en dyades, de choisir un extrait de la pièce et de le récrire en utilisant un registre courant. Inviter ensuite les élèves à partager leurs rédactions avec un autre duo afin de recevoir des retours constructifs de leurs camarades.
- Suggérer aux élèves, regroupés en équipes, de créer une bande-annonce vidéo pour faire la promotion de la pièce en ajoutant des extraits de dialogues, une musique appropriée et en créant un montage dynamique pour capter l’attention du spectateur. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur création au groupe-classe.
Conseils d'utilisation
- Accorder une attention particulière aux sujets sensibles (p. ex., préjugés envers les mineurs, pendaison, mort, âgisme, santé mentale) dont on traite dans l’œuvre.
- Accorder une attention particulière aux termes employés pour désigner des personnes de peuples autochtones (p. ex., Indien, vieille Indienne) et au terme employé pour désigner une femme (p. ex., guidoune).
- Accorder une attention particulière aux nombreux jurons (p.ex., câlice, fuck you, hostie, chrisse, tabarnak) dont se servent les personnages.
- Encourager les élèves à lire le second volume des Partitions d’une époque, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.
Ressource(s) additionnelle(s)
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série: TFO 24.7- Le stress, la science, les arts et plus encore — Créer du théâtre franco-ontarien.
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série ONFR+ – Une place des arts pour le Grand Sudbury.