Recherche



Un Franco-Ontarien parmi tant d'autres

AjouterAjouter à mon bac de lecture

Aperçu

Le Franco-Ontarien, pour des raisons historiques, politiques et linguistiques, est un hybride tiraillé et ballotté, dans un entre-deux incertain qui repose sur un socle mouvant. D'où le malaise persistant du Franco-Ontarien en quête de libération, qui cherche à vivre pleinement sa différence, à régler ses conflits intérieurs. Comment fait-il pour évoluer dans un tel contexte? Tout est question de métissage culturel et d'identité traquée et tronquée.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

Contenu

  • Essai exposant les états d’âme d’un auteur octogénaire à la recherche de soi et du vrai Dieu dans la société franco-ontarienne de son époque

    « …la genèse de mon questionnement sur mon identité et sur le sens de la vie était liée à la peur de vivre et la culpabilité engendrées par le dogme et l’idéologie religieuse catholique romaine […] Leur emprise sur moi, dont j’ai réussi à me déprendre sur le tard, fut également la résultante de mon hypersensibilité et des autres facteurs déjà mentionnés, savoir mon appartenance à la classe ouvrière et mon état de minoritaire franco-ontarien… » (p. 17)

    « À mon grand désarroi, en matière de Dieu et du sens de la vie sinon d’appartenance à l’Église, on m’avait réduit au rang de l’homme esclave de ses habitudes : j’étais né pour manger, avoir mes mouvements réguliers, travailler, jouer une partie de golf occasionnelle et gagner le Ciel fermé par Dieu au moment de la pomme dans l’arbre et rouvert par un Messie crucifié. » (p. 32)

    « Le Franco-ontarien ne pouvait se définir sans qu’on précise d’abord, sinon remette en question, ses liens avec son Église. La langue, la culture et la Foi formaient un tout aux éléments inséparables. Or ceux-ci avaient considérablement évolué, leur influence respective aussi. D’une part on s’anglicisait et d’autre part les fidèles avaient récupéré leur droit de se questionner sur les dogmes de leur Église. Le temps était donc venu de me situer à mon tour. » (p. 59)
     
  • Discours alternant entre faits et réflexions philosophiques, entre affirmations et questions, entre constatations et doutes.

    « Au-delà de ce qu’on avait toujours dit de moi : que j’étais un Canadien français ou plus tard un Franco-Ontarien, catholique, fils d’Aldémard et de Clarice, éduqué par les Jésuites, puis un jour devenu avocat et enfin magistrat, – qui étais-je vraiment sous la pelure? » (p. 25)

    « Laisse le champ libre à ceux qui s’y connaissent en la matière en t’en tenant à ceux qui te conforteront dans ta foi d’antan. Il se fait tard, garde ta liberté pour autre chose. Peu te chaut qu’ils te répètent les mêmes leçons, les mêmes vieilles rengaines sous les apparences d’un langage de la modernité. Tu refuseras d’entendre en ton for intérieur ce qui ne te convient plus et tu te débrouilleras avec ce qui restera. » (p. 31)

    « Cette Église était l’ancre qui permettait à mon identité minoritaire de survivre et de s’affirmer tout en voguant sur cet océan anglais où je risquais à tout moment de faire naufrage et de disparaître. Elle me sécurisait donc tout en comblant le manque d’amour vrai dans ma vie. Le cri de ralliement "la langue et la foi", ces deux inséparables dont on nous avait tant rebattu les oreilles, faisait partie de notre être. » (p. 62)

    « Étais-je moi-même plus avancé pour m’être si souvent enquis du pourquoi de l’existence face à ce mal envahisseur, radical et sans répit, dont était frappée l’humanité? Les réponses à mes questions m’échappaient comme elles avaient échappé aux intellectuels de tous les temps. » (p. 81)

    « Tantôt c’était mon cœur qui parlait et tantôt ma raison, le premier encore un peu croyant et la deuxième sur le point de rejeter Dieu sans réserve. » (p. 85)

    « Je penchais du côté de l’existence de Dieu parce que je préférais qu’il y eût un Dieu pour assurer ma légitimité et le sens de l’Univers. […] Pour ma part, je m’inscrivais toujours du côté de l’existence de Dieu, tout en doutant de cette même existence. » (p. 91)
     
  • Séquences narratives dans lesquelles l’auteur traite de sujets qui tantôt le rassurent, tantôt l’aiguillonnent (p. ex., enfance, langue, politique, histoire, religion).

