Contenu
- Deux personnages principaux, issus de milieux très différents, qui développent une amitié sincère et partagent un amour pour le Grand Nord, soit Francisco Banuelos, surnommé Cisco, un pilote de brousse mexicain affecté au Nord-Ouest canadien, où il découvre non seulement une manière de vivre en harmonie avec la nature, mais aussi une nouvelle conception de l’amitié, de la solidarité et de la réconciliation avec ses propres démons, et Nahadeh, un jeune Autochtone profondément connecté à la nature et aux traditions de son peuple, qui devient son guide spirituel et son mentor.
« Francisco Banuelos, le Mexicain, dit Cisco, enfile sa lourde combinaison de vol, riant de l’infect climat qu’il va affronter. Il rabat sur son visage sa capuche bordée de fourrure rousse.
– Sacré maudit pays! ricane-t-il avec une grimace. » (p. 31-32)
« – Nous deux, Francisco, en d’autres circonstances, on pouvait être de bons copains. Un gâchis d’amitié, quoi!
Ces paroles ont sur le pilote un effet surprenant. Il s’attendrit. L’Indien lui parle d’amitié. Toute sa vie, Cisco a recherché un ami véritable, quelqu’un qui remplacerait un peu ce jeune frère mort trop tôt, qu’il n’a pas eu le temps de bien connaître. » (p. 134)
« Les « jours à moustiques », Cisco et Nahadeh combattent le fléau à la manière des montagnards. Ils s’appliquent sur le visage et la nuque une glaise liquide qui les fait ressembler à des masques de guerre, emplâtre qu’il leur faut remplacer, inlassablement, dès qu’une partie sèche s’en détache. » (p. 226)
- Personnages secondaires qui enrichissent le récit, dont les agents fédéraux qui mènent une chasse impitoyable contre les loups, Celle-d’en-Haut, la reine vengeresse issue de la légende, qui serait à l’origine de flèches tirées contre les chasseurs, Tahiné-Petite-Louve, une jeune autochtone en quête d’émancipation et épouse de Nahadeh, fuyant les traditions imposées par ses parents lakota et iroquois, le père de Tahiné, porteur des traditions autochtones, que sa fille cherche à dépasser, Ciel-de-Roches, cousin de Nahadeh, tué accidentellement par Cisco, événement marquant le début de la rupture entre les deux amis, et les loups, à la fois cibles et alliés, symboles du lien profond entre l’humain et la nature.
« Le travail de Cisco consiste à transporter des agents gouvernementaux, des touristes ou des chasseurs sur les vastes étendues de l’arrière-pays. Ce matin, comme il le fait quatre fois par semaine, Cisco emmène ses plus déplaisants voyageurs : deux ²contrôleurs fauniques ² du ministère fédéral de la Chasse et de la Pêche. » (p. 36)
« Les six passagers viennent de regagner l’avion, du sang jusqu’aux coudes. Les touristes semblent ravis. Ils viennent de connaître une ²exaltante² expérience. Dans leurs sacs de toile goudronnée, les trophées sanglants dégagent une odeur douceâtre. » (p. 45)
« Lorsque l’Indien nourrit les siens de viande, Celle-d’en-Haut s’en réjouit, car le chasseur a tué la bête par nécessité, avec un respect profond; mais son courroux céleste éclate lorsqu’elle découvre certains hommes détruisant, pour leur divertissement et par cupidité, la vie de ses forêts. » (p. 59)
« La vue de Tahiné se brouille à force de fixer les petits cylindres multicolores. Exaspérée par cette lassante répétition de gestes, Tahiné repousse brusquement son ouvrage. Il tombe à terre. Elle se sent coupable, se penche pour le ramasser. Non! Qu’il reste là! Cette fois, sa révolte est totale.
[…]
Tahiné chausse ses mukluks, enfile un parka et prépare ses raquettes. Sa main sur le loquet de la porte, elle hésite. Sa gorge se serre. Tahiné ressent l’impression étrange de tout quitter à jamais.
[…]
Tahiné ouvre la porte. Instantanément, ses jeunes années lui bondissent au visage. Elle s’enfonce dans la neige épaisse, la neige de son enfance. » (p. 184)
« Au son de cette voix, le cœur de Tahiné frappe un coup brutal dans sa poitrine. Son père! Par quel prodige l’a-t-il retrouvée au milieu de cette nuit sans lune? Par ailleurs, à son habitude, il est manifestement ivre pour agir de cette manière incohérente. Pourquoi faut-il donc qu’il détruise toujours l’équilibre des choses qu’elle affectionne? Elle a bien le droit de goûter à la paix sans avoir à se sentir coupable.
