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Les questions de Lucas

Lucas a douze ans. Il est à l’âge où tout pose question : la mort comme l’amour, l’amitié, le quotidien… Avec tendresse et lucidité, il pose un regard curieux sur sa famille, ses amis. Il cherche son chemin, et ce n’est pas simple!

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

À propos du livre

Contenu

  • Roman mettant en scène deux personnages principaux vivant à Paris, le narrateur Lucas, un adolescent timide et curieux qui jette un regard lucide sur sa famille et se pose beaucoup de questions sur l’existence en général, ainsi que son ami Kam, mystérieux et mature pour son âge, qui vit seul avec sa mère; quelques personnages secondaires gravitant dans l’univers de Lucas, soit Alex, son père, Elsa, sa mère, Xavier et Alice, frère et sœur aînés, les grands-parents, et Jana, amie de la famille, dont le conjoint François meurt dans une avalanche pendant un séjour en montagne.

    « Je reconnais que c’est équitable, comme dit Xavier, mon grand frère, très à cheval sur la justice. Il a commencé ses études de Droit alors il nous tue avec son vocabulaire et ses raisonnements. Comme si Papa, qui est avocat depuis longtemps, n’en savait pas autant, si pas plus que lui.
    Papa a beaucoup de patience. Avec Xavier, Monsieur qui sait tout. Avec Alice, ma précieuse sœur qui redoute de s’abîmer la peau et reste enfermée lorsque le soleil étincelle sur la neige.
    Il est tendre avec Maman, nerveuse et imprévisible. Papa dit qu’elle est devenue ainsi à la mort de sa jeune sœur et de son père dans un carambolage sur l’autoroute. » (p. 12)

    « Enfin, c’est ma mère, elle a ses défauts, certains très énervants, mais je l’aime. Elle est terriblement vivante, chaleureuse, généreuse. Je ne l’ai jamais entendue dire du mal de quelqu’un. Et puis elle sait se moquer d’elle-même : "Puisque le silence est d’or, je ne serai jamais riche." » (p. 20)

    « Je regarde ma tête dans le miroir de la salle de bain et je ne me plais pas. Une sale gueule. Je la détaille sans complaisance; avec cruauté même. Dans mon visage allongé, le nez est trop saillant et les yeux creusés. Je voudrais avoir des yeux bruns plutôt que ces bleus très pâles.
    – Les yeux bleus deviennent rares, m’a appris Alice, un jour où j’exprimais ma déception.
    – Ouais! Et alors?
    Il n’y a que mes cheveux clairs et drus comme un toit de chaume qui me conviennent. On me prend parfois pour un Suédois.
    De toute manière, je ne me trouve pas beau. Maman me répète le contraire, mais je n’arrive pas à la croire. "Une mère, forcément, c’est juge et partie", dit Xavier. » (p. 56)

    « Je pourrais interroger Kam; je ne sais pas ce qui me retient. Kam, c’est spécial. Il a treize ans, rien qu’un an de plus que moi, mais on dirait qu’il a une vie d’avance. Il m’en impose. » (p. 77)
     

  • Roman philosophique qui amène le lectorat à se poser les mêmes questions que celles qui angoissent Lucas; œuvre pouvant intéresser le lectorat visé de par les thèmes exploités (p. ex., adolescence, amitié, questionnement, sentiment amoureux, sports, famille, mort, deuil).
  • Texte organisé en vingt-sept chapitres numérotés et titrés; titre de chaque chapitre correspondant à une question que se pose Lucas (p. ex., Chapitre 1 : Devient-on plus patient en vieillissant? Chapitre 9 : Est-ce que grandir fait toujours aussi mal? Chapitre 18 : Peut-on garder vivants en soi les gens qu’on ne voit plus?); mise en page simple sans illustration; aucune table des matières; présence d’éléments graphiques facilitant l’interprétation de l’œuvre (p. ex., caractères italiques, points de suspension, guillemets).

