Contenu
- Personnage principal, Catherine Rhymer, professeur de littérature qui, troublée par des trous de mémoire, des rêves et des visions étranges, doit échapper aux forces de l’ordre de l’Enclave de Montréal et de Quebec-City pour se réfugier chez les Sags dans le Grand Nord.
« Christine s’assit en face d’elle. ″Ça ne va vraiment pas, hein?″ dit-elle avec douceur au bout d’un moment.
Catherine n’essaya même pas de dissimuler : ″Non.″ Mais comment expliquer, par où commencer? Elle se sentait perdue. ″J’avais oublié la mort de Papa. Vraiment oublié. Censure totale.″ […]
″Et puis j’ai des visions. Des visions… bizarres. » (p. 160)
« ″Qu’est-ce qui se passe?″ crie-t-elle, le souffle coupé, en essayant de remettre ses lunettes en place sur son nez. Mais les soubresauts de la voiture l’en empêchent. À travers les rugissements du moteur, elle distingue un hululement de sirène, une lumière rouge puis bleue gicle dans la voiture, par l’arrière. Catherine se retourne, aperçoit une masse sombre surmontée d’un gyrophare, puis une rafale de neige lui dérobe de nouveau la voiture de police qui les suit.
″On n’est plus très loin de la frontière, dit la voix de Joanne Nasiwi, très calme. ″ » (p. 246-247)
- Nombreux personnages secondaires qui gravitent autour de Catherine, dont ses amis Christine, Dominique, Charles-Henri et Antoine, qui l’aident à fuir la force publique, Joanne Nasiwi, une jeune femme agente du Nord d’origine montagnaise, qui l’accompagne dans son périple vers le territoire des Sags, et Athana, une enfant-fée qui la suit dans un univers où se chevauchent le réel et l’imaginaire.
« Charles-Henri, Antoine, Dominique… Christine! Mes meilleurs, mes seuls amis, et impossible de parler avec eux! Pas parce que je ne voulais pas : parce qu’ils ne pouvaient pas! » (p. 186)
« J’en suis restée sans voix. D’une certaine façon c’est pourtant un argument. Charles-Henri et Antoine sont du même côté – plus ″politique″, si un tel terme a encore un sens ici –, mais Charles-Henri est plus ″pacifiste″ qu’Antoine; Christine est plus ″mystique″ que Charles-Henri, et Dominique essaie avec difficulté de concilier sa foi catholique et ses sympathies pour le Nord : ils manquent en effet d’unanimité! (p. 190)
« ″Joanne tient à vous, en tout cas. Vous et vos visions uniques. […]
– Elle travaille pour le Nord, non?″
Un petit rire amer : ″Elle travaille pour elle. Quelquefois, ça coïncide avec l’intérêt du Nord. On ne sait jamais à quelle Joanne on va avoir affaire. Elle a un doigt dans toutes les organisations clandestines, à droite, à gauche, au centre, à côté, en travers! ″ » (p. 306-307)
« C’est la fillette du début, celle du Jardin botanique, l’enfant-fée dans le rêve du Jardin paisible. Athana, Italie, l’ultime réaction du nuage à ses visiteurs. Née en quelque sorte de trois parents, elle a pourtant composé ses noms de fragments seulement communs à ″Talitha″ et ″Catherine″. (p. 531)
- Roman uchronique situé dans un monde parallèle de l’Amérique du Nord, où subsistent trois zones francophones, soit la Louisiane, l’Enclave de Montréal et le Royaume des Sags (inspiré de la région du Saguenay) et dans lequel Catherine, sujette à de mystérieux rêves et pertes de mémoire, navigue entre conscience et hallucination; intrigue qui oscille entre deux réalités, celle de la Catherine « réelle » et celle de ses visions, brouillant les frontières du réel et questionnant l’état psychologique du personnage principal; thèmes (p. ex., rêve, philosophie, créationnisme, francophonie) aptes à intéresser le lectorat visé.
- Mise en page simple; œuvre répartie en quatre parties, divisée en 57 chapitres numérotés, mais non titrés; utilisation fréquente de l’italique, dans l’ensemble de l’œuvre, pour traduire les sauts entre la réalité et les illusions de Catherine, ou encore ses notes dans son journal personnel; éléments graphiques (p. ex., tirets, guillemets, italiques, points de suspension, majuscules, acronymes) qui facilitent la compréhension de l’œuvre; liste des œuvres de l’autrice, table des matières, repères bibliographiques, dédicace et prologue en début de livre; remerciements, description de l’autrice et de ses accomplissements, ainsi qu’une liste de livres des collections « Roman » et « Nouvelles » de la même maison d’édition à la fin du livre.
