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Haïti, je t’aime! – Ayiti, mwen renmen ou!

Le 12 janvier 2010, Haïti a été foudroyé par un tremblement de terre d'une rare violence. En l'espace de soixante secondes, plus de deux cent mille personnes ont été fauchées debout en plein cœur de leur vie.

Cinquante-trois personnes ont participé à ce collectif où tout le monde a sa place, soit les membres de l'Association des auteures et auteurs de l'Ontario français (AAOF), mais aussi des Haïtiens qui ont vécu en Haïti le séisme et d'autres qui ont le regard d'abeille des gens de la diaspora. Cette prise de parole a également rejoint une enseignante et tous ses élèves d'une école de Gatineau.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

À propos du livre

Contenu

  • Œuvre multigenre : un avant-propos, des remerciements, une dédicace, une préface et un survol historique suivis de sept sections thématiques réunissant 53 textes titrés, de formes variées (p. ex., récit, lettre, poème, nouvelle, fable, essai, conte), parfois précédés d’un court texte en italique présentant les auteurs et, quelquefois, leur rapport à la réalité haïtienne; notices biographiques des personnes ayant contribué au collectif présentées en annexe.

    « Geneviève Mitchell a été affectée à Port-au-Prince en tant que Casque bleu lors des élections de 1995. » (p. 33)

    « Arrivé la veille, mon ami Stéphane dort paisiblement. Ne voulant pas troubler son sommeil, je décide de quitter l'appartement de bonne heure. De toute façon, arriver un peu en avance viendra marquer une rupture avec certaines habitudes… » (p. 45)

    « Bien chère Maman,
    Devrais-je t'en parler? Tu m'entends de l'au-delà? Dans ta sagesse, tu saurais sûrement faire la part des choses. » (p. 85)

    « Haïti Impossible
    Tu es en grand effondrement
    Et celles et ceux qui t'aiment s'endeuillent » (p. 188)
     

  • Narratrice ou narrateur participant dans de nombreux textes, ajoutant de la valeur aux témoignages vécus.

    « J'observe les gens qui finissent leur journée et ramassent leurs étals, retournent à la maison d'un pas nonchalant et prennent le temps de discuter avec leurs voisins sur le pas de la porte. Rien ne presse. J'ai le goût de joindre la fête. C'est mon meilleur souvenir d'Haïti. » (p. 39-40)

    « Nos escapades retentissent encore
    Dans ma mémoire qui se fade
    Et nos visages s'effacent
    Comme pas sur le sable
    Quand tourne la marée
    Mais vous restez toujours
    Les enfants du soleil
    Mes amis de jadis » (p. 69)

    « Maman, à l'aide! Pourquoi ne viens-tu pas? Les minutes, les heures passent. Aucun secours! J'ai soif! Rien et toujours rien! J'ai faim! Encore rien! Mes jambes s'engourdissent. Les larmes coulent à flots sur mes joues. » (p. 85-86)
     

  • Thèmes nombreux et parfois délicats de la souffrance, de la mort, de l'espoir et du souvenir liés au séisme, reflétant l’identité haïtienne d'hier et d'aujourd'hui.

    « Haïti notre mère souffre beaucoup.
    On se demande si c'est le prix de notre liberté,
       de notre indépendance
    qui nous couvre de malheur?
    » (p. 51)  

    « J'ai couru parmi les cadavres qui jonchaient le sol. J'ai vu des bras, des jambes, des têtes inertes qui dépassaient des décombres. J'ai contourné des mares de sang frais qui dessinaient des fleurs maléfiques. » (p. 79)

    « Peuple haïtien, peuple vaillant, peuple debout! Peuple de foi! Haïti pas fini, pas fini! PAS FINI! On va reconstruire, rebâtir un pays pour Timoune. Avec maisons, écoles, églises. Avec musique et chansons. Avec paix et respect. Avec grands rêves aussi. » (p. 95)

    « Plus jamais, je ne reverrai le visage de ma mère
    Ni la maison sacrée de l'enfance,
    Ni l'école de mes premières chansons,
    De mes premières larmes d'exil
    Et de mes premiers jeux… » (p. 137)

    « Haïti, pays déjà largement éprouvé par d'innombrables soucis et difficultés, n'avait vraiment pas besoin de ce tremblement de terre dévastateur. Cette catastrophe n'a fait qu'accroître l'anxiété de la population qui souffre physiquement et psychologiquement. » (p. 197)
     

  • Séquences explicatives et descriptives, détaillées et imagées, dévoilant les contextes historique, politique, social et culturel d'Haïti.

