Contenu
- Personnage principal et narratrice, Virginie Sansterre, qui, aux derniers moments de sa vie, apprivoise, dans son Livre de déraison, les multiples femmes qu’elle a été : l’enfant, la novice, l’épouse, la mère, l’endeuillée, la grand-mère, l’amante et l’amoureuse de Gabriel.
« Je te rends ton cahier, Michelle, mon Livre de déraison. Lis-le seulement si tu en as envie, quand tu en auras envie. Tu y trouveras l’image d’une femme que tu ne reconnaîtras peut-être pas. Une femme à qui il a été donné de commencer à vivre à l’heure où elle aurait dû sans doute, comme les autres, se préparer à mourir. Une femme sans âge, qui pourrait être ta sœur, ton amie, ton enfant, et même ta grand-mère. Une femme qui, au fond du miroir, t’offre des reflets inconnus de ton propre visage, un être de déraison plus vivant et plus passionné que sa propre mémoire. » (p. 31-32)
- Quelques personnages secondaires ayant des liens étroits avec Virginie, dont Michelle, sa petite-fille, passionnée d’écriture et de voyages, qui lui confie ses aventures amoureuses, Gabriel, un pianiste, locataire de la résidence pour personnes âgées où Virginie demeure et dont elle tombe amoureuse, Rolande, sa fille avec laquelle elle n’entretient pas de relation intime, ainsi que Frédéric, son fils décédé à l’enfance.
« Il ne me reste que mes mains et le beau cahier que m’a offert Michelle il y a quelques années. C’est elle, ma petite-fille, l’écrivain. Elle n’a encore rien publié, mais je suis sûre qu’elle a beaucoup écrit, qu’elle écrit tous les jours. Elle m’a assuré qu’elle écrirait un livre. Un jour, elle s’en ira très loin, sur une île. Elle ne donnera son adresse à personne. Elle n’apportera que du papier, sa plume et son encrier. Elle ne rentrera qu’une fois son livre achevé. (p. 42)
« Michelle, mon unique petite-fille, enseigne à l’Université depuis plusieurs années. […] Michelle voyage souvent, elle aussi, pendant les vacances et même parfois pendant l’année scolaire. Elle a une vie amoureuse qui lui demande beaucoup d’énergie et de facilité d’adaptation. Il lui arrive de me parler de l’un ou l’autre de ses « amants », de me raconter, dans les grandes lignes, un de ses « romans d’amour », mais rarement au moment où elle le vit. » (p. 44)
« Le locataire du 513, alias Barbefleurie, s’appelle Gabriel Lavoix. N’est-ce pas là un nom prédestiné pour un musicien? […] Nous sommes aussi secrets ou timides l’un que l’autre. » (p. 89)
« Rolande est là. Plus blonde que jamais. Le visage arrondi, à la peau aussi rose et aussi lisse que la peau de ses fesses quand elle était bébé. Le temps a fait marche arrière depuis le remariage de ma fille. Rolande a perdu vingt ans de sa vie depuis vingt ans. Elle ressemble aux poupées Barbie qu’elle offrait à Michelle à chaque fête de Noël, ²pour qu’elle acquière, en les toilettant, le goût de la féminité². » (p. 97)
« Du bout des lèvres, Rolande m’embrasse sur la joue. S’étonne de ma bonne mine : « Si vous continuez à rajeunir, vous nous enterrerez tous! » Redevient sérieuse et autoritaire. Mère supérieure pose des questions, comme chaque fois qu’elle vient ici. » (p. 98)
« À mesure qu’il grandissait, Frédéric faisait tout pour plaire à sa grande sœur. Le plus souvent, il avait l’air malheureux d’un petit amoureux rebuté. » (p. 142)
- Roman à caractère psychologique mettant en scène Virginie, une dame âgée qui revisite certains événements marquants de sa vie tout en écrivant ses souvenirs dans un cahier; thèmes variés (p. ex., vieillesse, adultère, divorce, mort, solitude) qui incitent le lectorat à réfléchir à son vécu et au legs qu’il laissera.