    « Ce matin, Maman a raison, je le sais, mais je piaffe d’impatience. Je ronge mon frein : pas celui de la voiture ou du vélo, mais la partie du filet que le cheval a dans la bouche, m’a expliqué Papa. Papa est un dictionnaire ambulant. Lui, il n’a pas besoin de Google ni de Wikipédia pour connaître les choses. Je ronge mon frein, je m’énerve, quoi! » (p. 10)

    « Papa parle entre ses dents, mais j’entends Seigneur, donne à chacun sa propre mort,/ qui soit vraiment issue de sa vie,/ où il trouva l’amour, un sens et sa détresse.
    – C’est quoi?
    – Un poème de Rilke.
    – Rilke?
    – Un poète qui aide à vivre… et à mourir. » (p. 37)

    « Puis un jour, alors que le prof de français parlait des sens du mot fugue : composition musicale autant que fuite, il m’a glissé "J’ai fait une fugue que je n’oublierai jamais". » (p. 74)

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; vocabulaire non familier, propre au français d'Europe (p. ex., mec, ça caille, gosses, cafte, fourguer, rancard) pouvant s’avérer un défi pour les élèves francophones du Canada; emploi de mots nouveaux que le contexte aide parfois à définir (p. ex., piaffe, péremptoire, bourrelé).

    « C’était bête de dire cela, j’aurais mieux fait de me taire, de la prendre tout de suite par le cou et de la couvrir de baisers comme je l’ai fait juste après. Ma maman a de la peine et je la raisonne.
    Je deviens vieux moi aussi, je fais comme les grandes personnes que je déteste parfois, parce qu’elles sont toujours à vous sermonner au lieu de vous aimer comme vous êtes. De quoi je me mêle, moi qui ne comprends rien à rien.
    Je n’ai pas raconté que j’avais surpris Xavier collé à une rousse. Je ne cafte jamais. » (p. 53)

    « Est-ce qu’Alice a envie de se dépayser après la terminale? Pour le moment, elle est surtout préoccupée de son allure dans la glace, pas seulement à la maison, mais en rue; je l’ai surprise se cherchant dans les vitrines. Misère! Est-ce que je comprendrai jamais quelque chose aux filles? Nadia n’est certainement pas ainsi : elle est si belle qu’elle ne peut pas en douter. Je vais lui écrire. Une lettre d’amour. Je lui dirai que. » (p. 115-116)
     

  • Texte contenant une variété de types et de formes de phrases qui contribuent à la lisibilité de l’œuvre; emploi de phrases simples, de phrases transformées et de phrases à construction particulière.

    « Je pose le plateau du thé au jasmin près de Maman et Jana. Je m’assieds près de la fenêtre à guetter quoi, qui? Surtout à rester à leur portée si elles ont besoin de moi. Est-ce que moi aussi j’aurais pu être emporté dans l’avalanche qui a avalé François? Je n’ose poser aucune question. Ce serait indécent. » (p. 29)

    « Une nuit blanche, je saurai enfin ce que c’est. J’ai l’habitude des insomnies, mais là, c’est autre chose. Regarder tourner l’heure à ma montre dans la lueur faiblarde de la veilleuse, entendre les ambulances rayer le silence et semer la panique. Désormais, je les entendrai, moi qui n’y prêtais guère attention. Vivement que je puisse rentrer à la maison! Retourner en classe! Je jure que je ne me plaindrai plus jamais de rien! » (p. 126)

    « Papa, sorti le premier, rapporte une brassée de fleurs qu’il disperse dans toute la maison, des bouquets sauvages qui font des taches de couleur.
    – Je suis content d’être ici en été. Après cela, nous pourrons revenir en hiver sans être obsédés par.
    Il ne finit pas sa phrase. François passe comme un ange.
    – Oui, confirme Maman d’une voix dans laquelle tremblent des sanglots.
    – Alice, si tu donnais ta chambre à Jana et que tu prenais la chambre d’amis qu’elle occupait avec, j’ai peur que… Cela t’ennuierait?
    Misère! Arriverons-nous jamais à prononcer ce prénom normalement? » (p. 169)
     

  • Nombreuses figures de style (p. ex., métaphores, comparaisons, énumérations) qui facilitent la création d’images mentales tout en ajoutant à la richesse du texte.

    « Parfois Jana lâche des bribes de mots qui mélangent l’accident, le présent et le passé; on dirait la casserole à pression qui lâche sa vapeur. Elle parle en vrac. » (p. 29)

    « Qu’elle est jolie. Je mange des yeux son profil fin et fier sous la mantille. Je voudrais la soutenir moi aussi, respirer son parfum, toucher, caresser ses tresses sombres. » (p. 44)

    « Dans la salle du petit-déjeuner, je rechausse mes lunettes de détective. Aux murs, des filets, des ancres et, sur la cheminée, des coquillages ouverts comme de larges oreilles; on ne risque pas d’oublier qu’on est en bord de Manche.
    Le patron sert et sa femme dessert. Lui est énorme; il pourrait jouer l’ogre dans Le Petit Poucet. Ses avant-bras portent des tatouages. La patronne roule de partout; je regarde ses hanches qui balancent comme une grosse barque sur la mer démontée. » (p. 108)
     

  • Séquences descriptives qui apportent des précisions sur les personnages, les événements et les lieux.

