Contenu
- Personnage principal, Napoléon, un jeune homme de 17 ans en quête d’identité, qui s’enrôle volontairement à la guerre, puis, alors qu’il est au front, contracte la grippe espagnole.
« Cependant, après trois ans à la fabrique, Napoléon s’est mis à rêver à son avenir, au moment où il laissera l’appartement tassé de ses parents dans Cabbagetown […] Il ne se voit pas, comme les plus vieux de l’usine, passer quinze, vingt ou encore trente ans de sa vie à assembler des landaus. » (p. 20-21)
« Son bataillon, partie du Corps expéditionnaire canadien, commandé au sommet par des généraux britanniques, avait été lancé dans une succession de batailles affreuses et sanglantes. Rien n’aurait pu préparer Napoléon à affronter les horreurs de cette guerre de tranchées avec son lot de morts et de mutilations épouvantables. Même quand l’armée arrachait la victoire à l’ennemi, celle-ci s’avérait une mince consolation à la lumière de son coût en vies humaines. » (p. 30-31)
« Les yeux de Napoléon vont de Julie à Corine. Son travail à l’Hôpital de la base l’a-t-il conduit à nouveau au front? Mais, cette fois, il lutte contre un ennemi encore plus sournois, qui demeure invisible sauf quand il prend possession des corps de ses victimes. Par sa présence même à l’hôpital, Napoléon expose peut-être celles qu’il aime à cette effroyable menace. » (p. 90)
- Plusieurs personnages secondaires entourant Napoléon, dont Corine, sa fiancée, qui travaille dans une usine d’armement, mais qui rêve de devenir enseignante, Ted McKenna, un soldat anglophone de Toronto, qui devient son meilleur ami, et Julie, une infirmière militaire qui lui prodigue des soins.
« Corine se consacre corps et âme à ses études. Elle aurait pu se contenter de travailler dans le magasin général de son père de la rue Queen en attendant de se marier. Mais elle caresse le rêve de suivre une formation d’enseignante, en fait, de retourner à son ancienne école élémentaire. Elle enseignera, soit toute sa vie, ou jusqu’à ce qu’elle se fasse demander en mariage, si jamais… » (p. 13)
« – Frenchy! Help me!
La voix de McKenna tire Bouvier de sa torpeur. Cet appel à l’aide d’un camarade l’emporte sur sa propre détresse. Brusquement, il se lève. À sa droite, au fond d’un cratère creusé par l’explosion, il distingue une large silhouette, enfoncée dans la boue jusqu’à la talle. McKenna se débat pour s’extirper de la boue et de sa force gluante qui le retient comme des sables mouvants. […] Sans hésiter, Napoléon se porte à son secours. […] Les balles sifflent autour de Napoléon qui court vers McKenna. Juste au moment où il atteint le cratère, une brûlure pénible traverse son bras droit.
– Bouvier! crie le colonel Davis qui dirige l’attaque. » (p.. 40)
« – T’es bien fine, Julie.
Les yeux de la jeune femme se lèvent vers le blessé qui étale son plus beau sourire.
– Je prends toujours soin de mes… de mes hommes.
Julie a voulu employer un ton maternel, mais la voix sortie de sa bouche renfermait une tout autre tendresse. Sous l’emprise d’une forte émotion, Napoléon cède à l’impulsion d’ouvrir son cœur. De sa main gauche, il enserre celle de Julie.
– T’es vraiment une femme extraordinaire. Je sens que…
– T’as de la chance, l’interrompt Julie en retirant sa main et se levant brusquement. Il y a un lit vide au fond de la salle. Tu peux y passer la nuit. » (p. 74)
- Récit historique, politique et initiatique qui permet de suivre l’évolution de Napoléon, un jeune francophone de Toronto, au fil de ses combats contre l’ennemi au front en Europe, la grippe espagnole et la francophobie à Toronto; thèmes (p. ex., Première Guerre mondiale, grippe espagnole, identité, discrimination, boxe, amour) susceptibles d’intéresser le lectorat visé.
- Mise en page aérée; œuvre répartie en six parties numérotées et titrées, sous-divisées en quarante courts chapitres; mention de dates pour détailler l’action qui se déroule ce jour-là; éléments graphiques (p. ex., points de suspension, guillemets, italiques) facilitant l’interprétation de l’œuvre; liste des œuvres de l’auteur et dédicace au début; notes de l’auteur où il cite les sources des faits réels de l’œuvre, biographie, table des matières et mention de trois œuvres de la même collection à la fin.
Langue
- Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., tuméfié, paronyme, joufflu, baïonnette, quolibets) compréhensibles à l’aide du contexte; mots du registre familier (p. ex., t’as raison, t’essayes, ma blonde, grouillez-vous) et mots anglais (p. ex., like the dog, this time, home at last) permettant d’illustrer la situation réelle des personnages.
- Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; variété de types et de formes de phrases (p. ex., déclarative, interrogative, exclamative, impérative, négative); courtes phrases lourdement ponctuées, dans les dialogues, traduisant les émotions des personnages.
« Napoléon, stupéfait, sent la chaleur des deux mains de Julie qui ont saisi son poing droit, redevenu momentanément celui du boxeur, tout près de son visage. Ses yeux sortent presque de leurs orbites. Les cinq doigts de sa main droite sont repliés, le pouce aussi, prêt à donner un coup de poing.
« Est-ce que j’aurais pu vraiment la frapper? se demande Napoléon. Je peux pas être rendu si fou que ça! »
Se remettant rapidement de son propre émoi, Julie entoure de ses doigts fins ceux de Napoléon et, sans dire un mot, les libère doucement de leur pose hostile. Son travail accompli, Julie garde la main du soldat dans les siennes pendant quelques secondes. […]
– Dépêche-toi, Napoléon, tu veux pas rater ton rendez-vous. » p. 57)
- Figures de style (p. ex., métaphore, comparaison, hyperbole, antithèse) qui illustrent l’atmosphère dans lequel évoluent les personnages.