- Mise en page simple; chapitres ni numérotés, ni titrés, divisés en deux parties, soit Les deux cahiers et Le livre de déraison; éléments graphiques (p. ex., italiques, guillemets, points de suspension, majuscules, parenthèses, caractères gras) qui facilitent l’interprétation du texte; liste des autres œuvres de l’auteure, dédicace, préface et citation au début; choix de jugements sur Le livre de déraison et biobibliographie à la fin; renseignements sur l’auteure à la quatrième de couverture.
Langue
- Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., oraisons, jaculatoires, annales, sulpicien, élucubrations, taciturne, ogive, ontologique) généralement compréhensibles à l’aide du contexte.
- Phrases transformées, phrases à construction particulière et nombreuses phrases de base; abondance de phrases interrogatives traduisant la réflexion de la narratrice, qui ressasse son passé; phrases généralement longues.
« Le souper tire à sa fin. Mon pianiste se décide à attaquer ce qu’il a l’air de considérer comme la pièce de résistance. L’oiseau a dû se réfugier quelque part dans les boucles de ses cheveux blancs ou s’être caché dans celles de sa barbe tout aussi blanche, pleine de fioritures. « Barbefleurie », voilà le nom que je lui donnerai jusqu’à ce que j’apprenne le sien. Pour le moment, rien ne m’importe plus que de suivre les gestes de la main qui communique au coulis ses ondes pleines de chatoiements, de guetter, au milieu de la barbe vivante, la mélodie rouge et luisante qui fait palpiter les lèvres. » (p. 59)
« Lequel peut se vanter de pouvoir revivre, ne serait-ce qu’une journée de sa vie, du lever au coucher? De dire quel temps il faisait, ce jour-là? Ou seulement de nommer la saison, de décrire les vêtements qu’il portait, de replacer, sur un seul mur du salon, les photos qui s’y trouvaient, de revoir l’endroit précis où il s’assoyait à table, la couleur de la nappe, les dessins de la porcelaine? » (p. 152)
- Figures de style variées (p. ex., énumération, personnification, répétition, euphémisme, métaphore) qui enrichissent le texte.
« Pas plus que dans les autres circonstances graves de ma vie, je n’ai voulu, je ne veux me prendre au tragique ni ennuyer qui que ce soit avec des plaintes, des récriminations, le récit quotidien de mes malaises, de l’aggravation de mes infirmités, de mes petits soucis. » (p. 29)
« Pourquoi d’ailleurs devrais-je souffrir de la solitude? Nous nous sommes apprivoisées depuis longtemps, elle et moi. Elle a fait les premiers pas, il est vrai, a cherché à m’impressionner avec ses silences et ses airs de grande dame. » (p. 49-50)
« J’aurais voulu n’entendre que la musique des coups d’aile pleins de grâce dont elles scandaient leur appel : « qui es-tu-tu-tu? » À quoi répondaient mes soupirs impuissants : « si-si-si-je-savais ». (p. 73)
« Oui, la vieille Barbie est sortie du placard. Elle s’est fait remonter le visage, a jeté de l’or sur ses cheveux poussiéreux, s’est mise à la diète. » (p. 98)
« Les commis voyageurs de la mort sont venus. » (p. 173)
- Séquences narratives omniprésentes, certaines séquences descriptives et rares séquences dialoguées qui servent à comprendre la relation entre les personnages, les souvenirs du personnage principal et son imagination; emploi de procédés littéraires (p. ex., carte postale, affiche, poèmes, lettre, feuillets publicitaires) contribuant à la crédibilité de l’histoire.
