Contenu
- Deux personnages principaux, dont Kibandi, jeune africain égoïste et rancunier qui réussit à se dédoubler en buvant un breuvage initiatique, puis qui sème la terreur dans son village grâce à son double-nuisible, et le narrateur, son double porc-épic philosophe qui, lui devant obéissance, mène des missions sanguinaires pendant plusieurs décennies.
« […] comme le petit Kibandi, désespéré, se débattait, il l’immobilisa au sol, lui boucha les narines, lui fit boire le mayamvumbi, quelques gorgées avaient suffi, la réaction fut immédiate, le petit Kibandi éprouva aussitôt des vertiges, tomba par terre, se releva, chancela, il tenait à peine debout, les yeux fermés, le liquide avait à la fois le goût de vin de palme moisi et de la vase de marécage, la potion brûlait la gorge, et lorsqu’il ouvrit les yeux, mon jeune maître aperçut un gamin qui lui ressemblait, il eut juste le temps de discerner les traits de cet enfant qui disparut entre deux bosquets […] » (p. 82-83)
« […] Kibandi ne perdit pas son calme, il me rassura “ne t’en fais pas”, ce n’est pas lui qui pourra nous faire quoi que ce soit, je n’ai pas été en Europe, moi, pourtant je ne suis pas un inculte, le mayamvumbi dispense de fréquenter l’école pour savoir lire et écrire, il ouvre l’esprit, capte l’intelligence, et ce type ne reprendra pas l’avion pour l’Europe, c’est moi qui te le dis, il est à nous, sa place est sous terre […] “ » (p. 163)
« […] mon maître et moi, depuis que des bruits couraient que celui-ci avait quelque chose, et, en réalité, nom d’un porc-épic, nous avions commencé à manger les gens pour un oui ou pour un non, parce qu’il fallait bien nourrir l’autre lui-même de mon maître […] » (p. 190-191)
- Personnages secondaires, Kibandi-père, mangeur d’hommes qui, ayant perdu le contrôle de ses nombreuses tueries en tuant sa propre nièce, se fait à son tour assassiner, Tembe-Essouka, féticheur du village, qui neutralise Kibandi-père en provoquant la mort de son double-animal, nombreuses victimes de Kibandi, pour la plupart innocentes, qui meurent sous les redoutables piquants du double-nuisible, ainsi que Baobab, arbre fier et respecté, offrant refuge au porc-épic qui, convaincu d’une mort imminente, lui raconte son histoire et confesse ses crimes.
« […] Papa Kibandi entendait cette fois-ci le mot “sorcier” dès qu’il mettait les pieds hors de sa case, on le traitait de “rat pestiféré”, on ne lui laissait pas le temps de s’expliquer, il aurait voulu en discuter avec sa sœur, lui démontrer qu’on pouvait l’accuser de tout sauf d’avoir mangé sa nièce […] » (p. 93)
« […] Tembé-Essouka ne tue jamais, il délivre, c’est à vous de voir, il vous suffit d’attraper son double nuisible qui est maintenant caché dans la forêt parce qu’il sent que son heure approche, je l’ai immobilisé grâce à mes pouvoirs, si vous mettez la main sur cet animal vous ferez alors ce que vous voudrez de son maître […] » (p.105)
« […] il m’a répété que je devais rester près de lui, qu’il ne voulait surtout pas que je regagne la forêt avant cette mission à laquelle il tenait plus que les quatre-vingt-dix-neuf précédentes […] » (p. 206)
« je ne regrette qu’une chose, c’est de ne pas entendre ta voix à toi, mon cher Baobab, et si tu pouvais parler comme moi, je me sentirais bien moins seul, mais ce qui compte à ce stade c’est ta présence, elle me rend moins angoissé, et si je vois d’ici venir le danger, crois-moi, je n’aurai qu’à me faufiler dans un de tes creux, […] j’ai encore peur de m’éloigner, de commettre une bêtise, de regretter ta protection, […] donc, en quelque sorte, je contribue aussi à ta longévité, c’est tout ce que je peux t’offrir en échange de ton hospitalité » (p. 214-215)
- Roman à caractère surnaturel, inspiré d’une fable africaine, constitué d’un long monologue du porc-épic qui relate sa vie comme double-nuisible d’un maître affamé de rancune et de vengeance, le contraignant de faucher quatre-vingt-dix-neuf vies; nombreux retours en arrière sous forme de souvenirs du porc-épic; ellipses afin d’accélérer le rythme de l’histoire; thèmes (p. ex., égoïsme, pouvoir, corruption, magie noire, sorcellerie) permettant au lectorat de réfléchir sur les traditions africaines et la nature humaine.
- Mise en page aérée; œuvre répartie en six chapitres titrés, contenant chacun de nombreux sous-chapitres non titrés; emploi de guillemets et d’italiques marquant les dialogues, les mots prononcés avec emphase, les mots étrangers, les proverbes et les titres d’œuvres; brève biographie et dédicace au début du livre; annexe, liste d’œuvres du même auteur et dans la même collection à la fin; renseignements sur l’auteur et critique littéraire à la quatrième de couverture.
Langue
- Registres soutenu et courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., coltinait, marigot, putride, sinécure) compréhensibles grâce au contexte; registre familier dans quelques séquences dialoguées (p. ex. cul, bordel, merde, putain) renforçant les émotions fortes du locuteur.
