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Montcalm et moi

Mireille Devers écrit un troisième roman qu’elle juge déterminant pour elle et dans lequel elle veut ramener le fantôme du général Montcalm afin de lui soutirer des trésors d’enseignement enfouis depuis plus de deux siècles.

Louis Joseph, marquis de Montcalm et seigneur de Candiac, qui a dirigé les troupes françaises sur les plaines d’Abraham, était pourtant en position de force en ce 13 septembre 1759. Surpris par les Britanniques, il aurait, contre toute attente, appuyé sur la gâchette trop rapidement, scellant le sort de la Nouvelle-France en moins de trente minutes. Si seulement il avait hésité un peu, se demande Mireille, peut-être ne serions-nous pas condamnés depuis à osciller à jamais entre le oui et le non, le français et l’anglais, les réductions d’impôt et le consensus social, Montréal et les régions…

En progressant dans son travail d’écriture, Mireille se verra confrontée à ses propres hésitations alors que sa vie et son parcours social - impeccables jusque-là - effectuent un changement de cap imprévu.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

 

À propos du livre

Contenu

  • Un personnage principal, Mireille, romancière en instance de divorce qui tente de refaire sa vie, entouré de personnages secondaires dont David et Jacques, bien définis par les liens qu’ils entretiennent avec Mireille.

    « Crispée sur son ordinateur, la tête penchée vers l’avant en équerre, Mireille releva les yeux sans bouger en haussant les sourcils pour mieux apercevoir le Saint-Laurent par la fenêtre située devant elle. "Un éternel recommencement…", répéta-t-elle intérieurement. » (p. 9)

    « Le front haut et fier, le nez droit et très présent dans son visage, ses lèvres pulpeuses […] ses yeux au fond desquels il était aisé et si attirant de se perdre, et sa présence physique qui comportait […] une zone de confort comme s’il avait trimbalé une aura apaisante où il l’installait dès qu’il posait les yeux sur elle. » (p. 95)
     

  • Intrigue parsemée d’évocations de moments passés permettant de comprendre l’évolution intérieure de Mireille tout au long des péripéties.

    « Voilà que Charlevoix ne parvenait plus à la satisfaire. Elle avait même surpris, lorsqu’elle avait ordonné à son esprit de se concentrer devant son ordinateur, des images nostalgiques de Toronto qui étaient remontées à la surface de sa conscience et l’avaient contraintes [sic] à s’éloigner de sa table de travail avec horreur face à ces souvenirs d’une ville qu’elle avait pourtant abandonnée avec soulagement. » (p. 160)
     

  • Séquences descriptives et dialogales permettant de se situer dans le temps et le lieu de l’action, de camper l’atmosphère et de s’immiscer dans l’esprit et l’imaginaire des personnages.

    « – Je m’apprête à partir mais je ne veux pas le faire avant d’avoir eu une franche conversation avec toi, dit-il posément. Elle fronça les sourcils sans rien dire, ce qui donna à David l’impression confuse qu’elle se cuirassait contre sa suggestion.
    – Mireille, j’ai des choses à te dire. Tu n’es pas obligée de me parler mais moi, je dois le faire.
    Comme elle ne répondait toujours pas, il ajouta :
    – Je n’ai pas l’intention de partir avant d’avoir dit ce que j’ai à dire. » (p. 82)

    « Au fond, une cheminée noircie, véritable bouche béante figée dans une grimace qui ressemblait à un commentaire sur l’état des lieux. Quelques fenêtres hautes aux carreaux grisâtres éclairaient péniblement l’endroit. Sur le mur opposé à la cheminée se trouvait un petit lit de camp sans couvertures ni oreillers. » (p. 202)
     

  • Narratrice omnisciente permettant au lectorat de connaître les sentiments et les réflexions des personnages au fil de l’intrigue, ce qui ajoute une dimension intime à l’œuvre.

    « Mireille jeta un coup d’œil à la petite plaie de son pouce […] Le rouge vif et l’écorchure trahissaient ses angoisses et lui semblèrent détonner chez une femme d’âge mûr. Elle aurait dû abandonner cette pratique d’automutilation depuis longtemps et se promit de ne plus jamais y recourir. » (p. 229)

    « Ils utilisèrent le silence qui suivit pour remettre les bibelots de leurs vies respectives en place. John avait perdu son meilleur ami, et Elizabeth, son mari. Et voilà que même les grands avocats de Toronto pouvaient tout plaquer lorsqu’il le fallait. Peut-être que les romancières de campagne, si tartes soient-elles, n’avaient pas tout à fait tort de repartir à zéro? » (p. 245)
     

  • Narrateur participant dans les bribes du roman qui portent sur Montcalm, que le personnage de Mireille livre de façon sporadique et où Montcalm, de sa tombe, réfléchit tout haut sur sa mort.

    « Mais je vous ai déjà parlé de ma sépulture peu glorieuse. Une forme d’abandon, si l’on veut, dont il est impossible de se relever… C’est comme de s’avouer vaincu pour la seconde fois. » (p. 79)

Langue

  • Registre courant dans la narration, parfois familier dans les dialogues; emploi occasionnel du jargon du monde de l’édition et du monde interlope pour bien illustrer la situation et les personnages.