    « Mon enfance s’écoula de façon heureuse dans une petite ville du Nord ontarien. Nous parlions français tout le temps grâce à l’Église et à la petite école. Je vivais avec beaucoup d’intensité, assuré d’être chéri de Dieu. Insouciant, ricaneur et espiègle, muni d’une prodigieuse mémoire, j’accueillais la vie à bras ouverts, ne me doutant même pas qu’il puisse y avoir une vérité envisageable hors de mon Église et de mon milieu culturel. » (p. 19)

    « Nous des régions plus au nord de la province, étions davantage à la merci de l’Anglais qui nous procurait nos chances d’avancement, donc plus prompts à lui lécher les bottes afin d’être élus au conseil municipal. Il en résultait que les Franco-Ontariens d’Ottawa, dans l’ensemble plus sûrs d’eux-mêmes, nous regardaient de haut et étaient plus tranchés dans leur discours à l’encontre du Québécois qui voulait son pays. » (p. 40)

    « Prélude de ce néolibéralisme à la Thatcher, devenu la coqueluche des gens d’affaires et d’un nombre grandissant de politiciens de toutes couleurs, la common law, annonciatrice des théories dites lucides des Conrad Black de ce monde, avait développé les règles qui assuraient la protection des institutions en place, lesquelles favorisaient d’abord les nantis. » (p. 50)

    « La social-démocratie était une gangrène à combattre par tous les moyens et on collait, comme un vice à honnir, l’épithète de libéral à ses adversaires pour gagner la faveur du peuple qu’on avait déjà embrigadé dans la guerre sainte contre les libéraux, les démocrates, les socialistes et les communistes, bref les méchants, les ennemis de l’État ou plutôt du peuple, et par conséquent, ennemis de Dieu. » (p. 55)

    « Les chicanes de clocher et de pouvoir avaient éclaté dès l’ascension de son fondateur, opposant d’abord Pierre et Jacques de Jérusalem à Paul l’apôtre des gentils, puis les théologiens et évêques des 2e, 3e et 4e siècles du christianisme d’Église, tantôt ceux d’Antioche qui s’en prenaient à ceux de Carthage ou d’Alexandrie, et tantôt ceux de Jérusalem ou de Rome qui combattaient leurs frères d’Antioche. » (p. 61)

Langue

  • Registre de langue soutenu, voire littéraire et didactique, dans l’ensemble du texte; quelques mots et expressions archaïques (p. ex., religiosité, géronte, peu te chaut) auxquels s’opposent quelques régionalismes (p. ex., bines du Lac-Saint-Jean, mangeur de balustre, finir en queue de poisson); citations latines appuyant les grands arguments philosophiques.

    « Après quelques semaines à m’interroger intensément sur cette force qui me poussait à livrer mon intimité, au risque de semer l’indifférence ou d’être désigné à la vindicte des critiques, je m’attelai à la tâche. » (p. 9)

    « On avait beau s’être acharné à étudier la logique, les théories de la connaissance ou la théodicée pour acquérir toutes sortes de notions qui ne collaient pas à sa réalité, on ne s’était aucunement rapproché de Dieu ou des questions liées à son inexistence. » (p. 30-31)

    « Je me voyais plutôt comme un "bon nationaliste", un titre qui me seyait… » (p. 36)

    « Les notions de justice, d’égalité et de compassion étaient absentes des délibérations des conseils, où chacun tirait sur la couverte pour protéger qui son puits d’huile, qui sa pieuse religion de violence alors même que le Printemps arabe battait son plein. » (p. 77)

    « …Hic autem non est procedere in infinitum ("Or on ne peut ainsi continuer à l’infini"). » (p. 90)
     
  • Style très imagé, parfois grandiloquent, reflétant l’érudition de l’auteur.

    « On s’était disputé, on avait guerroyé pour implanter le règne de Dieu avec le goupillon d’une main et en brandissant le sabre de l’autre, puis on avait formé des institutions hiérarchiques rigides pour voir à la transmission du Message aux quatre coins de la terre. » (p. 73)

    « L’intelligence n’aurait constitué alors chez l’homme qu’un accessoire d’une totale inutilité, créé par Dieu cependant; comme l’appendice à l’extrémité du sternum que l’homme faisait passer au bistouri quand il crevait. Quelle effroyable injure de la part du croyant à jeter au visage du Créateur! » (p. 89)

    « Bref j’étais et je reste un Franco-Ontarien, hybride ou amputé culturel, mais francophone jusqu’à la moelle et fier de l’être, ami de Dieu et des hommes, être humain unique et solidaire en route vers ce lieu commun où toutes les âmes de bonne volonté de toutes les allégeances et cultures se réunissent pour chanter la vie et se préparer pour la prochaine, de quelque façon qu’elle se présente. » (p. 120)
     
  • Figures de style variées (p. ex., comparaison, énumération, inversion, métaphore); nombreuses périphrases et tournures fignolées où pointe parfois un ton persifleur.

