Recherche



Un souffle venu de loin

AjouterAjouter à mon bac de lecture

Aperçu

En 1940, la guerre amène au Canada des enfants réfugiés. C’est ainsi que Mirka, « petit oiseau farouche », est accueillie par la famille Dumouchel. Elle a sept ans, sa « nouvelle » grande sœur, Marion, en a huit. Seront-elles amies?

Ainsi débute l’histoire d’une femme rétive et impétueuse qui, avant de s’intégrer dans sa société d’accueil, devra composer avec sa famille adoptive, ses aspirations, son tempérament, avec l’exil et la découverte troublante de ses origines. Ultimement, elle léguera à sa fille une histoire et une mission hors du commun.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

Contenu

  • Roman décrivant de nombreuses relations humaines nouées, dénouées et renouées au fil du temps, l’intrigue passant au second plan.

    « En rentrant chez nous, j’ai pris conscience qu’une vie sans Mirka s’étendait devant moi. Ce n’était pas la première fois qu’elle nous quittait. Cette fois, la fugue était définitive. » (p. 11)

    « Avant la venue de Mirka, je rêvais de vacances perpétuelles : une fois l’âme sœur descendue du ciel, je ne serais plus seule. Or l’enchantement s’était mué en une vague déception que je me refusais à reconnaître. » (p. 20)

    « Papa s’est avancé. "Écoute, si tu crois qu’il existe un endroit, une famille où tu serais plus heureuse qu’ici, dis-le-nous, on en discutera. Quant à retourner dans ton pays, tu sais que c’est impossible maintenant, mais quand la guerre sera finie, parce qu’elle va finir un jour cette maudite guerre, on va t’aider à retrouver les tiens, je t’en fais la promesse. En attendant, tu n’as pas d’autre choix que de rester en Amérique. Sache que nous autres, on t’aime, même si c’est pas facile tous les jours. […]" Maman a caressé le bras de Mirka à nouveau. » (p. 27-28)

    « D’ailleurs, Alex aurait-il accepté que sa jeune épouse se balade en pays lointain avec Dieu sait qui, au lieu d’accueillir son bien-aimé fourbu et affamé à la fin de sa longue journée de travail? Je n’en revenais pas de voir Mirka, si volontaire, se soumettre à ses diktats avec un regard adorateur. Je ne voudrais pas noircir Alex. Son côté autoritaire était soutenu par les mœurs de l’époque et la tradition européenne. La plupart des garçons de notre âge prévoyaient épouser une ménagère accomplie qui évoluerait en mère dévouée. Alex s’attendait à beaucoup de la part de sa femme, mais il lui rendait son amour, lui achetait des roses à leurs anniversaires, des bijoux à un coût au-dessus de son budget… » (p. 94)
     
  • Récit se déroulant de 1940 à 2008, ayant comme trame de fond principale la Deuxième Guerre mondiale.

    « C’est à cause de cette guerre que, par un jour d’été de l’année 1940, ma courte vie a connu un tournant irréversible. Ce jour-là Mirka est venue vers nous, tête basse, le long d’un quai de gare, et a bousculé la tiède existence d’un triangle heureux : papa, maman et moi. » (p. 13)

    « Figurez-vous que, enfin! enfin! enfin! les Tsiganes vont avoir leur mémorial à Berlin, le fameux projet dont je vous avais parlé et qui traîne depuis des années… Il est temps, après 60… C’est pas la peine de compter. Le coup d’envoi vient d’être donné, l’inauguration est prévue pour l’été. […] Ce n’est pas une tombe, mais c’est un lieu où, enfin, le martyre de ma grand-mère, de mon grand-oncle, de mes cousins, de mon grand-père sera reconnu. Maman serait heureuse… » (p. 207-208)
     
  • Deux personnages principaux, Mirka, enfant belge reçue au Canada en temps de guerre, et Marion, sa sœur par adoption; nombreux personnages secondaires, amis et membres de la famille des deux jeunes filles jouant un rôle dans leur vie à différentes époques.

    « Robert est arrivé peu après, suivi de Sophie. Enfin Martin est apparu; il tenait la main de Liane qui a demandé si sa grand-mère dormait. Nous avons formé une couronne autour de Mirka : son compagnon Martin, sa fille Clara et la petite Liane, sa nièce Sophie, Robert et moi, Marion, la sœur que les aléas de son enfance lui avait donnée. On n’entendait que nos sanglots. » (p. 9-10)

    « Après les funérailles de Lisette, j’ai donc décidé de renouer avec ma race en me rapprochant de ceux qui avaient accueilli maman dans son désarroi. J’ai exposé mon projet à Rosario, qui a tenté de m’en décourager. Il était difficile de passer brusquement d’un monde à l’autre. Lui, il avait fait le saut à quatorze ans, un âge malléable, et puis Eddy avait ouvert la voie. Pour ce qui était de maman, ses motivations étaient complexes… […] Il n’était pas sûr qu’elle se soit sentie vraiment chez elle parmi les Tsiganes. » (p. 177)
     
  • Œuvre comportant plusieurs points de vue de narration : trois narratrices participantes, parfois par le biais d’une lettre écrite, et un point de vue omniscient, ici et là dans l’œuvre.