    « La première capitale, Le Cap, qui va devenir Cap-Haïtien, est fondée en 1670 par les Français. Lors des traités de Ryswick (1697), l'Espagne reconnaît à la France la possession de la partie occidentale de l'île, qui devient alors la colonie de Saint-Domingue (futur Haïti), tandis que l'Espagne conserve la partie orientale qui est toujours appelée Hispaniola, la future République dominicaine. » (p. 22)

    « Mon séjour en Haïti se déroule lors d'une période de changement et d'espoir. Les élections présidentielles de décembre 1995 marquent la première passation du pouvoir d'un gouvernement haïtien élu à un autre, depuis l'indépendance proclamée par la France en 1804. » (p. 33)

    « En Haïti, dans le village de Dondon, nous vivions bien pauvrement ma famille et moi, douze personnes dans une humble hutte. J'avais appris à lire et écrire au couvent des sœurs du village. Juste en face du couvent, s'élevait le collège des Clercs de Saint-Viateur et j'avais par chance rencontré le frère Étienne de l'institution. » (p. 41)

    « Dans notre humble demeure, nous avions de la farine et du riz et, dans le minuscule enclos derrière, nos trois poules reposaient, leurs plumes emmêlées. Je travaillais, nous mangions à peu près à notre faim, nous vivions dans une île chatoyante qui passait de l'aigue-marine au saphir. » (p. 79)
     

  • Notes de bas de page apportant certaines précisions, notamment des définitions de mots et d’expressions en créole.

    « 12. Sa zyé pa wè, kyè pa fè mal. : Les yeux n'ont pas vu, le cœur ne souffre pas. » (p. 99)

    « 16. En créole "tenir ferme", rester courageux. » (p. 165)
     

  • Quelques photos en couleurs d’individus affectés directement ou indirectement par le séisme, permettant d’ancrer les récits dans le réel.

Langue

  • Registres tantôt courant, tantôt soutenu, selon les différents auteurs, la forme littéraire choisie ou encore selon la représentation factuelle ou émotive des faits vécus de près ou de loin.

    « Le violent séisme qui a secoué Haïti est sûrement une grande tragédie. On ne peut que se sentir anéanti devant l'horreur, la douleur, la misère et le désespoir causés par ce cataclysme et on ne peut que louer la communauté internationale pour son aide et son soutien. » (p. 53)

    « D'heure en heurt et au rythme des secondes en fuite,
    la brosse de mon âme meurtrie de douleur
    recrée en arabesques de souvenirs larvés
    ces indélébiles temps d'émoi sur ma ville
    en lambeaux d'espoirs » (p. 123)

    « Dans cette hécatombe, une spirale fléchit,
    sinon, succombe
    Irréductible au jour même le plus sombre
    Un peuple se tient debout. » (p. 167) 
     

  • Phrases interrogatives et présent historique rendant actuelle et vivante la tragédie évoquée ou traduisant l’incompréhension et le questionnement devant l’immensité de la catastrophe.

    « Ils s'interrogent anxieusement : "Coup du destin? Faute à qui? Faillite des hommes? Mais pourquoi? Pourquoi? Que faire? Comment accepter l'inacceptable? Comment ne pas se révolter?" Pourront-ils vivre, sans acrimonie, ce nouveau malheur qui frappe injustement leur pays? » (p. 83)

    « Il se lève, explore à tâtons l'espace autour de lui, risque un premier pas, craignant à tout instant d'achopper sur un objet tombé. […] Quand il pose un pied, ses sandales broient des débris, des morceaux de crépi et de verre cassé. Sa tête heurte un obstacle. » (p. 101)
     

  • Figures de style abondantes (p. ex., comparaison, répétition, métaphore, énumération) accentuant les sensations, les émotions et les sentiments éprouvés dans les situations décrites.

