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Le soleil du lac qui se couche

Une jeune étudiante manitobaine de vingt ans, Angèle, rencontre Ueno, qui fait le triple de son âge. La culture et la sagesse de cet homme l’attirent et la rendent amoureuse de lui. Ueno habite une cabane au bord d’un lac et c’est là qu’Angèle vivra des moments privilégiés de spiritualité qui l’aideront à mieux comprendre son rôle professionnel et social. La relation entre ces deux êtres, bien que brève, sera intense et permettra à Angèle de se réaliser sous tous les aspects de sa vie de femme et de mieux apprécier ses origines métisses.

À propos du livre

Contenu

  • Personnage principal et narratrice, Angèle, métisse et future étudiante en architecture, qui fera la rencontre d’Ueno, un professeur d’université d’origine japonaise, à qui elle devra son apprentissage de la vie.

« Normalement j’aurais été un peu gênée et j’aurais baissé les yeux. Car personne auparavant ne m’avait appelée Métisse sans provoquer chez moi un sentiment de honte. » (chap. 17)

« Il était venu me prendre à Winnipeg, puisque je n’avais pas les moyens de me rendre à Thompson sauf en autocar. […]
Je retiens deux choses du début de ce voyage. D’abord, il m’a remis un exemplaire de ses poèmes. Et deuxièmement, en passant par le village de Saint-Laurent, il a dévié jusqu’au lac Manitoba.
– C’est un peu ton pays, a-t-il dit.
Il y a là une belle petite communauté métisse, peut-être la plus importante au pays. […]
Wabi-sabi, disait-il. La beauté dans la pauvreté.
Ce que je suis venue à apprécier surtout, c’était le parler des Métis du coin : le mitchif, du français où se mêlait de l’ojibwa ou du cri, et parfois un peu d’anglais. J’ai appris qu’ils ont longtemps eu honte de parler leur langue, qu’ils ont dû lutter contre l’éducation ²française² qu’ils recevaient des congrégations. J’aimais leur façon d’assouplir les mots et les expressions et de chantonner les phrases. » (chap. 91)

  • Personnages secondaires, dont Aron, un artiste et ancien amoureux d’Angèle, avec qui il est demeuré ami, Sara, la sœur d’Aron, pressière et amie d’Angèle, Frank, le propriétaire de l’atelier Rinella, un Italien fort apprécié d’Angèle, Ueno, un poète d’origine japonaise, homme sage, qui entretient une relation amoureuse avec Angèle.

« Je pense souvent à Aron. Nous sommes demeurés de bons amis. J’aime les gens qui s’abandonnent à leur passion.
Nous étions fous l’un de l’autre. Je me souviens que nous nous sommes à peine quittés tout au long de ces mois.
J’ai compris depuis qu’il y a une perfection dans la relation des êtres qui s’aiment. Elle relève du temps et des circonstances, et leur bonheur n’est pas attaché à une permanence. » (chap. 29)

« Sara avait six ans de plus que son frère. Elle était pressière dans l’atelier Rinella à Saint-Boniface. J’ai développé une aussi bonne amitié avec elle qu’avec son frère. Elle m’avait acceptée tout de suite quand Aron m’avait présentée. » (chap. 38)

« Frank était un petit Italien parfois sérieux, mais toujours jovial et accueillant. Sa voix rauque me plaisait. Il conservait toujours au sous-sol quelques cruches de vin maison. » (chap. 39)

« Ueno portait un t-shirt marron, une vieille veste en lin kaki décolorée, des jeans et ses bottes de travail.
Il m’a serré la main de telle façon que j’en ai perdu le souffle. » (chap. 77)

« Il me semblait qu’il méritait un certain respect, qu’il correspondait à ce que les Japonais appellent un « Trésor National vivant ». » (chap. 90)

