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Comme une odeur de muscles

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Aperçu

Homme peu reconnu dans nos records contemporains, Ésimésac appartint à la race de surhormonés musculaires, au même titre que ces Louis Cyr et autres Montferrances. Il fut un homme qui se démarqua par l’originalité de ses forçures, mais surtout par une modestie sincère qui le garda dans l’ombre. Il porta, à sa façon, le village sur son dos. À savoir jusqu’où il le transporta? Les atlas finiront bien par le dire!

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

Contenu

  • Recueil de contes de village rassemblés en quatre chapitres numérotés de 0 à 3 (Dans la prison de l’ombre, Les sports d’épique, Le dresseur de vent II, L’entrain à vapeur), précédés d’un prologue (Mise au point) dans lequel l’auteur présente son village et suivis d’un épilogue où il rend hommage notamment à sa grand-mère, une grande conteuse analphabète.

    « Saint-Élie-de-Caxton est un village normal. Normal dans le sens où ça prend du temps avant de s’en rendre compte. » (p. 11)

    « C’était un livre sauvage que ma grand-mère analphabète avait dressé à venir pondre des histoires sous ses yeux. Elle savait la façon de rendre la chose magique. Comme si ce ne l’était pas encore assez. » (p. 149)
     
  • Un personnage principal, Ésimésac Gélinas, l’homme le plus fort de Saint-Élie-de-Caxton entouré de nombreux personnages secondaires (p. ex., le forgeron Riopel, la marraine sorcière) très typés et tout aussi hauts en couleur.

    « Ésimésac Gélinas a vu le jour après une quinzaine d’années de gestation. Adolescent. La naissance en pleine crise de croissance. Et affamé. » (p. 91)

    « À Saint-Élie-de-Caxton, pour assumer la fonction, nous avions droit à un forgeron Riopel débrouillard. Son invention la plus reconnue fut sans doute les fers à cheval à talons hauts. Vint ensuite le grille-pain à une seule fente. » (p. 103)

    « La seule personne à ne pas se bâdrer avec la déshydratation régionale, c’était la sorcière. Cette marraine mystérieuse du fond du rang. Elle qui ne semblait pas affectée le moins du monde. Stoïque ininterrompue. Que l’on soupçonnait d’ailleurs de mèche avec le feu et qui devait sans doute s’approvisionner au puits des enfers. » (p. 107)
     
  • Un narrateur participant ou omniscient, l’auteur lui-même, parlant de sa grand-mère ou contant l’histoire des habitants de son village; séquences dialoguées très clairsemées.

    « Ma grand-mère avait la faculté de parler en marchant. Et non seulement. Ce qui m’épatait au maximum de ma disponibilité personnelle, c’était cette aptitude d’illettrisme si développée chez elle. » (p. 50-51)

    « L’un des éleveurs les plus populaires de ces cheptels volants, ce fut Brodain Tousseur. Pour avoir d’abord brassé une recette de bière de bibittes, il choisit un jour de s’étendre les étapes du procédé de fabrication jusqu’à la matière première. » (p. 65-66)

    « - Monsieur Tousseur, la bière disparaît z’et se perd dans la sacristie…
    - Je comprends pas, m’sieur le curé!
    - C’est pourtant facile z’à comprendre. Vous z’êtes le seul z’à avoir la clé. » (p. 97)
     
  • Contes modernes dont les thèmes (p. ex., vie rurale, parole donnée, homme fort) intéresseront aussi bien les filles que les garçons.

    « Ils slaquèrent la progéniture. Voilà. Ce furent les Gélinas. Un portrait de famille comme on en croit plus de nos jours. Lui, bûcheron. Elle, dans la mère jusqu’au cou. » (p. 20)

    « …tu devras me promettre de suivre les trois conseils que je vais te donner.
    Ésimésac acquiesça.
    - Premier conseil… Ne fais pas de mal à une mouche.
    En tant qu’invention, elle demeurait en terrain vague.
    Promis. » (p. 35-36)

    « Ne sachant plus où donner de la rescousse, il délégua un sauveteur. Il se tourna vers Ésimésac et invoqua la pitié communautaire. Devant l’assemblée, il tourmenta l’homme le plus fort du monde de Saint-Élie-de-Caxton d’agir. Il insista sur sa force, sur sa réputation et sa ceinture. Il lui conclut la chose en le nommant pompier. Volontaire ou non. » (p. 114)
     
  • Caractères typographiques variés (p. ex., italique, gras) servant notamment à indiquer différents tons de voix; parenthèses marquant une digression; photos en noir et blanc du village et de ses habitants; disque compact enregistré en 2005 et dont le contenu diffère de la version écrite, mais y ajoute un cachet particulier.