    Marion :
    « Quel remous crée la mort? L’hiver a été long, ni plus ni moins que chaque année, les lilas ont embaumé au printemps, les dernières roses s’attardent, nous avons mangé au jardin tout l’été, heureux d’accueillir souvent nos enfants » (p. 12) 

    Mirka :
    « Te souviens-tu, Marion, de mon second départ vers la Belgique de mon enfance? Vous faisiez semblant d’oublier ma fugue, mamichou m’inondait de conseils. Vous étiez conscients qu’il s’agissait d’un voyage de devoir et de fidélité : j’accourais tenir la main de tante Lisette qui se mourait. » (p. 172)

    Clara :
    « Vous serez surpris peut-être si je vous avoue que l’expérience vécue à Auschwitz-Birkenau ma éclairée et aidée à situer mes actions éparses dans une… démarche… - n’ayons pas peur des grands mots -, dans une vocation qui, tout en cristallisant mes aspirations profondes, se fonde sur un passé qui remonte à plus loin que moi. » (p. 192)

    Point de vue omniscient :
    « Depuis surtout qu’elle a failli perdre Robert, sans qui elle ne conçoit pas persister à vivre, depuis qu’elle surveille l’élasticité de son pas et le timbre de sa voix, qu’elle reste à l’affût de chaque faiblesse, depuis qu’elle-même s’essouffle à un rien et s’écrase de lassitude le soir, Marion est devenue profondément consciente de la fragilité qui l’entoure. » (p. 205)

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre, teinté parfois d’une langue poétique.

    « La vision de Clara dans les bras de sa mère a balayé mes inquiétudes. Il est des trésors qui font vivre. Mirka était lumineuse, tout entière concentrée sur la blondeur et la fragilité du poupon qui entrouvrait les lèvres. […] Elle nous a ignorés un long moment, puis a souri à son mari, qui, maladroit, n’osait interrompre l’instant de grâce. Enfin! Mirka heureuse, les arrière-pensées effacées! » (p. 86)

    « Maman, ma si lointaine, toi qui m’as aimée la première. Tu t’en es allée, je poursuis ton ombre dans des couloirs interminables, des hôtels délabrés et glaciaux, des prisons vides dont les murs résonnent de gémissements. Je vais te toucher enfin… Père - celui que j’appelais père - me barre la route, je frappe sa poitrine avec mes poings d’enfant, il rit et grossit, remplit l’espace… […]
    Je l’imagine seule dans un corridor à la fois sans fin et trop court… Sans fin comme la perte de l’espoir, trop courts ces quelques pas vers l’inimaginable. » (p. 140)
     
  • Nombreuses figures de style enjolivant et enrichissant le texte (p. ex., énumération, métaphore, comparaison).

    « La fraîcheur des espaces verts, le reflet diapré des champs de blé et de maïs, le chant de la cigale, la teinte dorée de la poussière, le frémissement des peupliers, le spectacle de la claire rivière entre deux villages, adoucissaient les journées les plus chaudes. Tout m’amusait : la cueillette des petites cerises à la saveur amère, une promenade dans une charrette à foin, la dégustation du blé d’Inde frotté de beurre frais… » (p. 31-32)

    « Au fond mes piques n’étaient que cela, des piqûres dans le tissu trop lisse du quotidien. » (p. 59)

    « J’étais terrifiée. Est-ce qu’il allait m’abandonner en plein désert? Je m’imaginais plantée comme un poteau à côté d’un cactus. » (p. 73)
     
  • Descriptions détaillées permettant de bien capter l’état physique et psychologique des personnages.

    « En entrant dans la chambre, j’avais ressenti le coup au cœur habituel. Il m’avait fallu deux secondes pour me rappeler que cette femme boursouflée, aux cheveux gris et rares, était bien ma sœur. À l’approche de sa mort, le processus par lequel la mémoire de nos aimés se transforme peu à peu faisait déjà son chemin, effaçait les dernières images. Lorsque je pensais à elle […] je la voyais telle qu’elle était il y avait… oh! si peu de temps : forte, vive, le pas sûr, les cheveux noirs aussi rebelles que dans son enfance, la peau dorée, le rire rare mais contagieux. » (p. 10)