  • Roman mettant en scène une relation amoureuse entre un homme et une femme séparés par de nombreuses années, explorant le monde artistique et la découverte de soi; thèmes variés (p. ex., amour, honte, beauté, art) susceptibles de piquer la curiosité des lecteurs et de susciter des discussions.
  • Mise en page simple, non paginée, divisée en 164 micro-chapitres numérotés qui contiennent un fragment des souvenirs de la relation de la narratrice avec le poète Ueno Takami; fréquents sauts de narration, soit un saut dans le temps, soit un retour en arrière; éléments graphiques (p. ex., notes de bas de page, italiques pour accentuer certains mots provenant de diverses langues, dont le japonais, l’anglais et le latin, pour identifier un titre ou pour indiquer qu’il s’agit d’un poème ou d’un chant, chevrons pour accentuer les mots ou les expressions rapportées, points de suspension pour indiquer la réflexion ou l’incertitude) facilitant l’interprétation de l’œuvre; préface et vers de l’auteur au début; biographie, liste des œuvres de l’auteur, bibliographie critique sélective et table des matières à la fin; extrait de la préface à la quatrième de couverture du livre.

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., lacis, folâtre, sismographiques, apitoiement, ivraie), mots japonais (p. ex., tobiko, torigai, ikura, ikebuna, shakuhachi) et mots autochtones (p. ex., papoose, michif, Manitou, shaman) compréhensibles à l’aide du contexte.
  • Nombreuses phrases de bases, certaines phrases transformées et à construction particulière; abondance de phrases déclaratives témoignant des souvenirs auxquels fait allusion la narratrice; quelques phrases interrogatives et exclamatives.

« En marchant dans les rues ensoleillées du quartier Exchange, près de la Main, je n’ai pu m’empêcher de penser à ma mère qui nous baladait ma sœur et moi non loin de là, lorsque nous étions toutes jeunes. En poussette, à bicyclette ou à pied, selon l’âge. » (chap. 11)

« J’aime bien l’automne lorsque les couleurs tournent avec les saisons. Mais j’apprécie tout autant ce début de printemps au Manitoba. Ça reprend où l’automne a cessé, en plus nu. En plus désolé, pour moi, sans sentiment d’accablement. C’est comme s’il y avait une éclaircie dans les arbres. On voit plus. On voit plus loin. Les oiseaux de passage ne sont pas camouflés. Il y a une espère de grand vide en attente. Une sorte de souffle qui commence. » (chap. 66)

« – Mon rêve! Mon rêve! criait-elle tout excitée. » (chap. 125)

« – C’est quoi ça? a-t-il dit en essayant de fixer son regard en déplaçant la tête. » (chap. 136)

  • Figures de style variées (p. ex., comparaison, énumération, métaphore, personnification, hyperbole) permettant de mieux visualiser et d’apprécier le style de l’auteur.

« Je m’éveillais et mon regard – je semblais être tout entière dans mon regard – s’approcha comme un téléobjectif de ces petites cloches de cristal rose et soudain j’ai reconnu que j’étais étendue sous un magnifique cerisier en fleur parmi toute cette tapisserie de verdure. » (chap. 50)

« Il y a beaucoup d’arbres à Winnipeg, mais en l’absence de passants, ce sont les édifices, et les rues, et les terrains vagues, et les aires de stationnement qui attiraient mon attention. » (chap. 58)

« Moi, je m’assois quelques minutes avant d’aider Aron à démanteler cette merveilleuse forêt rescapée des flots de la mortalité. » (chap. 134)

« – D’ailleurs, l’hiver, disait Ueno, ce n’est qu’un impromptu qui se fait trop d’habitudes. » (chap. 147)

« On dit que l’œuvre composée était si parfaite qu’on oubliait les traces d’encre et qu’on croyait voir le grand Vide. » (chap. 157)

  • Séquences narratives et descriptives qui permettent de connaître davantage les événements dont se remémore la narratrice; séquences dialoguées révélant les traits de caractère des personnages et permettant d’aborder les questions d’art et d’identité.

« Ce matin-là aussi je me suis habillée rapidement. C’était contraire à mes habitudes. D’autant plus que j’avais quelques jours de congé. Il y a un côté organisé chez moi, mais d’ordinaire je traîne.
Y ayant tant songé, j’ai décidé d’y remettre les pieds. Je me suis dirigée vers Central Park.
Je n’étais pas pressée, mais c’était… comment dire?
Comme si j’avais une mission. » (chap. 13)

