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L’énigme du retour

Un jeune homme de vingt-trois ans a quitté son pays de façon précipitée. Un homme épuisé y retourne, trente-trois ans plus tard. Le jeune homme est passé de l’étouffante chaleur de Port-au-Prince à l’interminable hiver de Montréal. Du Sud au Nord. De la jeunesse à l’âge mûr. Entre ces deux pôles se trouve coincé le temps pourri de l’exil.

Une nuit, un coup de fil lui apprend le décès de son père à New York. Ce père qu’il n’a pratiquement vu qu’en photo. Cet événement lui fait quitter la baignoire pour prendre la route. D’abord n’importe où, vers le nord; comme un adieu à cet univers de glace qui l’a tenu au frais si longtemps. Puis à New York pour les funérailles de son père, que l’exil avait rendu fou. Et le voici à Port-au-Prince, où il se terre dans une chambre à l’hôtel, n’osant regarder cette ville qu’il a tant rêvée là-bas dans sa baignoire, à Montréal.

Un roman à la forme neuve, originale, qui mêle haïku et narration. Un livre grave, poétique, onirique, réaliste. Le livre d’un très grand écrivain.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

À propos du livre

Contenu

  • Personnage principal et narrateur, Windsor, un écrivain exilé à Montréal, qui retourne en Haïti à la suite de la mort de son père, dans une quête de réconciliation avec son passé, de compréhension de son identité et de paix intérieure.

« Foule dans cette grande église de Manhattan
pour un homme qui a vécu seul
les dernières années de sa vie.
On ne l’avait pas oublié.
Comme il ne voulait voir personne
on a attendu patiemment sa mort
pour lui rendre hommage. » (p. 61)

« Du balcon de l’hôtel
je regarde Port-au-Prince
au bord de l’explosion
le long de cette mer turquoise.
Au loin, l’île de la Gonâve
comme un lézard au soleil. » (p. 79)

« En marchant dans cet univers (la ville, les gens, les choses) que j’ai tant décrit, je n’ai plus l’impression d’être un écrivain, mais un arbre dans sa forêt. Je prends conscience que je n’ai pas écrit ces livres simplement pour décrire un paysage, mais pour en faire encore partie. C’est pourquoi la remarque du vendeur de journaux m’a atteint si fortement. À Port-au-Prince au début des années 70, j’étais journaliste car il fallait dénoncer la dictature. Je faisais partie de la petite bande qui montrait les dents au pouvoir. » (p. 155-156)

  • Personnages secondaires, dont Marie, la mère de Windsor, qui choisit de rester en Haïti au prix de son propre bonheur, pour assurer à ses enfants un ancrage identitaire et culturel solide, son neveu, qui accompagne Windsor dans un voyage vers le Nord, ainsi que plusieurs figures de son passé, qui incarnent les racines, la mémoire et les liens affectifs que le narrateur tente de renouer au fil de son parcours intérieur.

« Mon père a toujours désiré que ma mère le rejoigne là-bas. Malgré sa folle envie de le revoir, elle n’a pas voulu que ses enfants grandissent en exil. Elle voulait nous donner le sens du pays. » (p. 189)

« Je regarde mon neveu en train de déguster des huîtres face à la mer. De temps en temps un camion passe, sans s’arrêter, avec des passagers couverts de poussière. L’impression que dans ce pays on ne passe pas d’une ville à une autre mais d’un monde à un autre. » (p. 235)

  • Roman hybride, à mi-chemin entre le journal intime, la poésie et la méditation existentielle, qui explore la quête de sens et d’appartenance de Windsor à travers un voyage entre mémoire et présent; nombreux retours en arrière qui permettent de mieux comprendre les moments marquants de son passé; thèmes (p. ex., exil, déracinement, rapport père-fils, identité, retour, temps, mémoire) invitant le lectorat à réfléchir aux liens familiaux, à l’importance des racines et à la quête de soi dans un monde en mouvement.
  • Mise en page aérée; texte réparti en deux parties, chacune divisée en chapitres titrés; éléments graphiques (p. ex., guillemets, italiques, parenthèses) facilitant l’interprétation du texte; courtes notes biographiques sur l’auteur au rabat de la première de couverture; liste des œuvres de l’auteur, citation et dédicace au début; table des matières et extrait d’un catalogue à la fin; mention de trois œuvres chez le même éditeur au rabat de la quatrième de couverture du livre.

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex, blafarde, nacre, maquisard, hébétés, nasillarde) généralement compréhensibles grâce au contexte.
  • Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; abondance de courtes phrases déclaratives; texte alternant entre prose déclarative et vers poétiques.

« Je suis donc parti puis revenu. Les choses n’ont pas bougé d’un iota. En allant voir ma mère ce soir, j’ai traversé le marché. Les lampions allumés me donnaient l’impression de cheminer dans un rêve. Une fillette, dans une petite robe de jersey rose, dormait dans les bras de sa mère en train de compter la recette du jour. Cette tendresse qui permet d’accepter tout le reste m’a déjà épuisé et ne tardera pas à épuiser mon neveu. » (p. 140)

« Elles descendent à la file.
Le long des falaises.
Des montagnes de fruits sur la tête.
Dos droit.
Nuque en sueur.
Élégance sous l’effort. » (p. 158)

  • Nombreuses figures de style (p. ex., énumération, métaphore, expression imagée, comparaison, personnification, hyperbole, antithèse) qui donnent vie au texte et enrichissent sa musicalité.