    « Le filleul d’accord. De voix. Grave.
    - Deuxième conseil… Changez de côté, vous vous êtes trompés.
    Promis. » (p. 36)

    « (À noter qu’à Saint-Élie-de-Caxton, pour encourager les contribuables à payer leurs taxes foncières, les instances appliquent un principe de stimulation du chéquier [...]) » (p. 72)

Langue

  • Langage très typique et truculent; univers rural et surréaliste; usage d'un registre de langue familier dans les dialogues, ce qui reflète le milieu des personnages.

    « S’il y eut un jour des bébés Louis Cyr et embryons de Montferrand, si l’histoire du Québec est remplie de ces capables Canadiens français et autres hypertrophiés de la musculature, aucun n’eut pu tenir tête à ce Gélinas nouveau. Un bétail inné. Un défi de livraison à n’importe quelle histoire de cigogne encore lucide. Une question de transport. Petit, et déjà grand. Encore en couche et tellement fort qu’il pétait et que ça ne sentait pas. Ça goûtait. » (p. 27)

    « Ça lui prenait une instruction obligatoire dans une institution spécialisée. Une école de réombrilitation. En ville. Pour le remettre dans les rangs. Dans le nombre. Progressivement. Comme on forge tous les enfants à l’uniforme. Mais pas si simple. Surtout parce que lui, il voulait aller à l’école. Comme les autres. Du village. » (p. 32)

    « - Je ne peux pas que tu t’en ailles, qu’elle avait murmuré.
    Pour consolation, il avait pris soin de son au revoir.
    - Attends-moi, ma belle Lurette. Quand je vas reviendre, ça sera temps qu’on se marisse. Surtout, doute jamais de mon amour... Je vas reviendre pour sûr. Par monts et par vaux. » (p. 39)

    « Une femme en ronde-bosse devenue de joues creuses. Le dos concave et bombé par en dedans. Bue entière. » (p. 92)
     
  • Champs lexicaux et sémantiques liés à des sujets (p. ex., grossesse, coiffure, feu) très compréhensibles malgré l’originalité du langage.

    « Enceinte depuis quinze ans. Elle patientait. D’une capacité de rétention à toute épreuve. D’ailleurs, après tant d’années de grossesse, elle fendait de se retenir. La finition fœtale achevée depuis longtemps. L’enfant naîtrait pubère. Au minimum. Rendue fendue à tel point qu’elle devait même se tirer des joints d’étanchéité pour ne pas crever. Des eaux. Et les cancans allaient bon train. Les échos graphiaient des pronostics élastiques. » (p. 25)

    « Méo, le barbier de Saint-Élie-de-Caxton. […] On le demandait pour un tour d’oreilles, et il vous coupait le cheveu en quatre sur le sens de la longueur. Il barbait, chevelait et poilait au gré des pousses. Il s’attaquait aux frisures et rosettes de tout acabit. Les toisons d’acabit elles-mêmes pliaient sous le peigne. Sous peine de lame. La dextérité des ciseaux à Méo était menaçante à tout poil. » (p. 53)

    « Le feu prospéra et se répandit. Jusqu’à l’atteinte des dimensions d’un incendie. Les maisons du village s’embrasèrent une à une. En quelques minutes, toutes les constructions de Saint-Mathieu-du-Parc disparurent. Envolées. Plus qu’un horizon de cendres. Et le vent se leva. » (p. 112)
     
  • Rythme soutenu, nombreux procédés stylistiques et lexicaux (p. ex., comparaison, néologisme subjectif, hyperbole, jeu de mots, métaphore) créant un langage poétique et humoristique propre à l’auteur.

    « Comme une marguerite dénudée de promesses. » (p. 16)

    « Cette famille qui nous concerne, elle exemplait par le nombre. Pas loin de cinq cents rejetons. Quatre cent soixante-treize, pour être exact. » (p. 18)

    « On l’entendait pleurer à des yeux à la ronde. » (p. 39)

    « Que Ésimésac était parti seul combattre une fournaise géante. » (p. 117)

Référents culturels

  • Nombreux référents à la francophonie canadienne-française parmi lesquels des lieux (p. ex., la Haute-Mauricie, Trois-Rivières) et des personnages historiques (p. ex., Louis Cyr, Montferrand).

Pistes d'exploitation

  • Demander aux élèves de dessiner la carte ou de construire une maquette du village de Saint-Élie-de-Caxton en se basant sur les informations données dans le livre.
  • Inviter les élèves à rédiger une critique de l’œuvre pour le journal de l’école.
  • Choisir une partie de chapitre et demander aux élèves d’analyser la langue créée par l’auteur.

Conseils d'utilisation

  • Pendant la lecture, accompagner les élèves qui ont du mal à comprendre la langage utilisé par l’auteur; faire écouter le disque compact avant, pendant ou après la lecture des contes.
  • Expliquer les différences entre les schémas narratifs des contes classiques et des contes modernes.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Série : Y paraît que..., divers épisodes.


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