    « – Tu comprends, c’est un grand avocat de Toronto. Et le document que je dois faxer pour lui, eh ben… » (p. 15)

    « Elle soutint son regard même si les paroles qu’elle venait de prononcer lui parurent détonner indûment d’avec la douceur de ses réminiscences. Pour s’en disculper et se justifier, elle commanda à son esprit de lui projeter les images du vilain David complice de John, au lieu de quoi elle revit le David blagueur, le David attentif, le David galant et courtois, le gentleman qu’il avait toujours été. » (p. 84)

    « – […] As-tu déjà entendu parler du MacMillan Prize de New-York? […]
    – C’est un concours destiné aux premiers ouvrages. La maison a choisi d’y inscrire ton livre. Tu seras notre cheval de Troie aux États-Unis! […]
    – Bien entendu, il faut d’abord te traduire… » (p. 98)

    « – Ah ben! c’est l’boutte d’la marde! S’rais-tu en train de mordre la main qui te nourrit, toé? Qui c’est qu’y’avait besoin d’coke pour une armée l’aut’ jour, hein? Pis qui c’est qui qu’y’en a fourni un char? » (p. 209) 
     

  • Emploi de l’italique  pour marquer, entre autres, les séquences du roman en gestation, et figures de style (p. ex., métaphore, hyperbole, personnification, antithèse) qui traduisent les sentiments des personnages.

    « Jacques passa machinalement une main sur son crâne dégarni, guettant l’ironie dans le comportement du serveur, qui lui sembla pourtant plus préoccupé par l’abondance de clients dans le restaurant que par l’absence de cheveux sur sa tête. » (p. 17)

    « …mais elle avait aussi cherché à s’approprier David, admit-elle en fixant aveuglément l’horizon par la fenêtre et en ressentant une douleur à l’estomac, comme si on lui avait tordu le cœur à deux mains pour en essorer tout le sang. » (p. 76)

    « Il s’y connaissait en intrusions, lui qui avait dû porter les envahisseurs sur son dos jusqu’à Québec puis, de là, à Montréal. » (p. 83)

    « Face à la fin de non-recevoir du gouverneur en ce 13 septembre 1759, mon immobilisme, mon laisser-faire et ma paralysie malavisée jusque-là me sont remontés au visage. » (p. 144)
     

  • Vocabulaire riche et précis lié à divers sujets, dont la détermination et la quête de la vie nouvelle.

    « À force de solitude, recluse dans son auberge, elle s’était fait des idées, s’était prise au jeu de la fiction. Sa fiction de femme-en-voie-de-divorce-qui-peut-se-débrouiller-dans-la-vie. Qui va lui montrer, à son ex, à son patron, à son voisin, à son banquier, comment on refait sa vie comme une grande. » (p. 59)

    « À cet instant précis, tout lui sembla baigner dans sa lumière réchauffante. "C’est ma vraie vie qui commence. Celle qui va vraiment avec moi", pensa Mireille, dont le regard se tourna vers la fenêtre à temps pour apercevoir deux traces dans le ciel, longues, immenses, laissées par des avions. Deux traces en forme de V. » (p. 129)

Référent(s) culturel(s)

  • Évocation de plusieurs référents de la francophonie canadienne, dont la bataille sur les plaines d’Abraham du point de vue de Montcalm et la situation des francophones au Canada découlant de cet événement historique déterminant.

    « On pourrait partir du principe que parce que Montcalm n’a pas suffisamment hésité, nous sommes depuis condamnés à le faire… À danser éternellement une espèce de valse à deux temps, alors qu’on sait pertinemment qu’il en existe au moins mille! » (p. 33)

    « Peut-être fallait-il avoir un peu du sang de cheval de Troie dans les veines pour survivre à cette impression de n’être de nulle part : ni chez les Anglais qui vous toléraient à peine, ni chez les Québécois qui vous considéraient comme des bêtes de cirque, derniers vestiges d’une présence francophone dans le reste du Canada dont on avait vaguement entendu parler. » (p. 132)

Pistes d'exploitation

  • Avec les élèves, retracer sur une carte géographique les lieux de l’action du roman : Charlevoix, Québec, Montréal, Toronto, et indiquer les périodes de vie qui lient le personnage principal à chacun de ces lieux.
  • Inviter les élèves à identifier les défis personnels et sociaux qui mettent à l’épreuve la vie de couple des gens d’aujourd’hui. Relever des situations dans l’œuvre qui illustrent ces défis.
  • Inviter les élèves à relever les extraits de l’œuvre pouvant servir à reconstituer les événements qui ont mené à la bataille sur les Plaines d’Abraham. Établir des liens entre la situation de Montcalm et celle de Mireille (p. ex., comparer l’attitude des deux personnages face à l’adversité).

 

Conseils d'utilisation

  • Revoir avec les élèves le contexte de la bataille des Plaines d’Abraham avant d’entreprendre la lecture de l’œuvre (p. ex., les généraux en conflit, les enjeux de la bataille, les conséquences historiques de la défaite).
  • Discuter avec les élèves des sujets plus controversés évoqués dans le roman (p. ex., les relations éphémères, la consommation de drogues).
  • Réserver cette œuvre pour un lectorat averti.