« Le train arrivait. Il freina brusquement. Il ne devait s’immobiliser que quelques secondes. Je ne pouvais partir sans elle. Je me suis tournée vers l’immense maison grise. Je voulais crier son nom, mais ma voix ne portait pas. » (p. 19)
« Rien n’est impossible. Ne suffit-il pas que s’écrive le mot ²cheval² pour que surgisse et se mette à briller dans la lumière la crinière rousse du poulain qui s’ébroue? Sur mon front, sur mes lèvres et sur ma langue, je sens la fraîcheur des gouttes qui m’enveloppent et me raniment. » (p. 51)
« Virginie ne voit que des signes noirs, là où les yeux des grands découvrent d’innombrables taches rouges, des tranchées pleines de boue et de fumée… Ils se sont agglutinés autour de la lampe. Ce sont de grands papillons affolés. La cuisine s’est remplie d’ombres. » (p. 87)
« – Allons, maman, je n’ai pas de temps à perdre. Paul avait des courses à faire dans le coin; il va venir me chercher dans une demi-heure. Dites-moi comment vous vous sentez vraiment.
– Ma chère Rolande, cesse de te faire du mauvais sang. Tu as trouvé pour moi un endroit sûr. Le médecin et l’infirmière ont l’air compétents. Je me sens en parfaite sécurité. » (p. 99)
« Parmi les petites annonces et les menus de la journée affichés sur les murs de l’ascenseur, se détache, provocante, une grande affiche orange et noir :
BAL MASQUÉ
de L’HALLOWEEN
au Manoir des Ormes
de 8 H À MINUIT » (p. 106)
Référent(s) culturel(s)
- Mention de lieux au Québec, soit Saint-Irénée, Kamouraska et Montebello.
- Mention d’artistes-peintres français (p. ex., Paul Cézanne, Henri Matisse).
- Référence à de nombreux auteurs (p. ex. Jean Racine, Victor Hugo, Paul Éluard, Anne Hébert).
- Référence au sonnet Vaisseau d’Or, du poète canadien-français Émile Nelligan.
Pistes d'exploitation
- Animer une discussion sur les questions suivantes : Quel est le sens de la vie? Quelle place doit occuper la religion? Quelle place doivent occuper les personnes âgées dans notre société? Comment aborder la mort?
- Proposer aux élèves, regroupés en dyades, de composer un message audio posthume que Michelle, la petite-fille de Virginie, pourrait lui adresser après avoir lu ce manuscrit reçu en héritage. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe-classe.
- Former des équipes, puis proposer aux élèves de commenter les extraits suivants en discutant de la place qu’occupent les diverses disciplines artistiques dans la vie.
« Mais j’ai tellement aimé lire, j’ai tellement vécu dans les livres… Je me dis que les vrais écrivains sont des êtres généreux : ils doivent savoir que la poésie et le roman apportent au monde quelque chose que rien ne peut remplacer. » (p. 43)
« « […] On ne raconte pas la musique, pas plus qu’on ne raconte un tableau. » À quoi me servirait-il d’écrire si je me contentais de résumer le passé, de copier le réel et la mort qui m’entourent? Je ne gaspillerai pas les mots qui me restent. Il est grand temps que je laisse l’impossible advenir. » (p. 52)
« « […] Tous les deux, toi, dans ton livre, moi à mon piano, nous aidons l’univers à respirer. » » (p. 160)
- En s’inspirant de l’énoncé suivant : « Quand j’écris une phrase toute simple avec des mots que je croyais connaître, j’ai l’impression que ces mots me révèlent quelque chose de leur vie secrète. Alors je me mets à les écouter. Ce sont eux qui m’appellent, qui inventent devant mes yeux des chemins que j’ai envie d’explorer. Je ne sais jamais ce que je trouverai sur ces chemins, mais j’ai confiance. » (p. 159), proposer aux élèves de se prêter à un exercice d’écriture automatique et à se laisser guider par les muses de l’imagination et de la spontanéité, comme le fait Virginie. Les inviter à lire à voix haute des extraits de leur rédaction.
Conseils d'utilisation
- Avant d’entamer la lecture du roman, animer un échange sur la perception qu’ont les élèves des personnes âgées.
- Accorder une attention particulière aux sujets sensibles dont traite le roman, soit l’agression sexuelle, la pendaison et la mort d’un enfant.
Ressource(s) additionnelle(s)
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : ONFR – Société, La vieillesse, on en pense quoi?