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Le théâtre fransaskois, tome 3 – Recueil de pièces de théâtre : Husky Stop

En plein cœur de la nuit, le Husky Stop de Lloydminster est un lieu de rencontre pour bien des gens. Imaginez les conversations d’un diplômé universitaire de passage avec un camionneur ancré dans ses habitudes et une serveuse qui tente d’échapper à sa réalité avec les héros de ses livres.

(Tiré de la page 2 du livre.)

À propos du livre

Contenu

  • Trois personnages principaux, soit Steve, un diplômé universitaire en quête de sens et de sa place dans le monde, Ralph, un camionneur dans la cinquantaine qui prétend être instruit, mais qui méprise Steve justement parce qu’il est éduqué, et Martine, une serveuse dans un relais routier de l’Ouest canadien, résignée à sa condition faute d’études, bien qu’elle rêve de traverser le pays en train.

« STEVE
Je déménage à Edmonton. Je viens d’obtenir un emploi avec une petite firme privée. Je serai responsable de leurs campagnes publicitaires.
MARTINE
Wow! T’as gradué d’l’université, hein?
STEVE
Oui.
MARTINE
Ouais! C’est pour ça que t’as eu la job, hein?
STEVE
J’comprends pas. » (p. 8)

« RALPH
J’ai pas eu tes avantages, tu sais!
STEVE
Comment?
RALPH
J’ai pas eu tes avantages! J’suis pas allé à l’université.
STEVE
Ah!
RALPH
J’ai même pas pu finir mon grade 12. […] Mais malgré ça, monsieur l’universitaire, j’peux te dire que t’es pas plus fin que moé.
STEVE
Je n’ai jamais voulu rien dire de la sorte. » (p. 23-24)

« MARTINE
Torbine que j’aimerais ça avoir l’argent de Tippy Peterson. J’pourrais m’acheter un vieux char, pis partir d’icitte. […] Mon rêve serait de voyager à travers le Canada… comme le fait Tippy Peterson. J’commencerais dans les Maritimes. J’irais visiter le Cap-Breton. J’ai déjà rencontré un Acadien, pis y’aimait ça faire le party. Ça serait l’fun d’aller les visiter. J’voudrais pas vivre là par contre. Y a ben d’trop d’chômage. » (p. 30-31)

  • Pièce de théâtre qui met en scène, le temps d’une nuit dans un relais routier, la rencontre improbable entre trois personnages qui révèlent, à travers leurs échanges, les fractures sociales, les rêves inaccessibles et la quête de sens; thèmes (p. ex., éducation, identité, conflits de classe, désillusions) aptes à susciter des discussions intéressantes.
  • Mise en page très aérée; œuvre présentée en un acte, renforçant l’intensité dramatique; éléments graphiques (p. ex., points de suspension, italiques, parenthèses, majuscules) facilitant l’interprétation du texte; biographie de l’auteur, aperçu, descriptions des personnages et du décor au début de la pièce.

Langue

  • Registre de langue courant dans les didascalies; registres familier et populaire (p. ex., t’as, moé, icitte, un bum) et mots anglais (p. ex., just a coffee please, I have a poem for you) dans les répliques, reflétant l’origine, le statut social, le niveau d’éducation des personnages, ainsi que la dualité linguistique du milieu.
  • Prédominance de phrases transformées et de phrases à construction particulière; nombreuses phrases exclamatives et interrogatives qui s’entremêlent dans les séquences dialoguées, contribuant à la vraisemblance des interactions entre les personnages.

« MARTINE
Son nom est STEVE.
RALPH
Alors STEVE! Permets moé d’me présenter! Je suis RALPH, le camionneur extraordinaire!
(STEVE ne peut s’empêcher de rire. Insulté, RALPH revient au comptoir.)
RALPH
(Après une longue pause.) MARTINE. Ma belle MARTINE. Serait-il possible de demander une toute petite sandwich… une… une petite sandwich au bœuf. Un bœuf froid avec une touche de mayonnaise. Un p’tit kekchose pour aller avec cette eau de vaisselle que t’appelles du café.
MARTINE
One cold beef with mayo. No mustard?
RALPH
D’la moutarde! Jamais! Ça m’donne des brûlements d’estomac.
(MARTINE quitte la scène par l’arrière-scène. En quittant, elle lance par-dessus son épaule.)
MARTINE
Si vous voulez du café, servez-vous. » (p. 23)

  • Figures de style (p. ex., métaphore, hyperbole, onomatopée, gradation) qui intensifient l’émotion, renforcent l’impact du discours et rendent le texte plus expressif.