    « Il n'a jamais rien entendu ni ressenti de pareil. Sous ses pieds, le sol se met à vibrer, comme si une chenille géante était en train de forer une galerie souterraine. Serait-ce un tremblement de terre? » (p. 100)

    « Nous apprenons que des milliers d'hommes, de femmes, d'enfants sont morts… Que des milliers d'autres se retrouvent blessés, dans des conditions inhumaines… Qu'ils s'accrochent malgré tout à la vie… Que des bénévoles de partout se mettent en route pour leur venir en aide… » (p. 103)

    « Toute terre est prison
    La mienne a pris la couleur du sang frais
    Et les enfants se meurent sous les dalles d'insouciance
    Même le soleil vous fait grise mine » (p. 153)

    « Des mains pour réchauffer, accueillir, enlacer,
    Des mains pour dépoussiérer,
    Des mains pour prier,
    Des mains pour diriger,
    Des mains pour libérer,
    Des mains pour protéger,
    Des mains pour aimer,
    Des mains pour reconstruire,
    Des mains pour…
    Demain » (p. 177)
     

  • Vocabulaire souvent coloré; mots et expressions en créole, placés en italique et reflétant la réalité linguistique du pays; lexiques de la souffrance et de la culture employés pour décrire un pays profondément marqué par la douleur, mais empreint de résilience et d’une grande richesse.

    « Il comprend qu'il devra patienter, attendre, attendre encore, espérer, tenir jusqu'à demain. Au moins, se dit-il, je suis vivant, Bon Dyé chasé mouch pou bèf san ké. » (p. 101)

    « Ma terre, serais-je devenu un chantre de malheur
    Pour que j'aie dans la bouche un goût de sang,
    Dans ma poésie les notes brisées du désespoir,
    Et dans les yeux les images de la mort
    Chaque fois que je parle de toi? » (p. 141)

    « Haïtiens d'Haïti
    Haïtiens de la République dominicaine
    Haïtiens des Caraïbes
    D'où venons-nous?

    Fils de Boukman!
    Fils de Toussaint Louverture
    Filles de Jean-Jacques Dessalines
    Frères d'Henri Christophe
    Sœurs d'Alexandre Pétion…

    Ce sont nos racines!
    Ce sont nos ascendants!
    Ce sont nos valeurs existentielles!
    Ce sont nos éthiques pour la vie! » (p. 203)
     

  • Poèmes de formes variées, libres et non conventionnelles (p. ex., longueur irrégulière des vers et des strophes, absence quasi-totale de ponctuation et de majuscules, décalage entre certains mots, apparition occasionnelle de rimes) en raison de la diversité des témoignages.

    « l'exaltation est fièvre
    vertige de nuitées
    de soleil
    moite volupté en de fertiles contrées
    archivées » (p. 55)

    « Port-au-Prince
    je t'aime
         même grise
         grande dame
         humiliées     tes intimes
    prétentions » (p. 145)

    « Tombée de la bague même de Dieu
    Petit pays béni, il en a fait son lieu » (p. 166)

Référent(s) culturel(s)

  • Nombreux référents de la francophonie ontarienne, canadienne et internationale : parallèle entre l'historique d'Haïti et celui des Franco-Ontariens; mention d’institutions (p. ex., le théâtre La Nouvelle Scène, Radio-Canada, l’École polyvalente Nicolas-Gatineau, l’Agence de presse Média Mosaïque Montréal), d’auteurs, d’artistes, de personnalités (p. ex., Guillaume Apollinaire, Claire Guillemette-Lamirande, Danny Laferrière, Michaëlle Jean, Jean-Bertrand Aristide, Napoléon Bonaparte) et de lieux (Port-au-Prince, Petit-Goâve, Champ-de-Mars).

Pistes d'exploitation

  • Proposer aux élèves de faire une étude de la couverture du séisme par les médias nord-américains; leur demander de lire des articles et de regarder des documentaires dans le but d'exprimer, dans le cadre d’une présentation orale en classe, leur perception des messages communiqués.
  • Demander aux élèves de faire une recherche sur différents organismes internationaux mentionnés dans l'œuvre et impliqués dans la reconstruction d'Haïti; leur demander de trouver des détails sur l'aide concrète apportée au pays par ces organismes.
  • Inviter les élèves à rédiger un récit (forme au choix) pour s'exprimer sur le séisme en Haïti ou sur toute autre tragédie passée ou présente qui les a marqués.

Conseils d'utilisation

  • Vérifier les connaissances antérieures des élèves au sujet du séisme et expliquer les faits à l’aide d’une carte géographique.
  • Accompagner les élèves dans la lecture de l'œuvre, par extraits, sans nécessairement respecter l’ordre chronologique, dans le but de doser la gravité de certains passages.
  • Prévenir les élèves de la souffrance et de la mort évoquées dans l'œuvre, notamment en présence d'élèves haïtiens ou issus de l'immigration et ayant vécu des tragédies semblables.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : Les voix humaines, Catherine Major.