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Circatrices

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Aperçu

Circatrices, c’est la poésie de ceux qui veulent mal l’entendre. À peu près et de loin. La déraison d’être, l’autre autre, l’orgasme annihilateur du moindre souffle, le désir d’indifférence, le je régénérateur, le moi enclavé, le vous à fleur de peau cisaillée, tous immunisent, comme des leucocytes, contre la plaie de la distance, et contre la lésion laissée par l’espoir pendant la vie qui meurt en réaction acuponctuelle. [...] Le papier est tissu, au même titre que la peau. Le moindre mot l’ébrèche, le déchire, le stigmatise. Le papier coupe sous les ongles; seul l’espace cicatrise.

La poésie ne doit pas exprimer les événements; elle doit les créer et les circonscrire, sans limites. Entre déjà et peut-être, entre jamais et sans doute, entre je et vous, il y a l’instant.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

Contenu

  • Recueil contenant 24 textes poétiques de longueur variée (de 2 à 29 pages) et dans lesquels les vers libres s’entremêlent à la prose; titres hétéroclites choisis à partir de mots existants (p. ex., l’épouvantail, Ultrason, Squamules) ou de mots inventés (p. ex., Parangoniomaître, Néther, Zeppelingles à linge, Fenaître).

    « Le cœur a ses raisons,
    et le vent,
    ses mobiles.
    Un cheveu ne se pose jamais par hasard;
    fossile myrteux abrasif
    de l’existence.
    De l’équitation sur
    un hippocampe. » (p. 59)

    « Il était une fois une jeune femme, ou une postadolescente, qui devait incarner la mère. Pour sa petite sœur. Pour son frère aîné autonome. Pour elle-même. Cette jeune femme était admirablement calme, posée, lucide, apparemment en maîtrise de tout. » (p. 96)
     
  • Strophes et vers irréguliers, où s’enchaînent le concret, l’abstrait, les répétitions de mots et les nombreux rejets.

    « Tu justifies ma dyslexie
    de la vie.
    Erre.
    Ici.
    Sas.
    Eve.
    Elle.
    Ovo. » (p. 30)

    « J’ai des souvenirs réfractés et une réalité
    séculaire.
    J’ai un avenir qui dépend de la foudre, en effet
    de serre :
    ta fulgurance et ton incubation.
    Des suppositoires se dissolvent dans mes
    viscères.
    Je ne suis ni feuillu, ni conifère; je ne suis ni
    fleuri, ni fruitier.
    Je suis au vent. Je suis parc-en-ciel. Je suis lisse.
    Je suis fil-andreux.
    Je veux ton sourire de tronçonneuse.
    Je veux la machette de tes conseils.
    Des suppositoires se dissolvent dans mes
    ténèbres. » (p. 53)

    « Le silence m'effraie;
    mon silence me
    suicide. » (p. 98)
     
  • Textes dans lesquels le « je » prédomine et qui reflètent les pensées, les émotions, les réactions d’un narrateur participant.

    « J'ai peur. Le problème, c'est que l'on croit pouvoir s'imaginer, mais ce n'est jamais soi que l'on imagine, mais bien l'entourage qui nous borne... J'ai été abandonné et inaimé. J'ai été repris et aimé. » (p. 19)

    « Je t'aime parce que
    tu bats en brèche tous mes clichés
    et que tu aimes ce que je n'aime pas,
    incluant moi
    en fonte. » (p. 28)

    « La marelle et la boucherie;
    je veux tuer le zodiaque.
    Claustrophobe par
    rapport à moi-même.
    Une girandole devant un miroir
    sans source. » (p. 73)
     
  • Thèmes souvent opposés alternant tout au long du recueil (par exemple, le « moi » et le « toi », l’amour et le désamour, la vie, la mort et le suicide).

    « Je suis né avec le vertige.
    La chute vers l'inconnu.
    L'angoisse de vivre. » (p. 41)

    « Toi, dans tout ça,
    tu demeures lucide comme
    un sablier enflammé.
    Tu me souques encore comme si je n'étais encore
    qu'un planeur. » (p. 44)

    « Il y a des jours où je me dis que tu es mort
    quand je suis né.
    Il y a des nuits où
    je me le confirme. » (p. 115)

Langue

  • Registre de langue soutenu, vocabulaire riche, parfois mêlé d’expressions plus familières.

    « La vie est
    pachyderme
    dans la mort
    ptérodactyle.
    Je frôle ma perte, non pas la mort; on ne peut
    frôler ce qu’on
    ne connaît pas.
    Seule la mort confère
    et confirme
    l’immortalité. » (p. 18)

    « Les gyrophares irisés.
    Les sémaphores de
    circulation
    hérissés;
    les artères sont ma rue Nicholas carbonisée. » (p. 36-37)

    « Qui voudrait d'un
    ex-père
    expert?
    Défroqué
    et
    défucké. » (p. 66)
     
  • Nombreux calembours, néologismes, jeux de mots et de sons générant un certain rythme et de la fluidité.

    « Sursis.
    Soucis.
    Sourcils.
    Sourd, si. » (p. 16)

    « J'étais grotte; tu m'as tout
    irrigué.
    J'étais joallier; je ne t'ai pas cisaillée;
    précieuse, tu n'étais pas
    pierre.
    J'étais horloger; tu n'avais pas à
    compter
    à rebours. » (p. 47)

    « Éther né terre.
    Anthère enterrée.
    Enfer enferré.
    En serre, enserré. » (p. 56)
     
  • Figures de style abondantes (p. ex., énumération, comparaison, répétition, métaphore) qui permettent la création d’images illustrant les sentiments et les idées du narrateur.

    « Je n'ai jamais rêvé, donc, d'avoir un frère;
    j'ai rêvé de rêver d'avoir un frère, vaguement,
    comme
    une impression, un sentiment,
    un lit d'eau, où tu fus conçu. » (p. 26)

    « Où je jouais au hockey sur une patinoire de
    gravier ou
    de poisson mort.
    Où je reprenais mon sang
    chaud.
    Où je démolissais la ligne défensive des bancs de neige.
    Où je jouais aux cartes à la chandelle. » (p. 32)

    « Le méchoui
    soupire,
    L’air se tue
    à petit feu. » (p. 79)

Pistes d'exploitation

  • Inviter les élèves à faire des liens entre les idées et les questions soulevées par l’auteur sur la vie et la mort et certaines théories philosophiques du XXe siècle (p. ex., l’existentialisme, l’absurde).
  • Faire visionner aux élèves les courts films de poésies de TFO; leur demander de faire des liens entre les thèmes, lieux et styles des poèmes et ceux du recueil d’Éric Charlebois.
  • Proposer aux élèves de créer un court film qui présente un poème de leur choix du recueil (créer des images qui accompagnent et reflètent les idées du poème en question); s’inspirer des vidéos de poésies de TFO.

Conseils d'utilisation

  • Dans un premier temps, inviter les élèves à se laisser bercer par la poésie (p. ex., image, jeu de mots, association, néologisme) plutôt que d’essayer de comprendre tous les textes poétiques.
  • Présenter aux élèves les principales caractéristiques et le style de la poésie contemporaine (p. ex., système métrique libre) pour leur permettre d’apprécier une forme de poésie moins conventionnelle.
  • Faire des arrêts après chaque poème pour en distinguer les principaux thèmes, parfois difficilement repérables.
  • Prévenir les élèves quant à la présence de la question du suicide dans divers poèmes.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 11e et 12e année, Série : Sortie de secours, divers épisodes.


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