« C’est un coin de pays plutôt appauvri, on passe dans la nature sauvage et près de quelques réserves cris et ojibwas. On voit tout ce qu’on a fait au pays et au peuple. Petit à petit le paysage du Nord prend de l’envergure, l’épinette noire, et la blanche s’imposent, du tremble et du bouleau se mêlent à du pin gris et du mélèze, ce merveilleux conifère qui, comme je l’ai appris depuis, devient doré à l’automne, le seul de son espèce à perdre ses aiguilles en hiver. » (chap. 95)

« – C’est un poème classique de la nouvelle littérature japonaise. C’est là tout le poème. Un seul vers : “Comme un vieux chêne”.
– Une comparaison avec quoi? Avec rien?
– Voilà sa beauté. Il y a bien sûr des foules de références anciennes imaginables. Mais ce vers demeure mystérieux, puissant, enraciné dans l’indicible. Et malgré toutes les références passées et ses interprétations possibles, c’est l’actualité du chêne qui domine. Ce vieux chêne est toujours présent. Au fond, malgré sa symbolique évidente, c’est une ouverture. » (chap. 141)

« – Qu’as-tu? ai-je dit bouleversée.
– Je vais mourir.
Mystérieux, il était aussi direct.
– Mais non!
– Mais oui. » (chap. 150)

Référent(s) culturel(s)

  • Référence à la vie des Métis au Manitoba (p. ex., mode de vie, dialecte michif influencé par le français, défis identitaires et sociaux).
  • Référence à des artistes et à des penseurs français (p. ex., Brancusi, Simone de Beauvoir, Sartre, Scarlatti, Henri Matisse, Baudelaire).
  • Référence à la francophonie et à l’insécurité linguistique en milieu minoritaire.

Pistes d'exploitation

  • Proposer aux élèves, réunis en dyades, de rechercher des compositions musicales mettant en valeur le shakuhachi. Faire écouter une pièce au groupe-classe, puis demander aux élèves de s’en inspirer pour rédiger un court texte poétique. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe-classe, accompagné de la musique.
  • Faire remarquer aux élèves que les dernières phrases des chapitres sont souvent porteuses de messages philosophiques (p. ex., « – Au fond […] il n’y a pas vraiment de bon et de mauvais goût, il n’y a que le goût qui doit être aiguisé comme son esprit. Le goût est une guerre. » (chap. 105); « Inspiration et expiration : un seul et même mouvement. Qui y participe n’aspire à rien d’autre. » (chap. 120); « – La tristesse est la condition ineffable de l’univers. Pourtant nous sommes appelés à être heureux. Nous sommes des êtres de joie. C’est là que réside la contradiction des apparences. » (chap. 151). Inviter les élèves, regroupés en équipes, à échanger sur le sens qu’elles et ils y donnent en se basant sur l’histoire d’Angèle et sur leur propre vie.
  • Inviter les élèves à suivre le processus d’analyse critique pour apprécier l’œuvre qui figure sur la page couverture : Émergence, par Lorraine Pritchard. Cette œuvre explore les concepts de l’écriture, de l’imprimerie et de la nature, des thèmes récurrents dans le roman. Suggérer aux élèves, réunis en équipes, d’établir des liens entre le titre de cette œuvre, le titre du roman et le thème de l’émergence d’Angèle, à l’aide d’un outil organisationnel. Animer une mise en commun afin de leur permettre de faire part de leur travail au groupe-classe.
  • Présenter aux élèves le concept d’art éphémère, puis les inciter, regroupés en dyades, à concevoir une œuvre éphémère qui reflète leurs valeurs fondamentales. Organiser une exposition des créations avant qu’elles ne disparaissent.

Conseils d'utilisation

  • Conscientiser les élèves aux termes erronés et parfois blessants utilisés au sujet des Autochtones (p. ex., file indienne, Indien, Indien d’Amérique, musique aborigène).
  • Accorder une attention particulière au sujet de la sexualité telle que présentée dans l’œuvre (p. ex., relation sans attache, description d’un pénis, relations sexuelles, contraception).
  • Accorder une attention particulière aux sujets délicats présentés dans l’œuvre (p. ex., mort, honte, insécurité linguistique).
  • Inviter les élèves à lire la biographie J’ai fait ma chance, d’Annette Saint-Pierre, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série: Hors QuébecLes métis de St-Laurent au Manitoba; Drapeau métis, symbole de l’infinité.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série: 180Parler de son identité.