    « Qui d’autre avait tenu à Mirka de tels discours? Dans une langue si pittoresque? Franco-Américain, il s’exprimait en un français parsemé ça [sic] et là d’expressions anglaises, un français qui conjuguait bizarrement des intonations parisiennes acquises à l’école des Sœurs et des accents de la Beauce appris sur les genoux maternels. Je me rappelle sa taille de cow-boy, sa peau bronzée, ses lèvres sensuelles au pli un peu ironique, ses yeux verts. » (p. 77)

    « Les dernières paroles de Mirka sont à peine audibles. Clara ne reconnaît plus le ton habituellement énergique, assuré, de sa mère. Elle découvre la voix d’une enfant prisonnière de sa tristesse, de sa nostalgie, de son angoisse, de sa solitude. Mirka est redevenue la petite fille séparée de sa maman. Les rôles ont changé. C’est à Clara désormais de bercer sa mère vulnérable. » (p. 117)
     
  • Utilisation de quelques expressions anglaises, écrites en italiques, et d’une langue familière propres aux personnages qui parlent.

    « Mécontente, maman a fait le tour des pièces. A commencé à s’inquiéter. "Ses souliers sont à côté du chesterfield. T’as rien entendu? Moi non, la radio était allumée dans la cuisine. Et toi, quand tu lis!" S’est résignée à ouvrir la porte de l’appartement, a parcouru les étages… » (p. 22)

    « Papa est rentré du bureau, je lui ai sauté au cou comme chaque soir, et Mirka a sautillé autour de lui en riant. "Ben regarde donc ça, la belle visite! Deux petites gypsies! Allez-vous me dire la bonne aventure?" Nous avons soupé vêtues de nos déguisements. » (p. 25)

    « Possible que je comprendrai jamais. Je peux te l’avouer, cet homme-là, il m’a pas fait bonne impression. J’ai craint que… en tout cas, j’ai été soulagé de voir une jeune épouse dans le tableau, pis qu’il la mangeait des yeux. » (p. 62)
     
  • Emploi de dates comme titres de chapitres, par exemple, « 1990-1991 », « 1940 », « 8 août 2006 : Clara à Marion et Robert », permettant au lectorat de se situer dans le temps.

Référents culturels

  • Nombreuses œuvres nommées ou citées dans le roman.

    « Claudine et moi montions des spectacles dont Julie créait les éclairages, Julie qui se cachait dans les arbres pour lire tranquille et Claudine qui s’exerçait à réciter les stances de Rodrigue en vue de tenir le rôle du Cid quand elle serait assez grande pour prendre part aux séances du couvent. » (p. 21)

    « En dansant sur place j’ai chantonné L’amour est enfant de Bohême, que je connaissais plus ou moins grâce aux extraits de Carmen que certains soirs papa faisait jouer sur le phonographe. » (p. 26)

    « À treize ans, j’avais délaissé Bécassine et la comtesse de Ségur pour Berthe Bernage et les romans historiques pour tous qui traînaient dans notre bibliothèque après avoir fait dans sa jeunesse les délices de maman. » (p. 46-47)

    « Seuls quelques romans d’aventures trouvaient grâce à ses yeux, comme ceux de Jules Verne auxquels, à l’adolescence, s’ajouteraient ceux de Saint-Exupéry. Elle connaissait les aventures de Tintin par cœur, suffisamment pour se distinguer, quelques années plus tard, dans un concours télévisé qui portait sur le personnage. » (p. 47)

Pistes d'exploitation

  • Dans le cadre d’une recherche historique, inviter les élèves à approfondir leurs connaissances sur le sort des nombreux groupes persécutés (p. ex., les Juifs, les Tsiganes, les homosexuels) par les nazis durant la Deuxième Guerre mondiale.
  • Inviter les élèves à faire des recherches afin de participer, en salle de classe, à des tables rondes où l’on discutera de différents sujets relevés du roman, tels que les enfants européens reçus au Canada durant la Deuxième Guerre mondiale, les Roms d’hier et d’aujourd’hui, les camps de concentration.
  • Analyser avec les élèves la structure de ce roman en prenant en considération les différents points de vue de narration et les différents procédés narratifs qui contribuent au développement de la trame du récit (p. ex., les retours en arrière, les allusions au passé, les écarts entre la durée narrative et la durée réelle, les reprises d’un même sujet du début à la fin du roman).
  • Demander aux élèves de rédiger quelques entrées dans un journal personnel fictif d’un enfant exilé au Canada pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Conseils d'utilisation

  • Pour aider les élèves à mieux comprendre le roman, faire un tableau à partir des différents personnages rencontrés dans l’œuvre et indiquer les liens qui les rattachent.
  • Avant et durant la lecture de l’œuvre, aborder avec les élèves certains sujets délicats, p. ex., la tentative de suicide, l’holocauste, le nazisme, le deuil.


Tous droits réservés © 2014 FousDeLire.ca