[…]
Nahadeh, qui ne peut imaginer les liens de parenté unissant l’assaillant à sa jeune compagne, s’insurge devant les propos offensants du vieillard. Il s’interpose entre eux, la main posée à plat sur la poitrine de l’homme.
– Le Vieux, à mon bivouac, on suit mes règles. Tahiné est mon invitée, respecte-la!
– Ferme ça, voyou! Cette dévergondée est ma fille. Elle m’obéira où qu’elle se trouve. » (p. 206)
« Ciel-des-Roches lève les yeux au ciel, incrédule. Il prend un air condescendant, sa voix s’adoucit, un père à son fils :
– L’or, c’est le malheur. Qu’il reste enfoui!
Cisco, lassé par ce dialogue sans issue, empoigne le bras de l’Indien et le pousse rudement à la poitrine en lui arrachant le sac. L’homme, déséquilibré, glisse et tombe face contre terre. Cisco reprend le chemin de Virginia sur une ultime insulte.
Au bas de la colline, il crie, en se retournant :
– J’suis quand même désolé de t’avoir…
Le reste de la phrase demeure dans sa gorge. Ciel-de-Roches est toujours allongé sur le chemin, au même endroit.
– Oh, gars! Y’a un problème? s’inquiète aussitôt le pilote en revenant sur ses pas.
L’Indien est à ses pieds, immobile. Cisco le retourne, précautionneusement. Les yeux de l’homme grands ouverts, fixent l’infini d’un air de totale incompréhension. À sa tempe s’ouvre une plaie profonde. Sur le sentier, un silex tranchant… » (p. 280)
« – Nahadeh, je dois te…
– Je sais.
– Un accident stupide. Je voulais…
– Il était le fils de mon oncle paternel. Dans mon cœur, un frère.
– Pardonne-moi.
– Le meurtre d’un ami est impardonnable Cisco.
Cisco est anéanti par l’accusation.
[…]
Faut que tu partes, Cisco.
Le pilote devient livide : se faire renvoyer ainsi, comme un vulgaire malfaiteur, lui cause une douleur cuisante. Il se retient pour ne pas montrer l’ampleur de son dépit, pour ne pas éclater en sanglots comme un enfant réprimandé. » (p. 293-294)
« La terre, le loup, l’Indien… c’est la même chose. Nous sommes liés à jamais. Que disparaisse l’animal, et ce sera l’anéantissement de l’être humain. » (p. 319)
- Roman captivant, inspiré d’une histoire vraie devenue légende, mêlant aventure, quête personnelle et exploration de l’identité à travers une amitié profonde; récit ponctué de retours en arrière sous forme de souvenirs liés à la famille de Cisco; thèmes (p. ex., survie, nature, culture, identité, amitié) invitant le lectorat à ressentir les vastes paysages du Grand Nord, tout en suivant un parcours intérieur à la fois intense et émouvant.
- Mise en page aérée; texte réparti en 35 chapitres numérotés; éléments graphiques (p. ex., points de suspension, guillemets, italiques) facilitant l’interprétation de l’œuvre; citations de Jacques Prévert et de Robert Service, dédicace et avant-propos au début; épilogue, renseignements sur les Sioux et les loups, notes explicatives, table des matières et liste d’œuvres de la collection Voix narratives et oniriques à la fin; notes biographiques sur l’auteur à la quatrième de couverture du livre.
Langue
- Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., enchevêtré, râblé, baudrier, enivrantes, obtempère) compréhensibles à l’aide du contexte; mots du registre familier (p. ex., l’cul, p’tits, t’as d’la chance, bah, j’te), mots anglais (p. ex., northlander, sportsmen, workhorse of the air, mushroom), mots espagnols (p. ex., El dorado, que mierda, los maricones) et mots du peuple lakota (hou, kola, kookik, wah-ah-yah-zo-kah) reflétant la diversité linguistique et culturelle des personnages.
- Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; variété de types et de formes de phrases (p. ex., déclarative, interrogative, exclamative, impérative, négative); phrases généralement courtes.
« Nahadeh serre contre sa poitrine la louve blessée par le Suédois. Il l’avait retirée du travois peu après le départ. La profonde blessure de la malheureuse, trop agitée par le sol rocailleux, s’était rouverte.