« À la paroisse du Sacré-Cœur, elle a découvert un petit îlot de langue française où elle peut se réfugier de la mer anglophone. » (p. 47)
« C’est dur comme de la roche! » (p. 86)
« Lui, qui a côtoyé la mort dans le no man’s land, reste incapable d’imaginer tous les cadavres que la grippe laisse sur son passage. » (p. 93)
« Même dans la froideur de cette journée sombre, il sent une chaleur bienfaisante se diffuser dans son corps. » (p. 107)
- Séquences descriptives, entrecoupées de séquences dialoguées, permettant de se situer dans le temps et le lieu de l’action et de comprendre la gravité de la situation; emploi de procédés littéraires (p. ex., lettres, articles de journaux) contribuant à la vraisemblance de l’histoire..
« Soudain, un bruit sec retentit dans l’air, une première fois, suivi d’une deuxième. Un toussotement dans la chambre voisine! Le soldat et l‘infirmière y découvrent un garçon d’environ sept ans, par terre, à côté de son lit. Sa bouche émet un râle produit par l’aspiration de l’air qui reste bloqué dans sa gorge.
– Vite, amène-le en bas, commande Julie qui descend à la cuisine.
Napoléon se met à genoux et prend le garçon dans ses bras. Le corps frêle ne pèse presque rien. Le soldat dévale l’escalier avec sa charge. À la dernière marche, Julie l’attend avec un verre d’eau. Elle réussit à faire avaler quelques gouttes du liquide au garçon qui n’a toujours pas ouvert les yeux.
– Il est gravement déshydraté, explique Julie, et sa pneumonie a atteint le stade avancé.
Le temps presse, donc d’un pas rapide ils retournent à la voiture et s’installent avec l’enfant sur la banquette arrière. Julie exhorte le chauffeur à se rendre à l’hôpital le plus rapidement possible. » (p. 110-111)
« Dans l’éclairage sombre de sa petite chambre de pension, Napoléon Bouvier feuillette nerveusement le Toronto Star à la recherche du court article qui va sceller son destin. À la page six, le titre de l’éditorial attire son œil : ²Octobre dernier, ce sombre mois².
Il se met à lire :
Parmi les 7 634 personnes qui sont mortes à Toronto l’an dernier, environ 2 700 de celles-ci ont été les victimes de la grippe espagnole et de la pneumonie, et de ce nombre, plus de 2 000 sont mortes au cours de ²ce sombre mois² d’octobre dernier et au cours des deux mois suivants, au moment où l’épidémie de ces maladies a ravagé la ville. » (p. 153)
Référent(s) culturel(s)
- Évocation de quelques référents de la francophonie ontarienne, dont le Règlement XVII et le climat socioculturel de la francophonie du Canada au début du 20e siècle, ainsi que les règles différentes de la conscription au Québec et en Ontario.
Pistes d'exploitation
- Demander aux élèves, regroupés en équipes, de relever dans l’œuvre les extraits qui illustrent la situation des Torontois francophones au début du siècle dernier et de comparer cette situation à celle d’aujourd’hui à l’aide d’un outil organisationnel. Jumeler les équipes, puis leur demander de présenter leur travail aux membres de leur groupe.
- Proposer aux élèves, réunis en équipes, de relever des extraits du roman qui rendent compte des mesures de sécurité qui ont été imposées ainsi que des soins de santé qui étaient prodigués aux personnes atteintes de la grippe espagnole après la Première Guerre mondiale. Ensuite, leur faire mener une recherche sur la grippe espagnole de 1918 et du coronavirus de 2019 en tenant compte de critères particuliers (p. ex., origine du virus, symptômes, groupes d’âge affectés, taux de mortalité, mesures mises en place). Leur demander de comparer la façon dont le Canada a géré ces deux pandémies, tout en en soulignant l’impact sur la société. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leurs trouvailles au groupe-classe.
- Suggérer aux élèves, regroupés en dyades, de choisir des événements, des référents culturels ou des lieux mentionnés dans le roman (p. ex., Vimy, Cabbagetown, le régiment des Highlanders, Passchendaele, Le Devoir, le Globe and Mail, le Règlement XVII, la prohibition), de faire une recherche à leur sujet, puis de créer des capsules d’information brèves (p. ex., sous la forme de « Saviez-vous que… ». Les inviter à publier ces capsules dans le journal ou sur le site web de l’école.
Conseils d'utilisation
- Avant la lecture, présenter les faits historiques, dont le Règlement 17 et ses effets sur l’enseignement du français.
- Revoir l’apport des Canadiens français à la Première Guerre mondiale.
- Consulter la fiche pédagogique disponible sur le site du Regroupement des éditeurs franco-canadiens.
- Inciter les élèves à lire d’autres romans du même auteur, tels que Les guerriers de l’eau, Le pari des Maple Leafs, Le sortilège de Louisbourg et Une tournée d’enfer, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.
Ressource(s) additionnelle(s)
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : Raconte-moi la Grande Guerre, Le Canada dans le conflit; Les origines.
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 10e à 12e année, Série : La grande explication, L’armistice de 1918.
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : Sciencible, Aux frontières du vivant.
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : Un monde sans…, Un monde sans microbes.
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 5e à 12e année, Série : Corpus – au coeur des organes, L’immunité adaptative.
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : On n’est pas que des Cobayes, Boxe ou Karaté, qui a la meilleure droite?