- Phrases de longueurs irrégulières et inégales, dépourvues de majuscules et de points, reflétant la nature orale de l’histoire.
« en réalité, et j’ai honte de l’avouer, je ne veux pas disparaître, je ne suis pas sûr qu’il y a une autre vie après la mort, et s’il en existe une autre je ne veux rien savoir, je ne veux pas rêver d’une vie meilleure, le vieux porc-épic qui nous gouvernait avait raison lorsqu’il nous lâchait une de ses pensées dont il appréciait aussitôt l’effet causé dans le groupe […] » (p. 39)
- Procédés stylistiques variés (p. ex., expression imagée, comparaison, périphrase, énumération, personnification) qui permettent de visualiser l’atmosphère africaine et d’apprécier l’ironie de l’auteur.
« […] à me dire que nous creusions notre propre tombe […] » (p. 14)
« […] l’estomac était aussi profond que le puits de leur ignorance […] » (p.20)
« […] l’épisode le plus conté par les bipèdes dotés du verbe […] » (p. 22)
« […] de recenser les animaux qui en veulent au créateur de ce monde, je pense à la pauvre tortue et sa carapace rugueuse, à l’éléphant et sa trompe encombrante, au malheureux buffle et ses cornes ridicules, au crasseux cochon et son groin qu’il fourre dans la vase, au serpent dépourvu de pattes et qui se déplace par reptation, au chimpanzé mâle et ses testicules qui pendouillent comme des gourdes pleines de vin de palme […] » (p. 41)
« […] cette impression que le silence avait ses yeux posés sur moi, des yeux complices du déplacement de mes compères […] » (p. 75)
- Séquences descriptives et narratives, sous forme de longs monologues, qui permettent de situer les lieux, le temps et les événements; séquences dialoguées, permettant de s’immiscer dans l’esprit des personnages, de comprendre les relations qui existent entre eux et de suivre leurs parcours.
« […] le gouverneur en tirait d’ailleurs profit pour nous expliquer que lorsqu’un porc-épic mourait il revenait quelques jours plus tard sous les traits d’un esprit malin parmi ses compères vivants, il devenait géant, avec des piquants dressés, plus longs et plus pointus que les sagaies des chasseurs […] » (p. 70)
« […] Tante Etaleli eut un mouvement de sursaut, se ressaisit à temps pour bredouiller “ Nkouyou Matété, vous avez dit Nkouyou Matété, hein”, demanda-t-elle, “vous avez bien entendu, c’est qui ce type-là, hein, il est très fort, il me voile son visage, je ne peux cependant que déchiffrer son nom, ce type est entouré de plusieurs hommes, ils semblent se disputer, se lancer des menaces de mort”, et Tante Etaleli, sceptique, bafouilla “c’est pas possible que ce soit lui, c’est quand même mon mari, c’est le père de ma défunte fille, vous voulez dire que c’est lui qui, euh, enfin, c’est pas possible, je vous dis qu’il ne peut pas manger sa propre fille, voyons”, ²c’est lui qui a mangé la fille, il est membre d’une association de nuit dans son village Siaki […] » (p. 100-101)
Référent(s) culturel(s)
- Nombreux référents culturels de l’Afrique (p. ex., féticheur, noms de villages, rites).
- Référence à la République démocratique du Congo, pays africain dont la langue officielle est le français.
- Référence aux fables Le rat de ville et le rat des champs et L’hirondelle et les petits oiseaux, de l’auteur français Jean de La Fontaine.
Pistes d'exploitation
- Inviter un membre de la communauté africaine à venir présenter aux élèves les rites, traditions, superstitions et contes oraux issus de leurs souvenirs. À la suite de la rencontre, demander aux élèves de partager ce qu’ils en ont retenu et ce qui les a surpris ou émus.
- Demander aux élèves, regroupés en dyades, de choisir une page dans l’œuvre, puis d’en rétablir la ponctuation normative. Les inviter à projeter le texte au tableau interactif afin d’expliquer au groupe-classe les raisons derrière les choix de ponctuation.
- Proposer aux élèves, réunis en équipes, de mener une recherche sur les rites religieux et superstitieux de certains pays africains. Les inviter à présenter leurs trouvailles au groupe-classe sous forme de présentation multimédia.
- Suggérer aux élèves, regroupés en équipes, de rédiger un court conte d’inspiration africaine qu’ils présenteront à des groupes d’élèves du niveau élémentaire. Leur demander d’ajouter des illustrations au texte, puis les inviter à animer une activité de bricolage ou de dessin auprès de ces élèves à la suite de la lecture du conte.
Conseils d'utilisation
- Accorder une attention particulière au terme débutant en “N” afin de bien encadrer les élèves quant à son emploi injurieux et inapproprié.
- Faire preuve de sensibilité envers la description de nombreux rites africains et des commentaires à l’égard de la culture occidentale blanche.
- Encourager les élèves à lire une autre œuvre du même auteur, soit Demain j’aurai vingt ans, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.
- Encourager les élèves à lire un autre conte africain soit Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces arbres, de Boucar Diouf, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.
Ressource(s) additionnelle(s)
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : Contes du monde entier, Comment la tortue gagna le respect de tous (conte sud-africain).