– Doux ma fille, nous voilà rendus.
La bête grogne, cligne des yeux sous les flocons qui virevoltent.
Nahadeh pousse du pied la porte de sa cabane, étend la louve sur sa couche – un cadre de bois rempli de branches d’épinettes, recouvertes d’une peau d’ours. Il allume un fumeron de terre cuite, bourre la cheminée de petit bois et installe les autres loups devant la flambée. Il fait ensuite dégeler de la viande. Sur le lit, la louve gémit doucement. Ses babines se retroussent. Une sorte de sourire. » (p. 144-145)
« Nahadeh ne termine pas sa pensée. Sa voix devient à peine audible lorsqu’il ajoute :
– À ton avis Cisco… avec mon amie… qu’est-ce que je devrais faire si le vieux changeait encore d’avis? Ce type me rend fou. Saoul, il dit non, sobre il dit oui!
– Tu sais… J’connais pas bien vos coutumes, Nahadeh, mais au temps des chevaliers, quand les parents de la fille s’opposaient au mariage… Bah! Le gars enlevait carrément sa promise, prononce Cisco avec le plus grand sérieux.
– Tu… tu ris pas d’moi?
– Pas à propos d’une chose aussi importante.
– Et tu crois que ce genre de méthode est faisable ici?
– Soyons réaliste. N’importe quelle fille aimerait ça, c’est pas mal romantique. » (p. 222)
- Nombreux procédés stylistiques (p. ex., métaphore, ellipse, hyperbole, expression imagée, antithèse, énumération, personnification, métonymie, comparaison) qui permettent de stimuler l’imaginaire du lectorat.
« La bête à fourrure y perdit jusqu’à son moindre refuge. » (p. 58)
« En quelques heures, la grande horde n’existait plus. Il y avait eu 24 000 noyés! À ce souvenir, le cœur de Nahadeh se serre. Les souffrances de son Nord le mortifient. » (p. 61)
« – Au pays d’l’ours, faut rester sur le qui-vive; pareil au serpent qui mue, quoi! » (p. 81)
« Ils deviennent amis. Ils sont encore un peu ennemis. » (p. 95)
« Tahiné apprécie semblablement l’arôme discret du cèdre ployé sous sa blanche parure d’hiver, et toutes les senteurs mêlées de fleurs, d’herbes, de bois et de bêtes qui imprègnent le vent. » (p. 170)
« Le poêle bourré de bois jusqu’à la gueule dégage une forte chaleur dont l’agréable odeur de pin ne parvient pas à effacer totalement ces effluves de nourriture émanant des peaux saignantes. » (p. 180)
« Quant aux petits ours noirs, agiles comme des écureuils, avec eux, mieux vaut demeurer allongé au sol, à y feindre la mort, plutôt que chercher le refuge illusoire d’une branche… » (p. 230)
- Abondance de séquences descriptives qui permettent de renforcer l’idée que le Grand Nord est un lieu à la fois magnifique et sauvage; plusieurs séquences explicatives décrivant les us et coutumes du peuple lakota; séquences dialoguées qui démontrent les différences culturelles qui existent entre les deux personnages; insertion de procédés littéraires (p. ex., extrait du magazine Time, poème) contribuant à la vraisemblance de l’histoire.
« Moins 36 degrés Celsius. Un froid de saison, sans prétention. Il vente un peu. L’air sec, saturé de cristaux irisés, est parcouru de grésillements, claquements infimes, semblables à ceux qui le soir accompagnent les aurores boréales établissant pour la nuit leur magie dans le ciel. On peut ressentir autour de ce trou mugissant une atmosphère électrique, presque palpable. » (p. 17)
« La proposition finale avait horrifié Nahadeh.
– Tu plaisantes? Transporter le sacré matériel jusqu’ici t’obligera à tailler une route à travers les vallées, bouleverser le cours des rivières, creuser des montagnes. Un truc dément! Tu ne crois
pas que nous allons permettre ça?
– Oh! Minute. La mine m’appartient autant qu’à toi.
À l’air narquois de Nahadeh, Cisco avait décelé aussitôt quelque malice cachée dans cette histoire de concession ²découverte par hasard².
– Me dis pas que… Cisco se passe la main sur les yeux. Bien entendu, tu… tu connais l’existence de ce gisement depuis le début, balbutie le pilote.
– Même les enfants, Cisco, aucun ne l’ignore. La colline entière est un bloc d’or. Il y en a des tonnes!