Langue
- Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., trirème, élytres, entomologiste), expressions plus recherchées (p. ex, se jeta en roulé, œuvres mises à l’Index, vivre à la dure) et vocabulaire explorant les idées abstraites propres à l’univers de la science-fiction (p. ex., hyperceptions, sublimation, pastille radioactive, constante de Planck) compréhensibles grâce au contexte; utilisation de mots, d’expressions et de phrases en anglais (p. ex., Police, Freeze!, Excuse me…sorry…I’m late…, Don’t ask me to agree with you!) contribuant à la vraisemblance des personnages.
- Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; syntaxe parfois complexe, qui dépeint les pensées confuses du personnage principal; nombreuses phrases interrogatives et exclamatives dans les réflexions et les dialogues illustrant le désarroi et le questionnement constant de Catherine; emploi du présent et du passé composé de l’indicatif dans les dialogues, du conditionnel présent dans les passages décrivant les rêves de Catherine et de l’imparfait et du passé simple dans les séquences narratives, qui enrichissent le texte et ajoutent à sa complexité.
« Je les aplatirais à la main, avec la sensation agréablement moite et tiède de la terre contre mes paumes, sous mes ongles. Je creuserais, dans une odeur fertile. Il n’y aurait pas de vers. Pourtant, plus je descendrais, plus cette terre serait habitée : il s’y ouvrirait des tunnels. Minuscules? Gigantesques? Je ne saurais pas quelle est ma taille, je n’aurais plus de points de référence, mais je pourrais m’y glisser… non y marcher, debout. » (p. 101-102)
« Bon, voilà au moins un point éclairci. Catherine sourit : ″Non. Quel âge as-tu, Athana?
– Je ne sais pas.″
Pas tout à fait inattendu. ″Est-ce que tu habites dans l’Enclave?″
De nouveau le bref étonnement intéressé.
″L’Enclave. Là où nous nous sommes rencontrées hier soir? Tu vis là?″ ″Habiter″ n’était peut-être pas indiqué, si c’était une vagabonde…
″Non.
– Où vis-tu? Où restes-tu, d’habitude?
– Partout.″ » (p. 132)
« Une distante curiosité palpita de nouveau en elle. Pas de fils apparents. Comment les boules tenaient-elles en l’air? Et en tournant, en plus. Un hologramme animé. On avait des hologrammes de cette perfection ici? Encore cet ″ici″! Ici par rapport à quel ailleurs? Comme dans le rêve, tiens, où elle se disait qu’elle était ″passée de l’autre côté″, mais de l’autre côté de quoi, par rapport à quel autre bord? » (p. 167)
« Catherine serra plus fort les paupières pour retenir les larmes inattendues. Pas pleurer. C’est la fatigue. Mais la question gonflait dans sa tête, une prolifération anarchique qui dévorait les derniers lambeaux de rationalité. Quand suis-je moi, c’est quoi moi? Comment choisir dans mes souvenirs, vrais, faux, douteux? Suis-je allée en France en mai dernier? Suis-je jamais allée en France? Est-ce que la France existe? Est-ce que mon père est mort, en mai dernier, est-ce que j’ai eu un père, une mère, un ex-mari en Louisiane, est-ce que la Louisiane existe, ou le reste du monde? […]
Avec des mains tremblantes, elle chercha son sac, son portefeuille […] » (p. 310-311)
« Ses créations humaines ont en quelque sorte sucé le mythe personnel de l’entité avec le lait bleu de leur génitrice : la Divinité endormie qui a créé le monde dans son sommeil, les Enfants qui doivent la réveiller pour lui donner son nom, et alors le monde existera pour de bon. » (p. 528)
- Nombreux procédés stylistiques (p. ex., antithèse, énumération, métonymie, répétition, métaphore) qui enrichissent le texte.