    « Je me souviens comme si c’était hier de l’arrivée de Kam dans notre classe. Plus grand que la plupart d’entre nous, maigre, mais musclé, "habillé à la Kam", comme je dirais lorsque je le connaîtrais mieux, c’est-à-dire un peu n’importe quoi qui lui va bien, et surtout pas de marques à la mode. Il a eu une remarque assassine d’un de la classe qui arborait une grande marque sur son cartable. Comme je m’étonnais de sa fureur, il a dit sobrement "Tous des pigeons!"
    J’ai l’impression qu’il ne vit pas tout à fait dans le même monde que nous. Il réfléchit beaucoup. Lorsqu’un cours l’intéresse, je vois qu’il ne cille même pas, tant il est concentré. Un livre déborde toujours de sa poche. Il ne s’attarde pas après les cours, mais s’évapore. » (p. 74)

    « La chambre que j’occupe donne sur la mer par une baie vitrée, aussi, à marée haute, j’ai l’impression d’être dans un bateau. Ou alors je joue à Robinson dans son île. À Paris, j’ai la chance d’apercevoir le sommet d’un arbre du boulevard et de percevoir quelques cris d’oiseaux avant le vacarme de la circulation. Ici, c’est la rumeur des vagues. Je devine qu’en hiver ou lors des grandes marées, il y a de quoi avoir peur. » (p. 141)
     

  • Séquences dialoguées qui permettent de préciser les relations entre les personnages.

    « – Quelle scène as-tu préférée, Lucas? me demande Alice, tout en savourant le bouillon que Papa nous a préparé au retour.
    – Peut-être celle du dictionnaire dans lequel il se perd.
    – J’en étais certaine! interrompt Maman. J’en aurais mis ma main au feu que tu choisirais celle-là. Tu aimes tant les mots.
    Ah bon! aux yeux de Maman, je suis un garçon-qui-aime-les-mots. C’est vrai.
    – Lire c’est vivre, dit Papa comme s’il se parlait à lui-même. » (p. 134)

Référent(s) culturel(s)

  • Mention d’écrivains et de peintres français (p. ex., Arthur Rimbaud, Rodin, Gauguin).

Pistes d'exploitation

  • Organiser une activité instantanée dramatique. Demander aux élèves de décrire un moment fort du roman comme s’il s’agissait d’une photo (p. ex., rencontre de Nadia et de Lucas aux funérailles de François, accident de vélo de Lucas, coup de foudre de Kam pour Nadia). Leur demander de préciser les expressions, les sentiments et les gestes des personnages à ce moment précis.
  • Demander aux élèves de cibler individuellement une des vingt-sept questions que se pose Lucas. Les inviter à relire le chapitre correspondant à cette question. Leur proposer de répondre à la question soit en rédigeant un court texte dans leur journal personnel ou en réalisant un collage. Permettre aux élèves qui le désirent de présenter leur œuvre et leur réflexion au groupe-classe.
  • Avec les élèves, relever les expressions figurées présentes dans l’œuvre (p. ex., « Si on nous en a dit monts et merveilles, on déchante. » (p. 16); « Toi, tu broies du noir. » (p. 55); « Je dois avoir l’air d’un comprimé d’aspirine. » (p. 176). Demander aux élèves de les expliquer en leurs propres mots en se servant d’exemples tirés du texte ou de leur vécu. Former des équipes de deux et les inviter à créer une affiche amusante illustrant une de ces expressions figurées.
  • Relire avec le groupe-classe les deux extraits du roman où l’auteur fait référence au poème japonais, le haïku (p. 17 et p. 181). Demander aux élèves de préciser les caractéristiques de ce genre de texte et au besoin, faire avec eux une recherche via Internet pour connaître l’origine de ce type de poésie. Les inviter à composer un haïku pour exprimer leurs sentiments à la suite de la lecture du roman et à publier leur poème sur le site Web de la classe.

Conseils d'utilisation

  • Revoir les caractéristiques du haïku pour en faciliter la rédaction, tel que proposée dans les pistes d’exploitation.