– Seigneur Dieu! Depuis des semaines, je m’esquinte comme un débile et tu laissais faire! Tu m’vois remonter ce ruisseau, pas à pas, y récupérant des misères, alors que tu sais que le filon principal se trouve enfoui dans cette fichue montagne. Tu t’es bien amusé au moins?
– Après les ravages causés à notre territoire par les prospecteurs au siècle passé, mon peuple a juré de ne jamais toucher à cette saleté jaune, à aucun prix. Quant à ce que nous faisons ici, toi et moi, mes frères ne sont au courant de rien. Une fois défigurée par l’homme, la montagne perd la sérénité qu’elle a conquise au cours des siècles passés. Ta machinerie lourde est donc hors de question. » (p. 243)
« Le magazine Time leur avait consacré trois pages couvertures en trente mois, un record pas même égalé par Elvis Presley. ²Dakota² avait même été cité à l’ordre de la Nation par le Président lui-même.
Je suis Dakota, Américain modèle qui a lutté pour la liberté des peuples et la grandeur de son pays. » (p. 93)
« Cisco entend encore son ami réciter le poème fameux des indiens Kristineaux :
Seulement quand le dernier arbre sera coupé,
Seulement quand la dernière rivière sera empoisonnée,
Seulement quand le dernier poisson sera pris,
Seulement alors, comprendras-tu, ô Blanc, que l’argent
ne se mange pas… » (p. 335)
Référent(s) culturel(s)
- Référence aux langues, rites, us et coutumes du peuple lakota (p. ex., vêtements, nourriture, habitation, chasse, cérémonies, rapport spirituel à la nature et aux animaux, plantes médicinales, rôle de la femme, tannage des peaux d’animaux).
- Références aux peuples autochtones (p. ex., Cris, Inuits, Lakotas, Iroquois, Athapascans, Tolowas et Tlingits).
- Référence à Louis Riel.
- Référence au Québec et à la France.
Pistes d'exploitation
- Proposer aux élèves, regroupés en équipes, d’entreprendre une recherche documentaire sur la situation actuelle du loup dans le monde, en mettant l’accent sur l’évolution des conditions depuis la parution du roman. Leur demander de concevoir une affiche de sensibilisation sur la protection du loup aujourd’hui, puis de placer leur travail dans les corridors de l’école.
- Animer une discussion à partir de l’énoncé suivant : En deux générations, seulement cinquante courtes années, l’homme a détruit sa planète. Bientôt, on ne verra la faune que dans les vieux films. (p. 262) Ensuite, proposer aux élèves, regroupés en équipes, de concevoir une capsule vidéo ou un balado dont l’objectif est de sensibiliser leurs pairs à la rapidité des changements environnementaux et de présenter des solutions concrètes, réalistes et applicables au quotidien pour lutter contre ces enjeux.
- Suggérer aux élèves, réunis en dyades, de mener une recherche sur la signification du loup dans différentes cultures, notamment chez les Tlingits, les Lakotas et les Cris, puis d’analyser les passages du roman où le loup est mis en valeur, afin d’en dégager les qualités symboliques telles que la force, l’endurance, la loyauté et la liberté. À partir de ces éléments, les inviter à créer un totem du loup sous la forme de leur choix (p. ex., dessin, collage, maquette 3D, création numérique) illustrant ces qualités et leur portée culturelle et littéraire. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur création au groupe-classe.
Conseils d'utilisation
- Situer sur une carte géographique le parc national Nahanni, dans les Territoires du Nord-Ouest.
- Accorder une attention particulière aux thèmes délicats abordés dans l’œuvre, notamment la violence, la mort, la drogue, les allusions à l’infidélité, l’abus conjugal et les préjugés.
- Porter une attention particulière aux termes aujourd’hui désuets ou inappropriés utilisés pour désigner les Peuples autochtones (p. ex. : Indien, Indienne, sauvage, aborigène), et les replacer dans le contexte historique et culturel de l’époque où se déroule l’histoire.
- Consulter les notes explicatives à l’aide des renvois pour mieux comprendre les faits historiques pertinents.
- Inciter les élèves à lire d’autres œuvres du même auteur, telles que Nanuktalva et Akuna-Aki, meneur de chiens, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.
Ressource(s) additionnelle(s)
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : Garde-Manger, Les cueilleurs sauvages.
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 3e à 12e année, Série : Vraiment Top! –Top 5 sur les Territoires du Nord-Ouest.