« […] toutes ces reliques d’une famille de grands bourgeois lentement tombés en décadence, oh qu’elle les aimait, qu’elle les haïssait, toutes ces choses aussi familières que sa peau […] » (p. 095)
« S’habiller, lunettes, gros pull-over, chaussettes, pantalon, bottes, parka de ski, gants et bonnet de fourrure. » (p. 193)
« Presque une heure qu’ils étaient sortis de Québec par la 115, et ils avaient à peine dépassé Charlesburg, où s’arrêtait l’autoroute à quatre voies. » (p. 229)
« […] le rugissement soudain du moteur, l’accélération, une voix à l’avant, un grognement rythmé qui est peut-être ″allez, allez, allez″, la voix de Joanne Nasiwi encourageant sa monture, la créature de ferraille et de plastique dans le ventre de laquelle ils sont enfermés. » (p. 247-248)
« Elle a posé une main sur la gorge de Max, sous la parka, elle a la tête un peu penchée sur le côté, comme si elle écoutait. De sa voix claire, parfaitement audible malgré le vent, elle dit : ″Il va partir.″ » (p. 252)
- Séquences descriptives et narratives, entrecoupées de séquences dialoguées, qui permettent de s’immiscer dans l’esprit de Catherine et aident à comprendre ses émotions, ses états d’esprit ainsi que ses relations avec les autres personnages; ajout de certains procédés littéraires (p. ex., entrées de journal, poème) qui enrichissent le récit.
« Après quelques pages de forêts d’arbres bizarres qu’elle ne reconnaissait pas, presque jointifs le long d’un fleuve huileux encombré de bancs de sable, elle s’arrêta de nouveau avec le même pénible sentiment de familiarité. Un château fort… non, un palais ou un temple fortifié sous la neige, vaguement tibétain avec ses hauts remparts, ses niveaux multiples, ses tourelles et ses clochetons découpés en ocre et rouge sur le bleu profond d’un ciel de haute altitude. Et enveloppé d’un léger brouillard en halo qui dessinait une coupole presque transparente.
[…]
Sarah se pencha, lui retira le livre des mains, alla le replacer dans son armoire qu’elle referma à clé.
″Bref, ma vision n’est vraiment pas du tout normale″, dit Catherine, en surveillant la jeune femme – aussitôt étonnée, atterrée, de sentir qu’elle la surveillait. Que lui arrivait-il? Sarah était son médecin depuis cinq ans, presque une amie!
[…]
Catherine répéta d’un ton neutre : ″Des autres mondes. Imaginaires.
– Eh bien, c’est difficile à vérifier, n’est-ce pas? Mais vous, c’est clair, ce sont les Catacombes, Paris. À ce que je sache, ce n’est jamais arrivé.″
″ Difficile à vérifier″! Catherine ravala sa stupeur devant la désinvolture avec laquelle Sarah traitait un point pourtant capital. […]
Après? Après quoi? Exaspérée, Catherine ne se retint plus : ″Qu’est-ce qui s’est passé le printemps dernier?″
Les yeux de Sarah s’agrandirent : ″Vous avez oublié? dit-elle avec lenteur. La mort de votre père?″
Alors, c’était ça, en réalité, ″être pétrifiée″? Avoir peur de bouger parce que si on bouge, même un cil, on va s’émietter? Au bout d’une éternité, Catherine se remit à respirer. Non, elle ne se cassait pas en mille morceaux. Mais la poitrine lui faisait mal, une barre sous les côtes, comme si elle avait reçu un coup. » (p. 086-088)
« 26 décembre.
Presque trois heures du matin, mal de tête lancinant, lucidité presque aussi douloureuse. L’ordinateur de Dominique est dans sa chambre, impossible de l’utiliser à cette heure-ci pour mettre mon journal à jour, seulement quelques feuilles de papier dans mon sac, résumons. » (p. 185)
« D’un pas distrait, dans l’allée pavée de dalles disjointes, elle revient près de la grande fontaine, des vasques rondes disposées comme des pétales de fleur. Elle s’assied, tous ses muscles roulent avec précision sous sa peau, une sensation agréable. Elle tend la main vers la surface de l’eau, se ravise : au fond de la vasque, un mouvement furtif a attiré son attention. Elle se penche pour essayer de voir les énormes carpes centenaires dont ils lui ont parlé, mais c’est son image qui la regarde, découpée sur le reflet inversé du ciel. » (p. 235)
« Enfin l’éclair
Reflet même du silex
Tout se condense
Point de chagrin
Aucune humeur convulsive
Nos pas définissent la sagesse
Enfants du temps fictif
Nous sommes infinis chauds et irradiants. » (p. 560)