« STEVE
Oui. La vie n’est pas rose pour un gars comme moi. » (p. 15)

« RALPH
MARTINE! Chère MARTINE, tu es une déesse de la poésie! Il faut à tout prix unir nos forces! Nous en ferons notre fortune. Tu apposeras sur la feuille de papier la magie de tes mots… pam, pam, pam… pis moé, j’en deviendrais l’interprète. J’en ferais des lectures publiques aux quatre coins du monde. Qu’en dis-tu, chère MARTINE ? » (p. 19)

« STEVE
J’reprends ce que je viens de dire à ton sujet. T’es pas aussi fin que tu penses. T’es même pas mal cave! T’es même plus cave que cave! » (p. 25)

  • Insertion d’extraits poétiques en anglais, récités par Ralph et dédiés tour à tour à sa femme, à un ami et à son peuple, qui enrichissent la voix du personnage et révèlent son besoin de reconnaissance, d’expression et de légitimité.

« RALPH
Yeah! (Il se tourne vers STEVE.) ²The stone is my people. I have come to speak for my people, far on the plains hunting our food. I expected the chiefs would have waited until I could speak for my people.² » (p. 21)

  • Didascalies nombreuses et détaillées précisant les gestes et déplacements des personnages, de même que le lieu et le temps.

« (RALPH entre côté jardin. Il se rend au comptoir et s’assoit à côté de MARTINE. Elle se lève et se rend derrière le comptoir.) » (p. 19)

« (RALPH s’élance comme pour frapper STEVE, mais puisque ce dernier ne bouge pas, il s’arrête vitement.) » (p. 25)

Référent(s) culturel(s)

  • Références à des lieux (Montréal, Québec, Acadie), à des institutions (la chaîne de télévision CBC, Radio-Canada), à des figures ou des œuvres du patrimoine littéraire francophone (p. ex., Molière, Jules Verne), ainsi qu’à des événements de la francophonie canadienne (le Festival du Voyageur).

Pistes d'exploitation

  • Dans l’œuvre, Martine dit : « L’université, c’est une perte de temps! […] L’université, c’est une ben belle chose si t’as l’cash. Moé, j’en avais pas. » (p. 9) Proposer aux élèves, regroupés en équipes, de mener une recherche sur les différentes options postsecondaires offertes en Ontario (écoles de métiers, collèges, universités), ainsi que sur les ressources financières accessibles (bourses, prêts, subventions, programmes d’alternance travail-études). Les inviter à présenter leurs résultats au groupe-classe sous forme de fiche informative ou de court exposé.
  • Dans l’œuvre, Martine fait référence à la treizième année. Suggérer aux élèves, réunis en équipes, d’effectuer une recherche sur la treizième année en Ontario, afin de comprendre quand, pourquoi et dans quel contexte elle a été abolie. Animer ensuite une discussion autour des questions suivantes : « Quel était le but de cette année supplémentaire? Quels étaient ses avantages et ses inconvénients? Devrait-on réintroduire une année préparatoire aux études postsecondaires aujourd’hui? Quels liens peut-on faire avec les propos et les parcours des personnages de la pièce? »
  • Ralph, camionneur, prétend être diplômé d’université, ce qui soulève des questions sur la perception des métiers manuels. Proposer aux élèves, regroupés en équipes, de réfléchir à l’importance des métiers dans la société canadienne en menant une courte recherche sur une profession essentielle (p. ex., camionneur, électricien, mécanicien, soudeur). Leur demander de préciser les tâches principales, les conditions de travail, la formation requise, les défis liés à ce métier, ainsi que son impact sur la communauté. Animer une mise en commun afin de permettre aux élèves de présenter leurs trouvailles au groupe-classe sous forme d’un exposé oral, d’une affiche ou d’un court document informatif.

Conseils d'utilisation

  • Porter une attention particulière aux thèmes sensibles abordés dans l’œuvre (p. ex., commentaires déplacés sur le poids, propos cyniques sur le gouvernement, stéréotypes envers les Autochtones recevant de l’aide sociale). Animer une discussion respectueuse et critique sur les préjugés, les inégalités sociales et les tensions culturelles évoqués dans le texte.
  • Prévenir les élèves que la pièce contient du langage vulgaire et des expressions crues.
  • Noter que le texte est rédigé en grande partie dans un langage familier et populaire. Accompagner les élèves allophones ou nouvellement arrivés dans la lecture à l’aide d’un glossaire, d’expressions-clés ou de discussions collectives afin de favoriser l’accessibilité de l’œuvre à tous les lecteurs.
  • Prévenir les élèves de la présence de termes aujourd’hui considérés comme désuets, inappropriés ou péjoratifs (p. ex., Indiens, sauvages, sauvagesse) pour désigner des membres des Premières Nations.
  • Encourager les élèves à lire une autre pièce de théâtre du même recueil, soit Le secret de la rose, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 10e à 12e année, Série : Imaginons une école pour tous, Le post-secondaire.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Série : Identité 2.0, Le post-secondaire.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Série : Parcours et détours, divers épisodes.