    « …je ruminais un refus bien senti de me plier de bonne grâce à ma condition de minoritaire et de fils de journalier, plus ou moins inculte au départ, ressentie comme une chape de plomb dont je tardais à me défaire. » (p. 11)

    « Notre lot c’était le péché, la honte, l’examen de conscience, la confession puis la peine. Saint Augustin tout pur avec ses Confessions et sa mère Monique en pleurs! » (p. 19)

    « Étaient fédéralistes aussi tous les Québécois venus habiter chez nous. » (p. 42)

    « Si j’avais à cœur de réussir ma recherche de Dieu et du sens de ma vie, il fallait que je descende du train qui roulait à toute vapeur, beaucoup trop vite pour moi. J’approchais de l’âge de la retraite … » (p. 47)

    « …j’avais les airs d’un quidam un peu cinglé qui ne donnait à personne l’impression qu’il rendait service à l’humanité, même pas aux veuves et aux orphelins si chers aux hommes de robe. » (p. 49)

    « Les deux mois que j’avais prévus pour mon expérience dans le berceau de l’humanité dite civilisée s’étaient écoulés à la rapidité de l’éclair. » (p. 82)
     
  • Phrases souvent longues, caractéristiques du genre exploité, révélant les méandres de la pensée exprimée.

    « Fourrageons maintenant dans les recoins de mon histoire au gré de mes expériences, sans chronologie particulière, et ravivons les souvenirs qu’elle recèle, pour mieux comprendre l’état présent de mes croyances et de mes principes de vie; pour saisir du coup le pourquoi de mes tendances à épouser la gauche en matière sociale et politique; pour m’expliquer enfin cette propension qui m’accompagne depuis toujours à promouvoir autant, sinon plus que la plupart de mes compatriotes franco-ontariens, non seulement le besoin des individus de se libérer sans brimer les autres, ce qui fait l’unanimité chez les gens bien tournés, mais aussi le même besoin des collectivités dont celles du Québécois et du Franco-Ontarien, d’exister et de s’affirmer. » (p. 33)

Référents culturels

  • Très nombreuses références à la francophonie ontarienne, canadienne et internationale : mention d'auteurs et d'œuvres (p. ex., Groulx, Crémazie, Belcourt, Hémon, Guèvremont, Lemieux, Boileau, Bossuet, Racine, Corneille, Racine, La Fontaine, Voltaire, Montesquieu, Diderot, Musset, Verlaine, Hugo, Lamartine, Rabelais, Ronsard, Villon, Camus, L'Étranger, L'appel de la race, L'ami du peuple, Au pied de la pente douce, Le Survenant); de politiciens et de religieux (p. ex., Bourrassa, Lévesque, Trudeau, le Cardinal de Québec); de villes et de régions (p. ex., Kirkland Lake, Timmins, Chapleau, L'Orignal, Lefaivre, Hawkesbury, Saint-Isidore, Curran, Plantagenet, Alfred, Casselman, Bourget, Témiscamingue, Abitibi, Gatineau, Québec, Buckingham, Saint-André-Avellin, les Laurentides); allusion au Règlement XVII, à la Nouvelle-France et au Bas-Canada; réflexion sur la place des francophones en Ontario.

Pistes d'exploitation

  • Avant la lecture, demander aux élèves d'expliquer le sens possible du titre du roman, Un Franco-Ontarien parmi tant d'autres - Métissage culturel, souveraineté, Église et foi en Dieu, et de l'illustration sur la page couverture.
  • Inviter les élèves à se renseigner au sujet des conséquences du Règlement 17 sur les droits linguistiques des francophones partout au Canada.
  • Proposer aux élèves de présenter, en classe, la biographie d'une personnalité franco-ontarienne qui a contribué à la vitalité de la langue française.

Conseils d'utilisation

  • Avant la lecture, animer une discussion au sujet de la croyance et de la non-croyance en Dieu pour préparer les élèves aux idées parfois radicales de l'auteur.
  • Avant la lecture, vérifier les connaissances des élèves au sujet du Règlement 17, de la Révolution tranquille, de la Souveraineté du Québec et de la philosophie des Lumières.
  • Avant la lecture, situer, sur une carte de l'Ontario et du Québec, les endroits nommés dans le roman pour faciliter la compréhension du texte.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 11eannée, Grandes religions du monde - Guide pédagogique.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 12e année, Série : Le pays dans l'âme, L'Ontario français; Le bilan.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Série : Échos, Règlement 17.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : Identité 2.0, La Francophonie canadienne.


Tous droits réservés © 2014 FousDeLire.ca