« Je jette, dans une valise, deux ou trois jeans, trois chemises, deux paires de chaussures, quelques sous-vêtements, un tube de dentifrice, deux brosses à dents, une boîte d’aspirine et mon passeport. » (p. 46)

« Sait-elle que le vent a soufflé ces derniers jours devant sa porte jusqu’à emporter l’arbre dont je ne suis qu’une simple branche? » (p. 64)

« Cet homme assis seul,
le dos appuyé contre la barrière,
est vite rejoint par un inconnu
qui lui raconte toutes sortes d’histoires
sans queue ni tête. » (p. 108)

« Pour savoir comment va vraiment la vie, je dois descendre à Port-au-Prince où gigote comme des esturgeons hors de l’eau le quart de la population d’Haïti. » (p. 174)

« La pluie galope vers moi. » (p. 184)

« Il a peint quelques milliers de tableaux et son premier grand roman, Ultravocal, s’est métastasé depuis quarante ans en une trentaine de volumes. » (p. 216)

« Ce n’est plus l’hiver.
Ce n’est plus l’été.
Ce n’est plus le Nord.
Ce n’est plus le Sud.
La vie sphérique, enfin. » (p. 285)

  • Séquences descriptives qui précisent les événements et les lieux visités, tout en mettant en relief les contrastes marquants entre les différents espaces traversés, notamment Montréal, New York et Haïti; séquences narratives qui dévoilent les réflexions et les souvenirs du narrateur, mettant en lumière ses questionnements, ses expériences marquantes et les moments-clés de sa vie; discours indirect rapporté à travers la voix du narrateur, permettant de transmettre les propos des personnages.

« Je vais tête baissée, sous le vent glacial, jusqu’au coin de la rue. Cela fait trente ans que j’arpente cette rue. Je connais chaque odeur (la soupe tonkinoise au bœuf saignant du petit restaurant vietnamien), chaque couleur (les graffitis sur les murs de cet ancien hôtel de passe), chaque saveur (la fruiterie où j’achète des pommes en hiver et des mangues en été) de la rue Saint-Denis. Les boutiques de vêtements ont remplacé les librairies. Les restaurants indiens, thaïs et chinois à la place des bars minables où l’on pouvait passer la journée avec une bière chaude. » (p. 48)

« Des parapluies de toutes les couleurs. Une température si chaude à New York alors qu’on gèle encore à Montréal. […] On se croirait en été. Manhattan sous les tropiques. » (p. 61)

« Assis dans la pénombre du salon avec ma sœur, je regarde ma mère vaquer aux occupations du soir. Elle inspecte la cuisine minutieusement avant d’allumer la lampe qu’elle dépose au milieu de la table. Puis ramasse les restes du repas dans un petit bol en plastique bleu. Elle s’assoit enfin pour manger. C’est son rituel. » (p. 118)

« Je suis absent depuis si longtemps qu’il m’est difficile de me souvenir de tous ces visages qui défilent à toute vitesse devant moi en exigeant d’être reconnus. « Tu ne me reconnais pas? » La honte. « C’est ton cousin qui nous avait présentés, la veille de ton départ. » On s’était donc vus une seule fois, et cela, il y a trente-cinq ans. Je suis seul au milieu de huit millions de gens coincés sur une moitié d’île avec des traits de parenté et de caractère communs qui veulent tous que je les reconnaisse. » (p. 148)

Référent(s) culturel(s)

  • Mention de villes où le français est une langue officielle (p. ex., Montréal, Paris, Port-au-Prince).
  • Référence à des personnalités de la francophonie internationale (p. ex., Aimé Césaire, Émile Nelligan, Gilles Vigneault, Napoléon).

Pistes d'exploitation

  • Proposer aux élèves, regroupés en dyades, de mener une recherche sur l’histoire politique d’Haïti dans les années 1970, afin de mieux comprendre les causes de l’exil du personnage principal et de son père. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe-classe.
  • Suggérer aux élèves, regroupés en dyades, de choisir un passage du roman rédigé sous forme poétique et de le transposer en prose, en rétablissant la ponctuation et en remplaçant les phrases nominales par des phrases complètes comportant des verbes conjugués, au besoin. Animer ensuite une discussion autour des questions suivantes : Quel effet l’écriture poétique produit-elle dans le roman? Pourquoi l’auteur a-t-il choisi cette forme pour raconter son histoire?
  • Demander aux élèves de rédiger un poème court (à la manière d’un haïku ou d’un fragment poétique) qui exprime un souvenir important, une émotion forte ou un moment de retour à leurs racines. Afficher les créations en salle de classe.

Conseils d'utilisation

  • Accorder une attention particulière aux sujets délicats dont on traite dans l’œuvre (p. ex., exil, mort, absence du père, oppression).
  • Inciter les élèves à lire une autre œuvre ayant pour toile de fond Haïti, soit Tout bouge autour de moi, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 5e à 12e année, Série : Immigrados, Ruth : ma famille haïtienne.